SCÈNE n
Une chambre dans la maison de Malec.
Entrent DONA CLARA et BÉATRIX.
CLARA
Laisse-moi, Béatrix, laisse-moi pleurer , et au milieu de tant de peines et d'ennuis, que du moins mon infortune se soulage un peu par des larmes. Puisque je ne puis me venger de celui qui vient a d'enlever à ma famille son antique honneur, laisse-moi gémir sur l'affront quf est à l' avenir mon seul héritage; et s'il ne m'est pas permis de tuer, que du moins il me soit permis de mourir... Misérables femmes.. que nous sommes 1 combien la nature s'est. mon*rée cruelle envers nous ! Les plus grands dons qu'elle nous accorde, c'est l'esprit, c'est la beauté; et ces dons qui souvent ont mis en danger notre honneur ne l'ont jamais protégé! Nous sommes exposées tous les jours à compromettre la gloire d'un père, d'un époux, et jamais nous n'avons pu la rétablir !, . . Que ne suisse née homme ! Aujourd'hui Grenade aurait vu si ce Mendoce, qui n'a pas craint de
» Fa«bomgàettteùde.
traiter ud vieillard avec tant d'orgueil cl d'insolence, était aussi hardi devant un jeune homme. Je ne renouer paa cependant à me venger ; et sans doute celui qui a été aaiei lâche pour outrager un vieillard ne réfutera point um juste réparation à une femme-. MaU, héUil que dis-je? la nageante n'appartient point à ce faible hitMHlpuft «omble da douleur, je songe que j'ai perdu en ce jour et mon père et mon époui; car désormais don Àlrar Tuiani ne peut plat wulorr d'une femme qui porte un nom déshonoré.
/'; jtjejjy, *»•*• >X>N ALVAR.
îkmuat Mb Clara, n'eat-il point d'un mauvais augure que j'aie entends mou nom sortir de votre boucheî Vaut a'èlea aujourd'hui wcupéa que de voe chagrina. Or, puisque tous pensez à moi, c'est que moi aussi je doia être peur vous un sujet de paine.
jjjv*- Mon hme - } e '' aïoue > wt P lelQC d'ennuis, et vont n'êtes pu, don
^i'j^Jvar, ce qui m'afflige le moins. Le destin me sépare de voua à ja-
:, > mais. Mon amour même le veut ainsi. Je ne puis consentir à ce que
voua deveniet l'époux d'une femme dent le père a perdu l'honneur.
Clara, je ne vous rappellerai point en ee moment avec quel respect, arec quelle vacation je voua ai toujours aimée, et combien jetait ucureui de cet amour; mais je doia me disculper d'avoir paru devant vous avant dovcouanreir vengée; je dois voua dire que ce retard c'est à cause de voua, de vous seule, que je l'ai imposé à mou courage, (le n'est pas avec une femme, je le sais, qu'il faut parler des lois du point d'honneur; et je ne chercherai pas non plus à voua consoler en vous. disant de sécher vos pleurs, parce que, entre hommes désarmes et dans une salle de conseil, il ne peut exister ni offense ni Insulte, Mais je doit vous dire, pour me justifier, que si je n'ai paa encore vengé votre père en perçant le sein de ttendom, c'eat qu'il n'y a de complète satisfaction pour un offensé que celle qu'il obtient par lui-même, ou par la moi» d'un frère plus jeune que lui, ou par la maiu d'un fils. Cal pourquoi, afin de pouvoir vengea voira père, je viens lui demander votre main } car alors je serai son Bis, et alors j'aurai le droit de laver son injure dans le sang de l'offenseur. Voilà, belle Clara, le motif qui m'amène. Si jusqu'à orèaenl je n'ai pas exprimé mes vomi, c'est que mou peu de fortune ne commandait le silène*. Mais aujourd'hui, après ce qui a'eat paaaé, je parlerai ; je lui demanderai eu dot ton offense, at j'ai l'espoir ou' il a* repoussera paa ma prière.
Moi non plus, don Àlvar, je ne voua rapoellenai paa en ce moment *t U sincérité da mon amour at la tontUuce de ma foi. Je ne vous dirai pas que je succombe aujourd'hui tous le poids d'iu» double
offense. Non, je vous aime; je vous aime avec un dévouement absolu; vous êtes la vie de mon âme et l'âme de ma vie... Mais ce que je dois vous dire, malgré le trouble où je suis, c'est que celle qui eût été hier votre esclave ne sera pas aujourd'hui votre épOuse. Si hier vous n'osiez pas aspirer à ma main, et si cette hardiesse ne vous est venue qu'aujourd'hui; moi; de mon côté, Je.fftftèdans votre intérêt, aujourd'hui, vous refriser. Riche et honorW, fs ne me croyais pas digne de vous ; je ne me flattais d'un tel bonheur que parce que je le souhaitais. Comment pourrais-je maintenant f j f p i e fr traîner dans ma disgrâce ? et ne dirait-on pas dans le monte que pour obtenir ma main vous avez attendu que je fusse dMsÉMf?
