VIRGINIUS, VIRGINIE, JULIE, APP1US
VIRGINIUS
Que le Dieu qui lance la foudre t'anéantisse , tyran! c'est ainsi.... qu'un Romain et un père te salue.
Devais-je m'attendre à ce discours ? Mais Virgi-
t7o VIRGINIE,
nius est toujours le même ; apprends à connaître Àppius. Tu sais comment ta fille se trouve dans mon palais ; je te la rends en la sauvant. Je n'ai fait qu'accomplir un devoir envers le malheur et la vertu ; mais si la patrie et la liberté te sont véritablement chères , voici le moment de le prouver : nous fûmes ennemis, Virginius.....je fus coupable. Étouffe ton ressentiment , oublie la haine , les dissensions qui ont régné entre nous ; oublie-les par amour pour Rome qui en a souffert, par amour pour ta fille qui en a été la victime : les nouveaux liens que tu avais formés pour elle sont rompus ; rappelle-toi qu'elle me fut promise ; pardonne ce qu'elle a pardonné.... et le maître de Rome, qui y commande encore, deviendra aujourd'hui ton fils, et simple citoyen comme toi. ( A Virginie. ) Virginie, que ta voix s'unisse à la mienne! toi seule peux toucher un père inexorable.... Tu gardes le silence.. .. quel regard !... tu ne réponds point?
VIRGINIE, lui donnant U lettre.
Barbare , voilà ma réponse !
APPIUS, prenant la lettre.
Que vois-je ? quel coup de foudre ! je suis trahi...
( Dana aon ëtonnement il laitte tomber la lettre. ) VIRGINICS.
Non, tu es seulement découvert , et l'heure de la vengeance a sonné. Tu restes sans voix et sans couleur... Eh bien, sauveur de Rome, et noble concitoyen , qui de ce moment ne devais écouter que la vertu, voilà donc la première preuve que tu nous
ACTE III» SCÈNE IV. i7i donnes de ton changement ! On a par tes ordres détruit les foyers du père , assassiné l'époux de la fille pour la mettre en ton pouvoir; et tu veux qu'on étouffe la haine, tu parles de réconciliation! Il fallait donc ne point fouler à tes pieds les lois, la liberté de Rome; il fallait renoncer à une ' puissance qui n'est plus qu'une usurpation. Mais tremble , il est une autorité plus grande que la tienne; il vit encore ce même peuple, ce sénat qui jura une haine immortelle aux tyrans tels que toi; oui sors de ta
sécurité. ( H ramasse la lettre. ) Cet écrit tracé de ta main, cette preuve accusatrice...
APPIUS, le retenant.
Arrête, téméraire!... que prétends-tu?
VIRGINIUS
Divulguer tes forfaits, venger Rome et moi-même.
Ne fais point ce que tu ne pourrais réparer plus tard. Ennemi trompé, attends; rends cette lettre, et avant que tu suives les conseils de la vengeance, écoute-moi, Virginius, écoute.
VIRGINIUS
L'ennemi a parlé pour toi, lorsque ton rival a été cerné et abandonné. Tes complots sont découverts, et cette lettre, tyran , ne me sera arrachée qu'avec la vie. Tu seras jugé sur tes propres écrits.
Tues lç^rère de Virginie... mais tremble, je pourrais l'oublier.
i7a VIRGINIE,
V1RGINIUS.
On ne tremble point quand on a mon courage et ma haine. Ton crime sera dénoncé au peuple et au sénat.
Arrête , Virginius ; songe aux extrémités auxquelles je pourrais me porter. Donne cette lettre ; préviens la honte d'être forcé de la rendre.
VIRGINIUS
Parle ainsi à ton esclave et non à des hommes libres. Ma résolution est prise, la menace la fortifie.
APPIDS.
Virginius, épargne-toi toi-même ; rappelle tes esprits, et ne me force point à commander. Tu connais ma puissance , et n'ignores pas que je sais l'employer. Donne cette lettre, obéis si la vie t'est chère.
VIRGINIUS
Arrache-la, situ peux, des mains du peuple: c'est devant lui que je vais. ..
APPIDS.
Ce n'est point à lui que je m'adresserai. Licteurs !
VIRGINIUS
Eh quoi! tu oses...
VIRGINIE
Au nom des dieux, barbare !..
APPIUS, aux licteur*.
Entourez ce traître , et le retenez en ces lieux.