VARIÉTÉS DANS L'ESPÈCE HUMAINE
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici de la génération de rhomme, de sa formation, de son développement, de son état dans les différents âges de sa vie, de ses sens et de la structure de son corps, telle qu'on la connaît par les dissections anatomiques, ne fait encore que l'histoire de l'individu; celle de l'espèce demande un détail particulier, dont les faits principaux ne peuvent se tirer que des variétés qui se trouvent entre les hommes des différents climats. La première et la plus remarquable de ces variétés est celle de la couleur; la seconde est celle de la forme et de la grandeur, et la troisi5me est celle du naturel des différents peuples : chacun de ces objets, considéré dans toute son étendue, pourrait fournir un ample traité; mais nous nous bornerons à ce qu'il y a de plus général et de plus avéré.
En parcourant, dans cette vue, la surface de la terre, et en commençant par le Nord, on trouve en Laponie et sur les côtes septentrionales de la Tartarie une race d'hommes de petite stature, d'une figure bizarre, dont la physionomie est aussi sauvage que les mœurs. Ces hommes, qui paraissent avoir dégénéré de l'espèce humaine , niC laissent pas que d'être assez nombreux et d'occuper de très -vastes contrées. Les Lapons danois , suédois , moscovites et indé-
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pendants, les Zembliens, les Borandiens, les Samoïëdes, Ifô Tartares septentrionaux, et peut-être les Ostiaques . dans Tancien continent , les Groenlandais et les sauvages au nord des Esquimaux, dans l'autre continent, semblent être tous de la même race qui s'est étendue et multipliée le long des côtes des mers septentrionales, dans des déserts et sous un climat inhabitable pour toutes les a^tre^ nations. Tous ces peuples ont le visage large et plat*, le nef camus et écrasé, l'iris de Toeil jaune -brun et tirant sur le noir ', les Mupières retirées vers les tempes ', les joues extrêmement élevées, la bouche très- grande, le bas • du visage étroit, les lèvres grosses et relevifes, la voix grêle, la tête grosse, les cheveux noirs et lisses, la peau basanée; ils sont très -petits, trapus, quoique maigres; la plupart n'ont que quatre pieds de hauteur, et les plus . grands n'en ont que quatre et demi. Cette race est, comme l'on voit, bien différente des autres; il semble quç ce soit une espèce particulière dont tous les individus ne sont que des avortons, car s'il y a des différences parmi ces peuples, ' elles ne tombent que sur le plus ou le moins de difformité : par exemple, les Borandiens sont encore plus petits que les Lapons; ils ont l'iris de l'œil de la même couleur, mais le blanc est d'un ^une plus rougeatre ; ils sont aussi plus basanés et ils ont les jambes grosses, au lieu que les Lapons les ont menues. Les Samoïèdes sont plus trapus ' que les Lapons; ils ont la tête plus grosse, le nez plus large et le teint plus obscur , les jambes plus courtes , les
1. Voyez le Voyage de Regnard, t. I de ses OEuvres, page iô9. Voyez aassi II Genio vagante del conte Aurelio degli AnzLln Parma, 1091. Et les Voyages du Nord faits pw les Hollandais. ^(2. yoyék^nœ^jfiimna Suecipa, Storkjiodn, 1746, p. 1. 3^Voye2 la Martinîére, p. 30.* .
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genoux plus en dehors, les cheveux plus longs et moins de barbe. Les Groenlandais ont encore la peau plus basanAs qu'aucun des autres; ils sont couleur d'olive foncée : on prétend même qu il y en a parmi eux d'aussi noirs que, les Éthiopiens. Chez tous ces peuples, les femmes son# C aussi laides que les hommes et leur ressemblent si fort qu'on ne les distingue pas d'abord : celles de Groenland sont de fort petite taille , mais elles ont le corps bien proportionné ; elles ont aussi les cheveux plus noirs et la peau moins douce que les femmes samoïëciss; leurs mamelles sont molles et si longues, qu'elles donnent à teter à leurs enfants par -dessus l'épaule; le bout de ces mamelles est noir comme du charbon , et la peau de leur corps est couleur olivâtre très-foncée. Quelques voyageurs disent qu'elles n'ont de poil que sur la tête et qu'elles ne sont pas sujettes à l'évacuation périodique qui est ordinaire à leur sexe; elles ont le visage large, les yeux petits, très- noirs et très -vifs, les pieds courts aussi bien que les mains, et elles ressemblent pour le reste aux femmes samoïèdes. Les sauvages qui sont ao^nord des Esquimaux, et même dans la partie septentrionale de File de Terre-Neuve, ressemblent à ces Groenlandais : ils sont, comme eux, de très-petite stature, leur visage est large et plat, ils ont le nez camus, mais les yeux plu0 gros que les Lapons *.
