‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 24 sur 81 · Voyez les Voyages de Chardin, Amsterdam, t. UI, p · texte numérisé non relu

Voyez les Voyages de Chardin, Amsterdam, t. UI, p

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(Voyâï la Ikttre du P, Parennin, datée^jjjjt Pékin , le 28 septembre 1735. Recueil xxiv des Lcuîwédi fiantes,)

Les Japonais sont assez semblables aux Chinois pour qu'on puisse les regarder comme ne faisant qu'une seule et même race d'hommes ; ils sont seulement plus jaunes ou plus bruns, parce qu'ils habitent un climat plus mérldional ; en général , ils sont de forte complexion , ils ont la taille ramassée, le visage large et plat, le nez de même, les yeux petits*, peu de barbe, les cheveux noirs; ils sont d'un naturel fort al tier, aguerris, adroits, vigoureux, civils et obligeants , parlant l^ien , féconds en compliments, mais inconstants et fort vains; ils supportent avec une constance admirable la faim, la soif , le froid, le chaud, les veilles, la^atigue et toutes les incommodités de la vie, de laquelle ils ne font pas grand cas : ils se servent, comme les Chinois , de petits bâtons pour manger , et font aussi plusteùfe cérémonies ou plutôt plusieurs grimaces et plusieurs mines fort étranges pendant le repas; ils sont laborieux et très -habiles dans les arts et dans tous les métiers; ils ont, en un mot, à très-peu près, le même naturel, les mêmes mœurs et les mêmes coutumes que les Chinois.

iTune des plus bizarres, et qui est commune à ces deux nations, est de rendre les pieds des femmes si petits, qu'elles ne peuvent presque se soutenir. Quelques voyageurs disent qu'à la Chine , quand une fille a passé l'âge de trois ans, on lui casse le pied, en sorte que les doigts sont rabattus sous la plante , qu'on y applique une eau forte qui brûle les chairs et qu'on l'enveloppe de plusieurs bandages jusqu'à ce qu'il ait p/is son pli ; ils ajoutent que.-les femmes ressentent cette douleur pendant

1. Voyez les Voyages de Jean Struys. Rouen, 1719, 1. 1, p. 112.

tolîte leur vie, qu'elles peuvent à peine marcher, et que rien n'est plus désagréable que leur démarche; que cepen- ** dant elles souffrent cette incommodité avec joie, et que, 3wtame c'est un moyen de plaire, elles tâchent de se rendre le pied aussi petit qu'il leur est possible. D'autres voyageurs ne disent pas qu'on leur casse le pied dans leur enfance, mais seulement qu'on le serre avec tant de violence qu'on l'empêche de croître , et ils conviennent assez unanimement qu'une femme de condition, ou seulement une jolie femme, à la Chine , doit avoir le pied assez petit pour trouver trop aisée la pantoufle d'un enfant de six ans. Les Japonais et les Chinois sont donc une seule et même race d'hommes qui se sont très -anciennement civilisés et qui diffèrent des Tartares plus par les mœurs que par la figure. La bonté du terrain , la douceur du climat , le voisinage de la mer ont pu contribuer à rendre ces peuples policés, tandis que les Tartares, éloignés de la mer et du commerce des autres nations, et séparés des autres peuples du côté du midi par de hautes montagnes, sont demeurés errants dans leurs vastes déserts sous un ciel dont la rigueur, surtout du côté du nord, ne peut être supportée que par des hommes durs et grossiers. Le pays d'Yeço, qui est au nord du Japon, quoique situé sous un climat qui devrait être tempéré, est cependant très-froid, très -stérile et très- mon tueux : aussi les habitants de cette contrée sont-ils tout différents des Japonais et des Chinois; ils sont grossière, brutaux, sans mœurs, sans arts; ils ont le corps court et gros , les cheveux longs et hérissés, les yeux noirs, le front plat, le teint jaune, mais un peu moins que celui des Japonais ; ils sont fort velus sur le corps et même sur le visage; ils vivent comme des sauvages et se nourrissent de lairl de baleine et d'huile de

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fpoiss»; ils sont très- paresseux, très- malpropres dsîhs leurs vêtements : les enfant vont presque lius ; les femmes n'ont trouvé, pour se parer, d'autre moyen que de se peindre de bleu les sourcils et les lèvres; les hommS^ '* n'ont d* autre plaisir que d'aller à la chasse des loups marins , des ours , des élans , des rennes , et à la pêche de la baleine; il y en a cependant qui ont qi^elques coutumes japonaises, comme celle de chanter d'une voix tremblante ; mais , en général , ils ressemblent plus aux Tartares septentrionaux ou aux Samoïèdes qu'aux Japonais.

