ACTE III, SCÈNE IL
crainte. Dans cet embarras, permettez que nous nous retirions; et, si vous êtes sensible, ne rendez pas malheureux tant d'êtres qui ignoraient jusqu'à Yotre nom.
PIZA.RRE.
. Ne mêlez pas des idées effrayantes à ces instans que donne le plaisir. Dans le pays que tous habitez, le bonheur doit renaître pour embellir le matin de chaque jour. Je ne fais point de malheureux : yoijis seule pourriez en faire en fuyant aussi dédaigneusement.
SÉMIR4.
Si ce bonheur que tous exagérez tant dépendait de moi , combien de disgrâces fuiraient de la terre pour rentrer dans d'obscurs abîmes. Je tous remercie, seigneur, de la manière bienveilliinte dont tous Tenez de me traiter. L'espérance se fait entendre ; elle élèTe sa douce Toix dans mon sein : jamais je n'aTais pensé que des cœurs recouTcrts de ce dur métal fussent seiisibles, •
PIZARRE
Le mien ne Test déjà que trop dcTenu. Dites qui TOUS êtes ; si tous habitez toujours ce palais : soyez assez aimable pour déclarer Totre nom , douce enchanteresse^
SÉMIRA.
Ah! seigneur, Tembarras me confond. Cédant néanmoins à la force irrésistible de notre éducation , qui ne permet pas de garder caché dans un coeur dissimulé ce qui n'est point secret ^^ je consens
i88 LA CONQUÊTE DU PÉROU,
à TOUS satisfaire. Je m'appelle Sëmiraj je suis la
fille et rhëritière du grand Atabalipa.
PIZARRG.
Vous, sa fille! vous, héritière de cet empire! Ah ! Sémira, je vois maintenant pourquoi le destin m'a conduit d'une main puissante sur ces mers. Je suis investi du pouvoir , j'ai à mes ordres les éclairs et la foudre ; mais je me vois vaincu par vos yeux , par les grâces charmantes qui ornent des traits audessus de l'humanité. Serez-vous reconnaissante des choses infinies que Pizarre veut faire pour vous ? Mon âme ravie peut-elle aspirer à votre amour ?
SÉMIRA.
Seigneur, ce cœur repousse la fraude ; il n'appartient pas qu'à moi seule : mes parens commandent à ma volonté par la loi la plus sacrée de la nature , et des lienâ indissolubles me lient depuis le berceau.
Bizarre.
Je saurai les rompre ! Chère Sémira , votre père, est déjà mon ami : nous ferons ensemble la conquête du Nouveau-Monde ; nous dicterons des lois aux peuples du voisinage , et nous deviendrons redoutables même à l'Europe.
SÉMIRA.
Permettez-moi de me retirer; mon devoir exige que je parte. Soyez vertueux, c'est seulement de cette manière que vous pourrez faire de vastes conquêtes dans le pays.
FIZARRB.
Mon cœur vous suit pas à pas ; il ne m'appartient