scène in
Une chambre.
Entrent FABIO et LAURA.
FABIO
Qu'as-tu donc, ma chère fille?... Depuis quelques jours ta ne fais que soupirer et pleurer. D'où te vient ce chagrin?
LAURA
Je l'ignore, seigneur. — Si je connaissais la cause de mon mal, il me serait plus facile d'y remédier; mais j'en vois les effets, sans en connaître la cause... C'est une sorte de mélancolie qui m'est venutf je crois, sans sujet, sans motif.
FABIO
le ne sait que te dire, mon enfant. &o\gn*AftV» \>wà% %vefa««*
t« MAISON À DEUX PORTES.
Je suis obligé de lortir un moment, et je te quitte à regret... Allons, ne sois pts si triste ; autrement j'en mourrai.
Il sort.
LAURA
ciel ! je ne la connais que trep la cause de mon mal : — la jalousie!... C'est elle qui a ainsi attristé ma vie, c'est elle qui m'enlève le repos et le sommeil, elle qui me déchire et me tourmente !... Oh ! si j'avais pu prévoir auparavant quelle était son inconstance, comme j'aurais repoussé ses hommages au lieu de lui donner une aussi haute place dans mon cœur!... Mais, hélas! je ne savais rien alors des choses d'amour; je ne savais pas qu'un amant qu'on favorise est un amant qui vous oublie.. . Maintenant il en aime une autre, et moi — je meurs!
Entre CE LIA ; elle quille sa mante.
LAURA
CELIA
LAURA
CKLIA.
Madame !
Qu'y a-t-il, Celia?
Vivez, madame, vivei.
Que>je vive, Celia?
le l'ai vu.
Qui? don Félix?
Oui, madame, lui-même.
LAURA
Que tu es folle!... Pourquoi cela ?
CELIA
Parce que nous en étiens convenues ensemble,— que je le verrais.
LAURA
Et qu'a-t-il dit?
CELIA
Vraiment, madame, sans me flatter, je me suis acquittée de mon rôle à merveille. — Écoutez-moi avec toute votre attention. — Mais je n'ai pas besoin de vous le recommander. — Je suis entrée chez lui et lui ai dit que, passant par hasard dans la rue, je n'avais pas voulu passer si près de lui sans le voir. — Alors avec un soupir qui aurait attendri un cœur de bronze, ému et troublé, il s'est informé de vous bien dévotement. Moi, j'ai parlé de votre colère contre lui, en ajoutant que, si vous appreniez que je fusse allé le voir, vous me tueries. Sur ce il s'est plaint de votre sévérité inflexible. Moi, comme si cela fût venu de moi seule, je lui ai demandé pourquoi il ne ve-
JOURNÉE II, SCÈNE m. 17
nait pas essayer de tous apaiser. Il m'a répondu qu'il n'osait pas» que tous refusiez de l'entendre. Moi, je lui ai répliqué qu'il n'arail qu'à Tenir, et que je l'introduirais auprès de tous à met risques et périls, sous la condition toutefois qu'il ne dirait jamais que je lui eusse rendu ce service. Il m'a promis le secret, le plus profond secret; je l'ai emmené avec moi, et il est là qui attend, en face de la porte, le signal. Puisque le seigneur votre père est parti, je l'appelle.
LAURA
Que tu es folle, Celia!
Cela tort.
LAURA
Après tout, je suis curieuse de voir de quelle manière il s'excusera. La femme qui se montre le plus irritée est, dans le fond du cœur, toujours disposée au pardon. Et si don Félix ne m'abuse pas comme je veux, je l'aiderai moi-même à m'abuser.
Entrent DON FÉLIX et CELIA.
celia, bcu, à don Félix.
Le seigneur Fabio, mon maître, est sorti. — C'est le meilleur moment pour parler à ma maltresse.
don Félix, de même.
Je te dois la vie et le bonheur.
celia, de même.
Il ne faut pas que vous ayez l'air d'avoir été introduit ici par moi. Au contraire, il faut que tous paraissiez être entré malgré moi. [Haut.) Qu'est ceci, seigneur don Félix?... Quoi! malgré mes instances et mes prières...
Modère-toi, Celia.
CKLIA.
Vous n'tvex pas craint de pénétrer...
DON FEUX
De grâce, Celia !
CELIA
Jusqu'ici. — Oh! quelle audace !
LAURA
D'où Tient donc tout ce bruit?
CELIA
Ce bruit, madame, Tient de ce que le seigneur don Félix a pénétré jusqu'ici sans considérer que si par hasard le seigneur Fabio rentrait...
LAURA, à don Félix.
Quoi! c'est tous?
DON FEUX
Oui, madame.
LAURA
Voilà, seigneur cavalier, une audace étonnante* Comment! tous
CEUA.