Maintenant, si l'on examine les peuples voisins de la Chine au midi et à l'occident, on trouvera que les Cochinchinois , qui habitent un pays montueux et plus méridional que la Chine, sont plus basanés et plus laids que les Chinois, et que les Tunquinois, dont le pays est meilleur, et qui vivent sous un climat moins chaud que les Cochinchinois , sont mieux faits et moins laids. Selon Dampier, les Tunquinois sont, en général, de moyenne taille; ils ont le teint basané comme les Indiens, mais avec cela la peau si belle et si unie qu'on peut s'apercevoir du moindre changement qui arrive sur leur visage lorsqu'ils pâlissent ou qu'ils rougissent, ce qu'on ne peut pas reconnaître sur le visage des autres Indiens. Ils ont communément le visage plat et ovale, le nez et les lèvres assez bien proportionnés, les cheveux noirs, longs et fort épais: ils se rendent les dents aussi noires qu'il leur est possible. Selon les Relations qui sont à la suite des Voyages de Tavernier, les Tunquinois sont de belle taille et d'une couleur un peu olivâtre; ils n'ont pas le nez et le visage si plats que les Chinois, et ils sont en général mieux faits.

Ces peuples, comme l'on voit, ne diffèrent pas beaucoup des Chinois : ils ressemblent par la couleur à ceux

des provinces méridionales ; s'ils sont plus basanés , c'e^t parce qu'ils habitent sous un climat plus chaud, et^quoiqu'ils aient le visage moins plat et le nez moins écrasé que les Chinois, on peut les regarder comme des peuples de même origine.

Il en est de même des Siamois, des Péguans, des habitants d'Aracan, de Laos, etc. : tous ces peuples ont les traits assez ressemblants à ceux des Chinois , et quoiqu'ils eu difl^rent plus ou moins par la couleur , ils ne dîflS^rent cependant pas tant des Chinois que des autres Indiens.'- .. Selon La Loubëre, les Siamois sont plutôt petits que grands, ils ont le corps bien fait: la figure de leur visage tient moins de l'ovale que du losange : il est large et élevé par le haut des joue^, et tout d'un coup le front se rétrécit et se termine autant en pointe que leur m^fKfon ; ils ont les yeux petits et fendus obliquement, le blanc de l'œil jaunâtre , les joues creuses parce qu'elles sont trop élevées par le haut, la bouche grande, les lèvres' grosses et les dents noircies; leur teint est grossier et d'un brun mêlé de rouge, d'autres voyageurs disent d'un gris cendré; à quoi le hâle continue] contribue autant que la naissanoe ; ils ont le nez court et arrondi par le bout, les oreilles plus grandes que les nôtres, et plus elles sont grandes, plus ils les estiment. Ce goût pour les longues oreilles est commun à tous les peuples de l'Orient; mais les uns tirent leurs oreilles par le bas pour les allonger, sans les percer qu'autant qu'il le faut pour y attacher des boucles; d'aujut? comme au pays de Laos , en agrandissent le trou si prodigieusement qu'on pourrait presque y passer le, poing, en aorte quêteurs oreilles desqeiï3iBnt jusque sur les épaules. Pour les Siamois, ils ne les ont qu'un peu plus grandes que les nôtres, et c'est naturellement et sans artifice;

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leurs cheveux sont gros , noirs et plats : les hommes et les femmes les portent si courts qu'ils ne leur descendent qu'à la hauteur des oreilles tout autour de la tète. Us mettent sur leurs lèvres une pommade parfumée qui les fait paraître encore plus pâles qu'elles ne le seraient naturellement; ils ont peu de barbe et ils arrachent le peu qu'ils en ont ; ils ne CQupent point leurs ongles , etc. Struys dit que les femmes siamoises portent des pendants d'oreilles si massilb et si pesants, que les trous où ils sont attachés deviennent assez grands pour y passer le pouce ; il ajoute que le teint des hommes et des femmes est basané, que leur taille n'est pas avantageuse, mais qu'elle est bien prise et dégagée, et qu'en général les Siamois sont doux et polis. Selon le père Tachard , la| Siamois sont trèsdispos : ils ont parmi eux d'habiles sauteurs et des faiseurs de tours d'équilibre aussi agiles que ceux d'Europe; il dit que la coutume de se noircir les dents vient de l'idée qu'ont les Siamois, qu'il ne convient point â des hommes d'avoir les dents blanches comme les animaux, que c'est, pour cela qu'ils se les noircissent avec une espèce de verm& qu'il faut renouveler de temps en temps, et que quand ils appliquent ce vernis, ils sont obligés de se passer de manger pendant quelques jours, afin de donner le temps à cette drogue de s'attacher.