Non-seulement ces peuples se ressemblent par la laideur, la petitesse de la taille, la couleur des cheveux et des yeux, mais ils ont tous à peu près les mêmes inclinations et les mêmes mœurs : ils sont tous également grossiei^, superstitieux, stupides. Les Lapons danois ont un gros cbat
1. Voyez le Recueil des voyages du Nord, 1716, t. I, p. 190, et t. IIi, p. 6.
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noir auquel ils disent tous leurs secrets et qu'ils consultent dans toutes leurs affaires, qui se réduisent à savoir s'il faut aller ce jour-là à la chasse ou à la pêche. Chez les Lapons suédois, il y a dans chaque famille un tambour pour consulter le diable, et, quoiqu'ils soient robustes et grands coureurs, ils sont si peureux, qu'on n'a jamais pu les faire aller à la guerre. Gustave -Adolphe avait entrepris d'en Taire un régiment, mais il ne put jamais en venir à bout :' il semble qu'ils ne peuvent vivre que dans leur pays et à leur façon. Ils se servent, pour courir sur la neige, de patins fori épais de bois de sapin, longs d'environ dfux aunes et larges d'un demi-pied; ces patins sont relevés ^ pointe sur le devant et percés dans le milieu pour y passer un cuir qui tient le med ferme et immobile ; ils courent sur la neige avec tant de vitesse qu'ils attrapent aisément les animaux les plus légers à la course ; ils portent un bâton ferré, pointu d'un bout et arrondi de l'autre : ce bâton leur sert à se mettre en mouvement, à se diriger, se sou- ^nir, s'arrêter, et aussi à percer les animaux qu'ils poursuivent à la course; ils descendent avec ces patina les fonds les plus précipités et montent les monlignes les plus escarpées. Les patins dont se servent les Samoïëdes sont bien plus courts et n'ont que deux pieds de longueur. Chez les uns et les autres, les femmes s'en servent comme les hommes; ils ont aussi tous l'usage de l'arc, de l'arbalète, et on prétend que les Lapons moscovites lancent un javelot avec tant de force et de dextérité, qu'ils sont sûrs de mettre à trente pas dans un blanc de la largeur d'un écu, et qu'à cet éloignement ils perceraient un homme foutre en outre j ils vont tous à la chasse de l'hermine, du loup-cervier, du renard, de la marte, pour en avoir les peaux, et ils changent ces pelleteries contre de l'eau-de-
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vie et du tabac, qu'ils aiment beaucoup. Leur nourriture Aest du poisson sec, de la chair de renne ou d'ours, leur pain n'est que de la farine d'os de poisson broyée et mêlée avec de l'écorce tendre de pin ou de bouleau; la plupart ne font aucun usage du sel ; leur boisson est de l'huile de b^eine et de l'eau, dans laquelle ils laissent infuser des grains de genièvre. Ils n'ont, pour ainsi dire, aucune idée ■'de religion ni d'un Être suprême; la plupart sont idolâtres et tous sont très-superstitieux; ils sont plus grossiers que sauvages, sans courage, sans respect pour soi-même, sans pu||eur : ce peuple abject n'a de mœurs qu'assez pour être Hàéprisé. Ils se baignent nus et tous ensemble, filles et garçons, mères et fils, frères et sœurs, et ne craignent point qu'on les voie dans cet état; en sortent de ces bains extrêmement chauds, ils vont se jeter dans une rivière trèsfroide. Ils offrent aux étrangers leurs femmes et leurs filles, et tienpent à grand honneur qu'on veuille bien coucher avec elles; cette coutume est également établie chez les Samoïëdes, les Borandiens, les Lapons et les Groenlaft dai^ Les Lapones sont habillées l'hiver de peaux de rennes, et Tété, de peaux d'oiseaux qu'elles ont écorchés ; l'usage du linge leur est inconnu. Les Zembliennes ont le nez et les oreilles percés pour porter des pendants de pierre bleue ; elles se font aussi des raies bleues au front et au menton; leurs maris se coupent la barbe en rond et ne portent point de cheveux. Les Groenlandaises s'habillent de peauxide^niiiin de mer; elles se peignent aussi le visage de bleu et de jaune, et portent des pendants d'oreilles. Tous vivent sous terre ou dans des cabanes presque entièrement enterrées çt couvertes d'éçorceê d'arbre*tou d'os de poisson; q«è^ues-uns font des tranchas souterraines^ pour communiquer de cabane en cabane chez lilirs voisins
