‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 72 sur 103 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Derant les mut* de Galère.

Eolrent DON ALVAR et ALGOUZCOQJL

DOtf ALVAR/

Alcouzcouz, je confie à tes soins ma rie et mon honneur ; car si Ton apprenait que j'ai quitté Gabia pour venir ici, je perdrais tout à la fois l'honneur et la vie. Garde ma jument; je ne fais: qu'entre/ dans ce jardin, et je reviens aussitôt. Il nous faut être de retour à Gabia ayant qu'on s'y soit aperçu de notre absence.

ALCOUZCOUZ.

Toujours prêt à te servir, bien que tu ne m'aies pas laissé-le temps d'aller déposer à mon logis cette besace. Moi rester sanslwttger à mon poste.

TKMI ALVAR.

Si tu t'éloignais seulement de trois pas, vive le défi je te tuerais de ma main. ' ' -

DOftA Ct ARA entr'onvre une porte.

Est-ce toi?

DOW ALVAR

Quel antre pourtaltVénir à ce rendez-vous?

CLARA

Entre à l'instant Si tu t'arrêtait sur le rempart on pourrait te

reconnaître.

iUsorieou

alcouzcouz, teut.

Vive Allah! moi prêt à dormir. Attendez; moi n'être pas à vos odres, seigneur Sommeil. — II n'y a pas de pire métier ajue celui d'Alcahuète 1 . Dans les autres. métiers on travaille pour son propre compte; dans celui-ci on ne travaille que pour autrui... Holà! ho! jument f — Revenons à mon histoire pour chasser le sommeil... Le cordonnier faire parfois des souliers pour lui; parfois le tailleur se couper un habit; enfin de temps en temps, le cuisinier goûter ses ragoûts, et le pâtissier manger ses pâtés... seul l'AIcahuète ne rien faire pour soi : lui assaisonner le plat et point le manger; coudre l'habit et point le revêtir. — Holà! ho ! Holà ! ho ! jument!... La voilà partie! Holà, jument, reviens ; fais ce que moi demander à toi, et moi faire pareillement la première chose que toi demander à moi. — Impossible de la rattraper. Ah! pauvre Alcouzcouz! belle besogne que tu as faite là pour le retour dé ton mat-

1 L'iicaAuftt, dont il e*t toateaft .qaattiQn <Um lot pUbtuUries des grotims , étai i « c« qu'à II otw ùm ompmm «Mi 4m+¥***> »

tre. Il me tuera, c'est sûr ; car à présent lui ne pouvoir plus arriver à temps a Gabia.— Moi me figurer que lui reparaître ici et me dire : « Alcouicouz, mon cheval? — Maître, moi pas l'avoir. — Qu'en astu fait?— Moi, maître, lui s'est échappé.— Par où?— Par ces montagnes. — Toi mourir. » Et puis, v'ian, moi être enfoncé avec un coup de dague dans le cœur. — Eh bien ! Alcouicouz, s'il faut mourir, mieui vaut choisir sa mort. Au lieu de l'acier prenons le poison ; la mort être plus douce. Avalons. ( Il tire une outre de sa hfiêaee et boit.) Meilleur mourir ainsi; au moins le mort n'être pas baigné dans son sapg... Gomment te va? pas trop mal... Le poison n'être pas assez fort, et moi en prendre encore un peu. (il boit.) ï)éjà moi brûler... l'estomac tout en feu... Pour mourir plus vite du poison, prenons-en encore un peu. (il boit.) Bon ! le voilà qui me ravage. Je sens ses effets. Mes yeux se troublent, ma tête s'embarrasse, ma langue s'épaissit... mais puisque moi mourir, mai achever le poison ; car moi pas assez méchant pour vouloir empoisonner les autres... Mais quoil où donc être ma bouche ? moi ne la trouver plus.

On entend du brnit derrière la scène.

utfE voîx, dans le lointain.

Sentinelles de Galère, aux armes t

alçouzcouz.

Qu'est-ce que cela?... des éclairs!... Alors bientôt entendre le tonnerre.

Entrent DON ALVAR et DOfU CLARA.

CLARA

Seigneur, les sentinelles ont allumé les feux sur les tours.

DON ALVAR

Sans doute les Espagnols , profitant de la nuit , auront marché sur Galère.

CLARA

Pars, mon ami ; déjà toute h place est en mouvement.

DON ALVAR

En vérité, ce serait à moi une belle action que de laisser ma dame dan% une place assiégée!

CLARA

Hélas!

DON ALVAR

Ce serait un bel exploit que de fuir en ce moment!

CLARA

Oui, ton bonheur est à défendre Gabia; c'est peut-être sur ce poînt que r ennemi s'est porté. Cher Tuzani, songe à ton devoir.

DON ALVAR

Quelle horrible situation ! D'un côté, tf est l'amour qui me retient; de l'autre, j'entends l'honneur qui m'appelle.

CLARA

N'écoute que l'honneur.

DON ALVAR

Je les satisferai tous deux à la fois.

CLARA

Par quel moyen? •

DON ALVAE.

Je vais t'em mener avec moi. Si je me perds également, soit à rester, soit à partir, que mon honneur et mon amour courent en ce jour même fortune. Viens, partons ; j'ai un cheval qui nous portera tous deux avec la rapidité du vent.

CLARA

Que risqué-je avec mon époux? Je te suis.

DON ALVAR

Holà! Àlcouzcoui!

ALCOUZCOUZ.

Qui m'appelle?

DON ALVAR

C'est moi. Donne-moi vite la jument.

ALCOUZCOUZ*

La jument?

Dépêche ; qu'attenda-tu ?

ALCOUZCOUZ.

Moi, attendre la jument; elle m'avoir dit qu'elle aller revenir*

DON ALVAR

Où donc est-eHe?

ALCOUZCOUZ.

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