ACTE II, SCÈNE I. 24g
Sverker , ah ! sachez-en gtfé à Sune Jarl. Son amour. ...
HÉLÈNE
Son amour n'est plus; le séjour où il m'a conduite ne le prouve que trop. Croit-il que la bonté d'Éric puisse satisfaire la fille de Sverker ? que , libre des chaînes qu'il m'avait données , mon sort puisse être plus supportable ici? À la cour d'un ennemi ne suis-je pas toujours prisonnière? Non;
Sune sait trop bien comment il peut me plaire pour se tromper ainsi. Lorsqu'il voit couler mes pleurs pour un père malheureux à qui je dois toute ma tendresse; lorsque, le devoir m'imposant ses lois, je demandai à retourner près de lui ; je vis la colère de Sune s'irriter de mon désespoir. Cette colère était encore pour moi une preuve de son amour, et je trouvais mon malheur moins grand.... Mais quand je le vois céder sans résistance les droits que sa victoire lui donne sur moi , ah ! Cécile , que dois-je en conclure? Est-ce encore là une preuve d'amour?... C'est de l'oubli, de l'indifférence. Cependant je veux le voir et l'attendre ici, non pour retrouver un amant dans Sune Jarl, mais pour essayer par mes larmes de rendre un ami à mon père.
CÉCILE
N'êtes -vous pas la maîtresse de conclure cet hyménée? L'envoyé de Sverker attendu ici me paraît destiné à Sune J*rl plutôt qu'à Éric. On vous a dit qu'il arriverait aujourd'hui en ces lieux.
HÉLÈNE
Quel envoyé , grand Dieu ! Quel bonheur me
a5o SUNE JARL.
causera sa vue ! mais en même temps à quel danger il s'expose ! Sais-tu quel est celui qui doit venir jne trouver à la cour d'Eric? Mon père....
CÉCILE
Comment! il oserait?...
HÉLÈNE
il osera tout pour moi. Il espère que ses traits , oubliés ici, lui permettront d'y rester inconnu. Ses amis l'ont abandonné avec la fortune, et il n'a plus comme roi que lui-même pour se représenter. Il compte aussi sur sa présence pour ramener Sune et me tirer de ces lieux. Le fils de Fqlke lui a enlevé le bonheur; cependant il croit qu'un ami dans l'infortune peut encore se fier à lui. Mais Sune ! s'attendrira-t-îl sur le malheur d'autrui? Il vient... Comment ose-t-il se montrer à mes yeux ?