Les habitants des royaiunes de Pégu , d'Aracan , ressemblent assez aux Siamois et ne diflèrent pas beaucoup ^tes Chinois par la forme du corps ni par la physionomie: ils sont seulement plus noirs*; ceux d'Aracan estiment un front large et plat , et pour le rendre tel , ils appliquent une plaque de plomb sur le front des enfants qm vienneit

i. Vide primam partem Indis Orientalis per Pig^gàMti. Francofarti, 1598, p. 46. *^^

de naître. Ils ont les narines larges et ouvertes, les yeux petits et vifs, et les oreilles si allongées qu'elles leur pendent jusque sur les épaules; ils mangent sans dégoût des souris, des rats, des serpents et du poisson corrompu*. Les femmes y sont passablement blanches, et portent les oreilles aussi allongées que celles des hommes *. Les peuples d'Achen , qui sont encore plus au nord que ceux d*Aracan , ont aussi le visage plat et la couleur olivâtre ; ils sont grossiers et laissent aller leurs enfants tout nus ; les filles ont seulement une plaque d'argent sur leurs parties naturelles. (Voyez le Recueil des Voyages de la Compagnie Hollandaise^ t. IV, p. 63, et le Voyage de Mandelslo, t. 11, p. 328.)

Tous ces peuples, comme Ton voit, ne diffèrent pas beaucoup des Chinois, et tiennent encore des Tartares les petits yeux, le visage plat, la couleur olivâtre ; mais, en descendant vers le midi, les traits commencent à changer d'une manière plus sensible, ou du moins à se diversifier. Les habitants de la presqu'île de Malacca et de l'île de Sumatra sont noirs, petits, vifs et bien proportionnés dans leur petite taille ; ils ont même l'air fier, quoiqu'ils soient nus de la ceinture en haut, à l'exception d'une petite écharpe qu'ils portent tantôt sur l'une et tantôt sur l'autre épaule*. Ils sont naturellement braves et même redoutables lorsqu'ils ont pris de l'opium, dont ils font souvent usage et qui leur cause une espèce d'ivresse furieuse *. Selon Dampier, les habitants de Sumatra et ceux de Malacca sont de la même race ; ils parlent à peu près la même

1. Voyez les Voyages de Jean Ovington. Paris, 1725, t. H, p. 274.

2. Voyez le Hecuêil des voyages de la Comp, de HolL Amsterd. , 1702^, t. VI, p. 251. ' ■

3. Voyez les Voyages de Gherardini. Paris, 1700, p. 40 et suiv. ♦. Voyez les lettres édifiantes , Recueil H, p. (K).

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langue ; ils ont tous Thumeur fière et hautaine; ils ont la taille médiocre, le visage long, les yeux noirs, le nez d'une grandeur médiocre, les lèvres minces et les dents noircies parle fréquent usage du bétel *. Dans l'île de Pugniaian ou Pissagan, à seize lieues en deçà de Sumatra, les naturels sont de grande taille et d'un teint jaune, comme celui des Brésiliens ; ils portent de longs cheveux fort lisses et vont absolument nus*. Ceux des îles Nicobar, au nord de Sumatra, sont d'une couleur basanée et jaunâtre, et ils vont aussi presque nus '. Dampier dit que les naturels de ces îles Nicobar sont grands et bien proportionnés, qu'ils ont le visage assez long, les cheveux noirs et lisses, et le nez d'une grandeur médiocre ; que les femmes n'ont point de sourcils, qu'apparemment elles se les arrachent, etc. Les habitants de. l'île de Sombrero, au nord de Nicobar, sont fort noirs, et ils se bigarrent le visage de diverses couleurs, comme de vert, de jaune, etc. (Voyez Y Histoire générale des Voyages; Paris, 1746, t. 1, p. 387.) Ces peuples de Malacca, de Sumatra et des petites îles voisines, quoique différents entre eux , le sont encore plus des Chinois, des Tartares, etc. , et semblent être issus d'une autre race ; cependant les habitants de Java, qui sont voisins de Sumatra et de Malacca, ne leur ressemblent point et sont assez semblables aux Chinois, à la couleur près, qui est, comme celle des Malais, rouge, mêlée de noir; ils sont assez semblables , dit Pigafetta ^ , aux habitants du Brésil ; ils sont d'une forte complexion et d'une taille carrée ; ils ne sont ni trop grands, ni trop petits, mais bien musclés;

. ., 1. Voyez les Voyages de GuUl. Dampier. Rouen, 1715, t. HI, p. 156.

2. Voyez le Recueil de la Comp, de HolL Amsterd. , 1702, t. I, p. 281.

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