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pendant Thiver. Une nuit de plusieurs mois les oblige à conserver de la lumière dans ce séjour par des espèces de lampes qu'ils entretiennent avec la même huile de baleine qui leur sert de boisson. L*été ils ne sont guère plus à leur aise que Thiver, car ils sont obligés de vivre continuellement dans une épaisse fumée : c'est le seul moyen qu'ils aient imaginé pour se garantir de la piqûre des moucherons, plus abondants peut-être dans ce climat glacé qu'ils ne le sont dans les pays les plus chauds. Avec cette manière de vivre si dure et si triste, ils ne sont presque jamais malades, et ils parviennent tous à une vieillesse extrême : les vieillards sont même si vigoureux qu'on a peine à les distinguer d'avec les jeunes; la seule incommodité à laquelle ils soient sujets, et qui est fort commune parmi eux, est la cécité; comme ils sont continuellement éblouis par l'éclat de la neige pendant l'hiver, l'automne et le printemps, et toujours aveuglés par la fumée pendant l'été, la plupart perdent les yeux en avançant en âge.
Les Samoîèdes, les Zembliens, les Borandiens, les Lapons, les Groenlandais et les sauvages du Nord audessus des Esquimaux, sont donc tous des hommes de même espèce, puisqu'ils se ressemblent par la forme, par la taille, par la couleur, par les mœurs et même par la bizarrerie des coutumes : celle d'offrir aux étrangers leurs femmes et d'être fort flattés qu'on veuille bien en faire usage peut venir de ce qu'ils connaissent leur propre difformité et la laideur de leurs femmes; ils trouvent apparemment moins laides celles que les étrangers n'ont pas dédaignées. Ce qu'il y a de certain, c'est que cet usage est général chez tous ces peuples, qui sont cependant fort éloignés les uns des autres et même séparés par une grande mer, et qu'on le retrouve chez les Tartares de
Crimée, chez les Calnioucks et plusieurs autres peuples de Sibérie et de Tartarie qui sont presque aussi laids que ces peuples du Nord, au lieu que dans toutes les nations voisines, comme à la Chine, en Perse*, où les femmes sont belles, les hommes sont jaloux à l'excès.
En examinant tous les peuples voisins de cette longue bande de terre qu'occupe la race lapone, on trouvera qu'ils n'ont aucun rapport avec cette race ; il n'y a que les Ostiaques et les Tonguses qui leur ressemblent ; ces peuples touchent aux Samoïèdes du côté du midi et du sud -est. Les Samoïèdes et les Borandiens ne ressemblent point aux Russiens ; les Lapons ne ressemblent en aucune façon aux Finnois, auxGoths, aux Danois, aux Norvégiens; les Groenlandais sont tout aussi diiTérents des sauvages du Canada ; ces autres peuples sont grands, bien faits, et quoiqu'ils soient assez différents entre eux, ils le sont infiniment plus des Lapons. Mais les Ostiaques semblent être des Samoïèdes un peu moins laids et moins raccourcis que les autres , car ils sont petits et mal faits ' ; ils vivent de poisson ou de viande crue , ils mangent la chair de toutes les espèces d'animaux sans aucun apprêt, ils boivent plus volontiers du sang que de l'eau ; ils sont pour la plupart idolâtres et errants, comme les Lapons et les Samoïèdes; enfm ils me paraissent faire la nuance entre la race lapone et la race tartare, ou, pour mieux dire, les Lapons, les
i. La BouUaye dit qu*après la mort des femmes du Shah Ton ne sait où elle» sont enterrées, afin de lui ôtcr tout sujet de jalousie, de même que les^ anciens Égyptiens ne voulaient point faire embaumer leurs femmes que quatre ou cinq jours après leur mort , de crainte que les chirurgiens n'eussent quelque tentation. Voyage de la Boullaye, p. 110.