DON ALVAR
Je te ^euipourvotis venger .
CLARA
Je vous aime trop pour l'accepter.
DON ALVAR
N'est-ce pas vous prouver ma tendresse ?
CLARA
N'est-ce pas vous montrer mon dévouement?
DON ALVAR
Vous tfe pourrez vous y refuser.
CLARA
Je pourrai me donner la mort.
DON ALVAR
Je dirai à don Juan que nous nous aimons.
CLARA. •. Wt
Je lui dirai que tous êtes dans l'erreur. ' '- "•■'
DON ALVAR
Quoi ! c'est là votre constance ?
- CLARA
Ainsi le veut l'honneur.
DON ALVAR
Vous vantiez votre amour pour moi !
CLARA
A présent je vous le prouve , et je jure, devant le ciel qui m'entend, je jure que jamais, non jamais, je ne donnerai à un homme le nom d'époux tant que mon honneur ne sera point rétabli dans son premier éclat.
DON ALVAR
Eh! qu'importe, Clara, si mon épée...
RRATRIX.
Voici mon maître. Il monte dans cet appartement avec d'autres cavaliers. .
CLARA
Cachez-vous, Alvar, dans cette pièce.
DON ALVAR
Hélas!
CLARA
Destin cruel!
Don Alvar te cache.
Batretf DON JUAN MALEC, DON ALONZO DE ZttâlGA, LE GORRB- CHDOft, DON FBRNAND DE VALOR, et d'autres cavaliers.
MALBC.
GbnY
CLARA
MALRC.
Ait ma fille, dans quel chagrin je te revois l Entre un moment dans cet appartement.
CLARA
QriHt-ee donc?
f Dtlà ta pourrai tout entendre.
Clara sort.
LE CORRBGIDOR.
Don Juan de Mendoce est déjà renfermé dans l'Alhambra. Vous voudrez donc bien, jusqu'à ce que cette affaire soit arrangée, demeurer prisonnier chez vous. .
^>.. " MALBC.
, J' J'accepte volontiers cette prison, et m'engage à n'en point sortir.
TV •*-- DON FBRNAND.
Tous n'y resterez pas long-temps. Gomme les affaires d'honneur ne sont point du ressort de la justice, le seigneur corrégidor m'a permis de tenter un accommodement, et j'espère y réussir.
LE CORRÉGIDOR
Seigneur don Fernand, un mot suffit pour arranger cette affaire : c'est qu'il n'y a point d'offense^possible dans le palais du roi, pas plus que dans une salle de justice. Cela est reconnu, et cette considération doit tout terminer,
don altar, bas, à Clara.
Vous entendez ? ' ' >
CLARA
Oui.
DON FBRNAND.
Voici un moyen que j'imagine et qui me semble préférable à tout autre. Veuillez m'écouter.
MALBC, à part.
Pauvre honneur que celui qui a besoin de tels remèdes!
' '" DON FERNAND
Don Juan de Mendoce, cavalier aussi noble que vaillant, n'est point encore marié. Don Juan Malec, dans les veines duquel coule
le sang des rois de Grenade,, a une fille non moins célèbre par son esprit que par sa beauté.. Si don Juan Malec veut une satisfaction, personne, tous le savez, ne peut prendre en main sa vengeance que celui qui sera son gendre. Si donc Mendoce épousait dona Clara...,
. DON ALYAR, £ part*
Ciel! qu'en tends-je?
DON FERNAND
Tout serait ainsi arrangé ; car vous, don Juan, ne pouvant vous venger par vous-même, et celui qui vous a outragé entrant en partage de votre offense en devenant votre fils, il n'existe plus dès lors personne à qui vous puissiez demander satisfaction. En même temps Mendoce sera satisfait, parce que nul ne peut se venger de lui-même et se donner la mort. Ainsi se trouvera rétabli l'honneur de tous deux.
DON ALYAR, b<U, à ClOTH.
Je vais répondre.
CLARA
Au nom du ciel, restes là ; vous me perdriez!
LE CORR^eiDOR.
Cet arrangement me parait convenir à tous deux.