‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 91 sur 103 · B&N1TO · texte numérisé non relu

B&N1TO

Eh ! mon Dieu ! oui, elle saura s'en tirer tout comme une autre, On a vu plus d'une femme qui le matin était blanche comme un lis. et qui le soir était devenu clou de girofle. — Mais qu'est-ce donc que je vois briller par là? Approchons... En vérité, e'est de l'or ou de l'argent... quelle bonne idée j'ai eue de venir de ce côté!... Voilà que je trouve un trésor que l'on avait mis sans doute ici pour le cacher. Enlevons ça doucement. — Mats que vois-je? c'est un de ces Yêtemens d'or que Ton appelle harnais. (// tire Varmure de dessous les branches d'arbre.) Mais, tout de même, ça n'est pas nouveau pour moi. J'en ai déjà vu comme ça au village» et je sais bien comment que ça se met. Je ne suis pas béte, moi. {U met Varmure tout êe travers.) J'ai entendu dire que l'or et l'argent venaient dedans la terre; mais qu'il y vienne un vêtement tout fait sans que personne y ait travaillé, voilà le curieux de l'histoire... Je voudrais bien que

1 Dans le (exlc Benito dit mochacha (jeune fille), an Nen de nina, qui signifie tnui à U foi» U jwwite 4$ i'ccil et wtj«m>* /W&.

* Vna tara coda dia.

les habits vinssent toujours comme ça ; alors il n'y aurait plus besoin de tailleurs, et je serais content... Qu'est-ce qu'ils diront au village quand ils me verront ainsi vêtu ? Je suis sûr qu'ils en seront tout ébaubis... Et Antona donc, que dira-t-elle?... elle croira voir saint Georges lorsqu'il s'en va pour tuer le dragon. Comme ce sera drôle de me voir de la tète aux pieds avec ce chapeau d'or et ces guêtres de cuir *. Je ferai l'envie de tous les laboureurs des environs... et puis, va te promener comme l'autre, le jour par les chemins, la nuit par les halliers *.

Il «'éloigne.

Entrent LE CAPITAINE et DES SOLDATS.

LE CAPITAINE

C'est dans cette chaîne de montagnes dont les mille détours forment une espèce de labyrinthe naturel, c'est ici, sans aueun doute, que cet homme redoutable doit être caché. Tous les rapports s'accordent à dire qu'il est venu de ce côté. Oh ! plût au ciel que nous fussions assez heureux pour pouvoir remettre aux mains du roi l'homme qui a converti en deuil et en larmes le plaisir et la joie de ces fêtes I

DEUXIÈME SOLDAT

S'il est venu par ici, il est impossible qu'il nous échappe, car des hommes d'armes ont cerné de tous côtés la montagne.

LE CAPITAINE

Et son armure à lui est si connue, que seule elle le fera reconnaître.

DEUXIEME SOLDAT

Seigneur, au bas de ces rochers je vois un cheval étendu mort.

LE CAPITAINE

Il n'y a pas moyen de s'y tromper, c'est le sien, c'est celui qu'il montait le jour du tournoi. Et si le cheval est là,— qui se sera renversé par. sa propre violence,— le maître ne doit pas être loin.

PREMIER SOLDAT

Ne se peut-il pas qu'il ait changé de cheval dans la montagne

LE CAPITAINE

Il n'a pas dû prendre tant de précautions, ne sachant pas ce qui arriverait. Oui, plus j'y pense, plus je suis, persuadé qu'il est par ici.

1 Este papahigo de oro

Y las polaynas de cuero 1

Le papahigo est une espèce de bonnet assex semblable à certaines casquettes de voyage qui ont de chaque coté un morceau d'étoffe pour couvrir les oreilles.

• 7 andate eomo Longinos,

De dia por lo$ caminos #

De nochêpor loê xarales.

Les deux derniers vers sont tirés d'une ancienne romance espagnole. Dans le premier, Benito probablement dit Umginos au lieu de Calaynos, dont les aventures étaient Populaires en Espagne.

et c'est nous qui aurons la gloire de l'arrêter. Regardez, écoutez, et fouillez partout avec le plus grand soin. Ne laissez aucun coin sans le visiter, pénétrez dans les endroits le» plus obscurs. Le roi yous sera bien reconnaissant s'il tous doit d'avoir en son pouvoir le scé* lérat qui lui cause tant de douleur.

PREMIER SOLDAT

Il est vrai que don Pèdre Sforze était son neveu.

LE CAPITAINE

Et en même temps c'était bien le prince le mieux fait, le plus spirituel, le plus noble, le plus vaillant, le plus aimable... De là vient que tout le monde est affligé de sa mort. Et si le roi tient une fois son assassin, il lui fera trancher la tète, d'abord pour l'insolence avec laquelle il s'est conduit le soir du sarao, et ensuite pour avoir changé traîtreusement le badinage d'un tournoi en un duel sérieux.

Entre BENITO, avec son armure. -

BENITO

Oh ! comme je suis bien sous cet accoutrement ! Qui pourrait me voir ainsi sans mourir de rire? — Des hommes qui passaient par là m'ont armé pour s'amuser, et si bien, que je ne puis plus bouger maintenant... Qu'il me tarde d'être au village! qu'il me tarde de me montrer à Antonal Sûrement elle me prendra pour un autre. — Si mes yeux ne me trompent , j'aperçois entre les rochers un cavalier armé dans mon genre.

LE CAPITAINE

C'est bien lui!... Pour s'en assurer il suffit de voir son armure.

PREMIER SOLDAT

Comment faut-il nous y prendre ? C'est que s'il se défend, nous ne viendrons jamais à bout de l'arrêter.

LE CAPITAINE

Cependant, puisque son cheval est là mort, il doit être bien fatigué. Allez doucement, vous deux par derrière» et moi je lui mets le pistolet sur la gorge.

PREMIER SOLDAT.'

Ne faisons pas de bruit.

DEUXIEME SOLDAT

J'en fais le moins possible ; car s'il nous entendait, nous ne pourrions jamais l'arrêter, fussions-nous dix fois plus nombreux, tant il a de force et de courage.

PREMIER SOLDAT

Pas de bruit! silence!

BENITO

Je serais curieux de savoir si avec cet accoutrement on pourrait me faire une bonne casaque.

Les deux Soldats le saitisseal i**r derrière.

PREMIER SOLDÂT

Je le tiens)

DEUXIEME SOLDAT

Arrive! I

LE CAPITAINE

Rends-toi, ou tu tombes à l'iustant frappé de la foudre.

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