ACTE V, SCÈNE II. il
de sa famille aux tendres liens que lui offrait un amant dans la toute-puissance. L'amour, fuyant déjà de mon cœur, laisse le champ libre à là dou^ loureuse jalousie , et la voix de la vengeance s'ëlève dans mon sein : les heures qui me restent de cette journée sont d'un plus grand prix que jamais le monde n'en put voir. De'cidez-vous , madame; je remets encore entre vos mains le sort du Pérou.
SEMIRA.
Que voulez-vous de moi, d'un être étranger aux usages de l'Europe, d'un être que la nature avait caché pour des jours plus tranquilles? Nos religions, des cultes opposés, une éducation différente, des lois contraires , mon cœur attaché par ces doux liens formés à un âge oii les passions n'ont pas leur fougueux empire; toutes ces choses, seigneur, sont autant d'obstacles que je ne puis pas vaincre. Le coeur d'une jeune fille ne se subjugue pas par la force ; il ne convient pas au grand Pizàrre, le héros de l'Espagne , de souiller son nom en contraignant une faible femme à devenir parjure. Comment peux- tu désirer que je te donne en tremblant une main ingrate, tandis que mon cœur resterait au pouvoir de son premier maître ? Ah ! laisse une infortunée ; poursuis , tout chargé d'or, le chemin de ton illustre patrie ; là tu rencontreras de tendres beautés qui feront le bonheur de tes jours. En moxlérant tes caprices, ton nom', orné de' toutes les vertus, sera rappelé parmi nous avec un sentiment de regret et de reconnaissance; .
3i4 LA CONQUÊTE DU PÉROU,
FIZARRB.
Mon âme inquiète ne souffre point de réflexion : on élève contre les sentimens de mon cœur de chimériques fantômes. Plein de constance et fort dans mes résolutions y je saurai détruire les injustes liens qui s'opposent & mon bonheur. Pense y Sémira , à la différence qui existe entre un sauvage et Pizarrç^ maître de la foudre.
• SÉMIRA.
Je suis aussi une sauvage y le même sang coule dans mes veines ; mais sache que celui que tu insultes dans ta fureur orgueilleuse, a dans l'âme plus de vertus que les héros tant prônés de l'Europe : tu peux faire connaître l'ardeur d'une funeste passion sans l'outrager.