2. Voyez le Voyage d'Evertisbrand*, p. 212, 217, etc., et les nouveaux Mémoires sur l'état de la Russie, 1725, 1. 1, p. 270.
' Bverard Ysbraiiti.
Samoîëdes , les Borandiens, les Zembliens, et peut-être les Groenlandais et les Pygmées du nord de T Amérique sont des Tartares dégénérés autant qu'il est possible ; les Ostiaques sont des Tartares qui ont moins dégénéré ; les Tongiises encore moins que les Ostiaques, parce qu'ils sont moins petits et moins mal faits, quoique tout aussi laids. Les Samoïèdes et les Lapons sont environ sous le 68 ou ÔO*" degré (le latitude, m<'iis les Ostiaques et les Tonguses habitent sous le 60* degré ; les Tartares , qui sont au 55* degré le long du Volga , sont grossiers , stupides et brutaux ; ils ressemblent aux Tonguses, qui n'ont, comme eux, presque aucune idée de religion : ils ne veulent pour femmes que des filles qui ont eu commerce avec d'autres hommes.
La nation tartare, prise en général, occupe des pays immenses en Asie ; elle est répandue dans toute l'étendue (le terre qui est depuis la Russie jusqu'à Kamtchatka, c'est-à-dire dans un espace de onze ou douze cents lieues en longueur sur plus de sept cent cinquante lieues de largeur, ce qui fait un terrain plus de vingt fois plus grand que celui de la France. Les Tartares bornent la Chine du coté du nord et de l'ouest, les royaumes de Boutan, d'Ava, l'empire du Mogol et celui de Perse jusqu'à la mer Caspienne du côté du nord ; ils se sont aussi répandus le long du Volga et de la côte occidentale de la mer Caspienne jusqu'au Daghestan ; ils ont pénétré juscpi'à la côte septentrionale de la mer Noire, et ils se sont établis dans la Crimée et dans la petite Tartarie , près de la Moldavie et de l'Ukraine. Tous ces peuples ont le haut du visage fort large et ridé, même dans leur jeunesse, le nez court et gros, les yeux petits et enfoncés * , les joues fort élevées, le bas du visage
1. Voyez les Voyages de Rubruquis, de Marc Paul, de Jean Strays, du père Avril , etc.
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étroit, le menton long et avancé, la mâchoire supérieure enfoncée, les dents longues et séparées, les sourcils gros qui leur couvrent les yeux, les paupières épaisses, la face plate, le teint basané et olivâtre, les cheveux noirs; ils sont de stature médiocre, mais très-forts et très -robustes; ils n'ont que peu de barbe, et elle est par petits épis comme celle des Chinois ; ils ont les cuisses grosses et les jambes courtes : les plus laids de tous sont les Calmoucks, dont Taspect a quelque chose d'effroyable ; ils sont tous errants et vagabonds, habitant sous des tentes de toile, de feutre , de peaux ; ils mangent la chair de cheval , de chameau, etc., crue ou un peu mortifiée sous la selle de leurs chevaux ; ils mangent aussi du poisson desséché au soleil. Leur boisson la plus ordinaire est du lait de jument fermenté avec de la farine de millet ; ils ont presque tous la tête rasée, à l'exception du toupet qu'ils laissent croître assez pour en faire une tresse de chaque côté du visage. Les femmes, qui sont aussi laides que les hommes, portent leurs cheveux ; elles les tressent et y attachent de petites plaques de cuivre et d'autres ornements de cette espèce; la plupart de ces peuples n'ont aucune religion , aucune retenue dans leurs mœurs , aucune décence ; ils sont tous voleurs, et ceux du Daghestan qui sont voisins des pays policés font un grand commerce d'esclaves et d'hommes, qu'ils enlèvent par force pour les vendre ensuite aux Turcs et aux Persans. Leurs principales richesses consistent en chevaux : il y en a peut-être plus en Tartarie qu'en aucun autre pays du monde. Ces peuples se font une habitude de vivre avec leurs chevaux, ils s'en occupent continuellement ; ils les dressent avec tant d'adresse et les exercent si souvent, qu'il semble que ces animaux n'aient qu'un même esprit avec ceux qui les manient, car non -seulement
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ils obéissent parfaitement au moindre mouvement de la bride, mais ils sentent, pour ainsi dire, Tintention et la pensée de celui qui les monte.
