‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 158 sur 292 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

objet de nos pensées. Mères tendres. et sensibles , mères pleines de douleur , mon cœur tous parle et vous exhorte ! Je me peins maintenant les angoisses affreuses , le chagrin cruel qui émoussent dans Yojtre âme le plaisir éloigné d'un jour incertain! Epouses caressantes, qui pensiez jouir du bonheur dans les bras de l'hy menée, un fatal décret, qui révolte la raison, éloigne tos espérances comme le souffle du matin écarte les nuages amoncelés! Le chagrin s'assied sur le trône de l'amour. Ces doux instans , que le plaisir avait formés , la guerre les a changés, en rugissant, contre de longs jours de ténèbres ; et , plongées bientôt dans la douleur, TOUS Terrez tos blancs TÔtemens s'obscurcir comme le manteau de la nuit. Cruel souTenir, soupirs effrayans, donnez quelque trêTe à lios coeurs! Dieu puissant, désarme le bras de la tyrannie ; au milieu de la lutte des passions, montre dans tout son éclat ce flambeau de la raison que tu as doiuié à

ORMIÂ.

Et prétends-tu consumer en Taines plaintes des momens précieux? Mon caractère, m'a inspiré un moyen à jamais immortel : tu es épouse, je le suis également ;. nos ,deToirs sont les mêmes. Jure aTCC moi, par le Styx effrayant et terrible, d'euToyer ton nom aux générations les plus éloignées sur les ailes de l'héroïsme , que le monde puisse dire : Les Lusitaniennes sont dignes de leurs époux.

ARISTÉÂ.

Que. peut-il y aToir dan» le monde ^ 6 ma tendre

!»7d LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS, amie 9 qu'une épouse fidèle neiécute pas dans de cruelles occasions? Quand par de tristes circonstances, les grâces, les caresses , les plaisirs se sont enfuis , les jours deviennent bien amers. Je jiu*e , par ce lac respectable , qui retient jusqu'à la yolonté des dieux, de suivre la route que la con- ' stante Ormia marquera à mon amour I Tu ne me surpasses pas dans la force des passions excitées par Thonneur.

ORMIA.

Eh bien ! étends tes regards , sans être troublée de l'horreur naturelle qu'inspire un champ de bataille à notre faible sexe ; vois encore teintes de leur sang les armures des Romains. Leurs boucliers, faible défense opposée aux redoutables Lusitaniens; leurs casques, leurs épéès, tombées de leurs mains affaiblies , ces armes offrent un moyen bien favorable à nos cœiirs. Viens , arrachons à deux cadavres'leurs armures de fer; donnons en échange les vétemens d'un sexe délicat. Dans le silence de la nuit qui s'approche, nous irons au milieu du camp ennemi chercher nos époux prisonniers; nos bras briseront leurs fers. Cet héroïsme plaît aux dieux ; et si notre fin tragique a été inscrite sur le livre ténébreux du destin, quand l'histoire parlera de ce fait, les âmes sensibles nous accorderont un souvenir de regret.

ARISTÉA.

je n'ai que le chagrin de n'être point l'auteur de ce projet immortel. Faisons connaître aux Romains que dans nos chmiits la différence des sexes n'em-

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