SCÈNE III
DON PÈDRE, INEZ, ELVIRE. Inez à peine voitelle don Pèdre, qu'elle cherche à essuyer ses larmes. Elvire s'éloigne dans le foijid du théâtre , et peu de temps après se retire.
DON PÈDRE
Inez , épouse chérie. . . . Mais que vois-je? Tu cherches en vain à essuyer tes pleurs , rien n'échappe aux yeux d'un amant. J'aperçois, empreintes sur ton visage, les afflictions qui me déchirent le cœur. Quel motif...? mais dois-je le demander? ne sais-je pas assez l'origine de tes maux? Oui, je suis moi-même ton fléau , mais en même temps ton défenseur et ton époux : tu ne crains rien, rien ne t'afflige.... Cependant tes lamtes redoublent. 0 ciel!
8o INEZ DE CASTRO,
INEZ
Époux bien-aimé , ne fais pas attention aux larmes cpie je répands^ ne t en afflige pas; tes paroles, ta présence, aggravent ma douleur, augmentent mon deuil. Âh! laisse sortir, par mes tristes yeux , mon cœur change en larmes.
DON PÈDRE
Que je voie plutôt couler mon sang à gros bouillons que tes pleurs ! Éloigne de ton âme les vaines craintes , repousse les soucis , ne succombe pas aux maux passagers qui t'oppriment. Nous foulerons aux pieds les caprices du destin, l'infortune. Oui, chère épouse, toujours unis nous serons heureux.
INEZ
Unis, dis-tu?... 0 ciel! unis!
DON PÈDRE
Qui donc pourrait nous séparer ?
INEZ
0 rigueur !... je suis perdue ! Que vais-je lui dire? de quel coup de foudre la triste Inez va-t-elle te frapper? Je voudrais , ô ciel ! épargner ton cœur : cependant je n'ose t'abandonner sans te dire adieu. Ah ! cher e'poux, serre-moi dans tes bras, et reçois les dernières paroles de la séparation.
Qu*e n tends- je ?.... Qu'arrive -t-il? Inez, que dis-tu? .
INEZ
Je vais me séparer de toi pour toujours.