ACTE I, SCÈNE III
comme un bonheur ! Je vais lui montrer la route qui la doit conduire au trône d'Éric; la colère, le dépit peints dans ses yeux , me donneront le courage de supporter l'épreuve qu'il me reste à soutenir.
GUNNA.R.
Tu abandonnes donc HélèneJ Mais Sverker, moins cruel, tous vengera tous deux; il saura défendre et son trône et sa fille, et n'augmentera point ses malheurs en sacrifiant la main d'Hélène. Il ne vient pas traiter de la paix avec les Goths ; il peut changer les fêtes de l'hymen en un massacre. Le gendre choisi par son cœur, et qui a séparé ses intérêts des siens, sera encore digne de protéger sa race. Il t'a donné Hélène , elle te conserve sa foi ; c'est en vain que tu te déclares contre le père et la fille : le parti de Sverker commence à se rallier ici. Sune renonce au bonheur, mais Hélènç et son père ne le souffriront pas.
SUNE JAflL.
Quoi ! Sverker se rappellerait ses promesses ! Hélène me rendrait sa foi! elle m'aimerait encore malgré ma cruauté!... 0 ma patrie! ô mon roi! vous qui m'avez confié cette épée pour protéger vos droits , défendez-vous contre l'ennemi que vous avez au fond de mon cœur; je ne vous entends plus, je n'entends que la voix d'Hélène. L'espoir flatteur qui me sourit va donc me séduire!... Non,... ce sang que des ancêtres valeureux m'ont transmis pur et sans tache ne sera point déshonoré par moi. Oui, je verrai, sans en être ému, l'objet de ma tendresse en proie à la terreur ; et la rage du cruel Sverker, qui
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n'est pas encore désaltéré du sang d'Éric , ne fera point d'impression sur mon âme.... ton zèle y a ré— veillé le souvenir des crimes de cet homme sanguinaire. Ami, tu as vu ma Faiblesse, vois aussi ma force. Sais-tu qui a renoué les liens qui m'attachent pour jamais à la Suède? c'est Sverker lui-même. Dès que je fus en son pouvoir, il arma mon bras contre ma patrie ; la jeunesse et l'amour m'entraînèrent dans une erreur dont le souvenir me fait encore rougir. Mais toute mon audaca s'évanouit à l'aspect de mon père. Je fus saisi d'un frémissement que je ne puis te rendre; jamais un feu plus dévorant ne s'empara de moi : le sang de mon cœur agité se répandit dans toutes mes veines ; je fondis en larmes et brisai i'épée qui m'avait rendu si criminel ; j'embrassai avec un saint respect le sol chéri où j'ai reçu le jour; je vis mes concitoyens, et m'arrachai du camp de Sverker; j'appelai mon père , et me précipitai dans ses bras. Pendant une heure il régna seul dans mon cœur ; la terre , mon amour, Hélène , tout fut oublié.
GUNNAB.
Rappelle-toi ce que je prédis à ton aveugle enthousiasme : pour prix de tes services tu trouveras la mort. La paix qu'Éric désire n'est pas approuvée par le parti dont la haine pour Sverker ne s'éteindra que dans son sang : ce parti te soupçonne déjà , et a secrètement juré ta perte ; tu donneras la paix aux autres , et ne la trouveras pas dans ton cœur.
SUNE JARL
C'est à cette paix que je veux travailler. Mon cou-