Pour connaître les différences particulières qui se trouvent dans cette race tartare , il ne faut que comparer les descriptions que les voyageurs ont faites de chacun des différents peuples qui la composent. Les Galmoucks qui habitent dans le voisinage de la mer Caspienne, entre les Moscovites et les grands Tartares, sont, selon Tavernier, des hommes' robustes, mais les plus laids et les plus difformes qui soient sous le ciel ; ils ont le visage si plat et si large que d'un œil à l'autre il y a l'espace de cinq ou six doigts ; leurs yeux sont extraordinairement petits, et le peu qu'ils ont de nez est si plat qu'on n'y voit que deux trous au lieu de narines ; ils ont les genoux tournés en dehors et les pieds en dedans. Les Tartares du Daghestan sont, après les Calmoucks, les plus laids de tous les Tartares ; les petits Tartares ou Tartares Nogais, qui habitent près de la mer Noire, sont beaucoup moins laids que les Calmoucks, mais ils ont cependant le visage large, les yeux petits, et la forme du corps semblable à celle des Calmoucks ; et on peut croire que cette race de petits Tartares a perdu une partie de sa laideur, parce qu'ils se sont mêlés avec les Circassiens, les Moldaves* et les autres peuples dont ils sont voisins. Les Tartares Vagolistes en Sibérie ont le visage large comme les Calmoucks, le nez court et gros, les yeux petits, et, quoique leur langage soit différent de celui des Calmoucks, ils ont tant de ressemblance qu'on doit les regarder comme étant de la même race. Les Tartares Bratski sont, selon le père Avril, de la même race que les Calmoucks. A mesure qu'on avance vers l'orient dans la Tartarie indépendante, les
traits des Tartares se radoucissent un peu, mais les carac- 4 tères essentiels à leur race restent toujours ; et enfin les
Tartares Mongoux, qui ont conquis la Chine, et qui de tous ces peuples étaient les plus policés, sont encore aujourd'hui ceux qui sont les moins laids et les moins mal faits ; ils ont cependant, comme tous les autres, les yeux petits, le visage large et plat, peu de barbe, mais toujours noire ou rousse S le nez écrasé et court, le teint basané, mais moins olivâtre. Les peuples du Thibet et des autres provinces méridionales de la Tartarie sont , aussi bien que les Tartares voisins de la Chine, beaucoup moins laids que les autres. M. Sanchez, premier médecin des armées russiennes, homme distingué par son mérite et par retendue de ses connaissances, a bien voulu me communiquer par écrit les remarques qu'il a faites en voyageant en Tartarie.
Dans les années 1735, 1736 et 1737, il a parcouru l'Ukraine, les bords du Don jusqu'à la mer de Zabache et les confins du Cuban jusqu'à Azoff; il a traversé les déserts • qui sont entre les pays de Grimée et de Backmut ; il a vu les Calmoucks qui habitent, sans avoir de demeure fixe, depuis le royaume de Cazan jusqu'aux bords du Don ; il a aussi vu les Tartares de Crimée et de Nogai, qui errent dans les déserts qui sont entre la Crimée et l'Ukraine, et aussi les Tartares Kergissi et Tcheremissi, qui sont au nord d'Astracan, depuis le 50* jusqu'au 60^ degré de latitude. 11 a observé que les Tartares de Crimée et de la province de Cuban jusqu'à Astracan sont de taille médiocre, qu'ils ont les épaules larges, le flanc étroit, les membres nerveux , les yeux noirs et le teint basané ; les Tartares