SCÈNE IV
JERNBERG, ALBINE, CHARLOTTE.
JERNBERG.
Comme tous travaillez, mes chères Olies !
ALBINE
Vos manchettes seront finies dans un moment.
JERNBERG, ('embruuDt.
Grand merci, ma bonne Albine.
CHARLOTTE
Vous aurez demain votre veste.
JERNBERG. LVmWtuht «uni.
Tu veux aussi avoir un baiser, ma Charlotte. O mes chères filles, si vous saviez combien je vous aime, combien je désire de vous voir heureuses! Mais c'est en vain que j'y travaillerais seul; il me faut encore votre secours. Cherchez vous-mêmes h former votre cœur; alors les peines de votre fortuné père seront payées au centuple.
ALUJNK el CHARLOTTE, lembriuut.
Nous aimerons toujours notre excellent père , et nous promettons de suivre ses avis.
iernbehc.
Je vous rends grâce de cette promesse , mes enfans. A propos, comment trouvez-vous ce baron qui vient nous voir depuis peu ?
43o L'AMANT AVEUGLE,
ALBINE, avee vivacité.
Il est très-bien , mon père,
JERNBERG.
Et toi, Charlotte?
CHARLOTTE
Je le trouve... comme cela.
JERNBERG, à part.
Je ne me suis point trompe'. ( Haut. ) Et le cornette Lejonhare , qu'en dites-vous ?
CHARLOTTE, virement.
Il est très-bien.
ALBINE
Il ne me plaît pas beaucoup*
JERNBERG, à part.
Je le pensais. (Haut.) Cependant, Albine, le cornette a de beaux yeux, et le baron est aveugle.
ALBINE
Oui, mais....
JERNBERG.
Le baron te semble plus aimable, n'est-ce pas?
ALBINE, arec vivacité' .
C'est justement cela.
JERNBERG.
Ils dîneront tous deux avec nous aujourd'hui. La conversation du baron me plaît infiniment; le cornette aura , je pense f Quelques nouvelles contredanses dans sa poche pour Charlotte, et nous serons tous satisfaits.
ACTRI, SCÈNE IV. 431
A LBI N E , baisant la main de Jeroberg.
Que vous êtes bon, mon père! Le baron a donc un ami en vous ?
JEHNBERG,
Ouï, et, si je ne me trompe, il en a aussi un eu toi, mon Albine*
ALCINE
Assurément, mon père; tous les infortunes sont mes amis,
JETINBERG.
Bien , ma fille ; mais on peut être aveugle et heureux. La vertu ne réside pas clans les yeux , quoique souvent on y voie son image; elle habite le cœur, et fait seule notre félicité. Un homme aveugle possédant de grandes qualités est bien ïiu -dessus de celui qui, avec les plus beaux jeux du monde, est insensible aux charmes de la Vertu*
ALR1NE.
Je pense absolument ainsi, mon père. Ou peut donc être heureuse avec un mari aveugle?
JEKNBERG.
Oui , mon Alhine, car il juge mieux les hommes* Rien ne le distrait, et l'esprit d observation peut être porté chez lui à un très-haut de<*ré. Il ne voit point et ne saurait être séduit par leclat dont le vice s'environne. C'est en vain qu'il se pare de ses plus beaux oruemens, qu'Use cache sous les dehors les plusséduisans, l'aveugle lit dans le cœur, et juge sans illusion.
Goosle
/,3a L'AMANT AVEUGLE,
CHARLOTTE
Mais comment un aveugle peut-il devenir amoureux? il ne voit rien.
JERNBERG.
Ce n'est point la beauté qui l'enchante, mais les qualités réelles du cœur. Ah! mes enfans, aux yeux d'une âme généreuse la vertu est mille fois plus belle que tout l'éclat des roses de votre teint. Me comprends-tu , Albine ?
ALBINE
Oui, mon père; et je sens.... oui, je sens que je pourrais aimer un aveugle.
JERNBERG.
Tu sens, ma fille, que tu pourrais aimer un aveugle ? mais tu ne connais pas encore ton cœur.
ALBINE
Mon père ?
JERNBERG.
Ma chère fille!... ne parlons plus de cela. Comme je vous lai dit , le baron et le cornette dînent ici ; mais je t'en prie , Albine , ne traite point le baron avec trop de sévérité ; il est aveugle et ne peut lire dans tes regards.
(Il tort.)