II7EZ
Ah ! ne viens pas ajouter à mes chagrins le tableau de l'amitié consternée. L'amour et la nature suffisent pour remplir d'amertume mon coeur trop sensible ; je ne puis résister à tant de maux , et aux souvenirs qui déchirent mon âme affligée. Ne m'arrache pas davantage de pleurs avec tes pleurs; les larmes qu'un tendre cœur fait couler, lui coûtent davantage que celles qu'il répand. Oui ,
78 ITîEZ DE CASTRO ,
être aime est même iin bien funeste qui augmente
la di^ràee des malheureux.
BLVIBE.
Est-il possible qu il y ait des âmes assez dures pour tourmenter un cœur aussi sensible ! Mais pourquoi succombons-nous sous le. poids du chagrin? Don Pèdre est ton e'poux, il doit se présenter en défenseur puissant pour te secourir; il doit tromper les ordres de la tyrannie. Mettons donc notre confiance en lui : tes larmes suffiront pour l'exciter...
INEZ
Que me dis-tu ! Quelle terrible idée tu réveilles en moi ! Au lieu de m'encourager, viens-tu abattre ma constance y me conseiller qu'un fils se révolte contre son pèrç ? Ah ! non , qu'Inez soi* toujours malheureuse y mais qu'elle ne deviei^ie jamais la cause d'une rébellion criminelle. Déjà moins vive, la lumière de la raison brille cependant encore dans mon âme. Ne consens pas, ô ciel! que l'amour l'éteigne ; fortifie mon cœur. Oui , Je dois , je dois me soumettre à mon destin. Que les lois d'un sort fatal s'accomplissent : abreuvée d'amertume, j'îj^2ii l^^iï^ à^^n époux, achever dans le sein de là douleur... Cependant mes. chers fils... Ah! je lesemmtènerai avec moi. Doux gages du plus constant amour , tous me serez du moins un tendre soulagement dans mon adversité. Toujours dans mes bras , toujours unis , couverts de caresses , et recevant de tristes soupirs sur le sein inquiet d'une mère inconsolable, c'est en les baignant de mes pleurs que je verrai continuellement sur leur visage