LAURA
CEUA.
CEUA.
oaei entrer de la sorte dans ma maison, dans mon appartement T
DON PEUX
Hélas ! madame, celui qui désire mourir ne craint plus rien. Et si ma mort pouvait me venger de vos mépris, je voudrais mourir à vos yeux pour être heureux du moins par ma mort.
LAURA
Celiat
Que vousplatt-il?
La faute en est à toi.
A moi» madame I
Si tu avais fermé la porte...
Je l'ai fermée» madame.
DON FÉLIX
Oui» madame, ce n'est point Celia que vous devei quereller; elle n'a aucun reproche à se faire ; elle ne m'a point aidé à vous voir. C'est moi seul qui suis coupable, ainsi c'est moi seul que vous devez punir... Mais non; vous la grondes parce que vous êtes injuste par goût e t par habitude, et que vous ne tenez pas à être plus équitable envers elle qu'envers moi.
LAURA
En effet, vous avei raison ; je suis naturellement et par plaisir d'une injustice sans égale. Car vous n'avez pas écrit à Nice, n'est-ce pas? car vous n'avez pas été chez elle, n'est-ce pas encore? car elle, de son coté, elle n'a pas été chez vous, n'est-il pas vrai? — Oh! oui, je suis la plus injuste des femmes, et vous, le plus innocent des hommes!... Oui, je suis inconstante, légère, volage. Mais si je suis volage, légère, inconstante, pourquoi me cherchez-vous ? que me voulez-vous ?
DON FÉLIX
Je veux seulement vous persuader que vous vous trompez, que vous avez conçu à tort de la jalousie.
LAURA
Moi de U jalousie* don Félix?
DON FÉLIX
Oui, Laura, et...
Qui vous a dit que j'eusse de la jalousie?
DON FEUX
Votre conduite envers moi.
LAURA
Ma conduite envers vous?
JOURNËK I, 8CENK III. 19
DON FÉLIX
Eh! oui, Laura.
LAURA
Gomment cela ?
DON FÉLIX
Voici comment : Ou vous avez de la jalousie, ou non. Si c'est non, pourquoi, Laura, feignez-vous une colère que vous ne ressente! pas? Si c'est oui, pourquoi ne voulez-vous pas que je m'explique, puisque aucune personne jalouse ne se refuse à une explication? Ainsi, soit pour que je m'excuse, soit pour vous satisfaire, si vous avex de la jalousie, daignez m f entendre, ou me parler, si vous n'en avez pas.
LAURA
Vous n'auriez pas trop mal raisonné, don Félix, si, de ce qu'une femme est mécontente, il s'ensuivait nécessairement qu'elle est jalouse ; mais si l'un n'entraîne pas l'autre, car je puis avoir du mécontentement sans avoir de la jalousie, alors je n'ai pas à vous entendre, et vous, vous n'avez pas à me parler.
non félix.
Eh bien ! vive Dieu ! ou mécontente ou jalouse, il faudra que vous n'écoutiez avant que je prenne congé de vous.
LAORA.
Vous en irez-vous après, si je vous écoute?
DON FÉLIX
Oui, je m'en irai.
LAURA
Eh bien ! parlez, et ensuite aliez-vons-en.
DON FÉLIX
Je n'essaierai point, Laura, de nier que j'aie aimé Nice...
LAURA
Arrêtez, de grâce. Si vous n'avez pas autre chose à me dire, ce n'est pas la peine de continuer. Je m attendais à mille protestations courtoises, vraies ou fausses, car il est des chagrins qui se plaisent à être consolés même par le mensonge ; je m'attendais à mille assurances d'une fidélité sans borne*, d'un attachement absolu, exclusif, inaltérable, et vous me jetez au visage que vous avez aimé Nice! Vous ne sentez donc pas qu'en croyant m'apaiser, vous m'offensez encore?
DON FEUX
Pourquoi ne m'avez-vous pas laissé finir?
Comment! vous pensez pouvoir voua excuser?
DON FÉLIX
Oui, sans doute.
laura, à part.
Que l'amour le permette I
LAURA
Qu'avei-vous à «jouter encore?
cblia, criant.
Monseigneur U« monseigneur 1... le voici qui arrive l
laura, à don Félix.
Aliei-voua-eo par la porte de cette chambre qui a une issue sui Unie.
DON FÉLIX
Je pars; mais comment nous quittons-nous Y
LAURA
Comme vous voudrei.
DON PEUX
Sans colère de votre part?
LAURA
Revenei me voir cette nuit ; je désire vous voir pour causer de Niée avec vous.
DON FILIX.
Ah 1 Laura» combien vous vous abuseï 1
LAURA
Ah! combien vous m'affligez, don Félix t