ACTE II, SCÈHE I. 35i
est heureux et riche, mon projet sera une épreuve pour son cœur ; si le sort lui a été contraire , je réparerai, je pardonnerai tout; si ses sentimens n'ont point changé , l'épreuve sera pour moi.
MARIE
Si c'est lui , la fortune lui aura été favorable; ces grands coffres qu'on a portés chez le bourgmestre...
M-». STRICKER.
Et l'idée ridicule de se faire suivre dans les rues par son valet portant une cassette, ne me plaisent point; un honnête homme n'agit pas ainsi. Oh ! je crains, oui, je crains que le malheur n'ait fait un aventurier de notre Guillaume. Ses infortunes ont dû être bien cruelles pour corrompre la bonté de son cœur, et lui faire abandonner la route de l'honneur et de la vertu.
MARIE
Il me sera impossible de faire la dame ; je ne sais comment m'y prendre.
M™. STRICKER
Ne crains rien; cet art s'apprend bien vite. Souviens-toi que tu es riche, veuve, et par conséquent orgueilleuse ; et n'oublie point que tu es jeune , et surtout cherche à plaire.
MARIE
Je n'apprendrai jamais tout cela.
M—. STRICKER.
Tu réussiras, j'en suis sûre. Une fille de ton état, ma chère Marie , élevée tout à coup à un rang au-des-
35a L'AVENTURIER,
sus de sa naissance, devient plutôt trop hautaine
que pas assez.
MARIE
Je yais donc essayer ; mais je ne suis point jolie.
M-«. STRICKER.
N'importe, tu es riche.
MARIE
Et puis je suis si sotte , si timide.
M**. STRICKER.
Bagatelle ; n'as-tu pas des bagues pour cinq mille riksdalers ? Laisse-moi ; il peut arriver d'un moment à l'autre ; je veux le voir la première.
(Elle sort.)