Voyez les Voyages de Pyrard, p
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qui s'habituent actuellement dans cette île de Saint- Thomas, qui n'est qu'à un degré et demi de Téquateur, conservent leur couleur et demeurent blancs jusqu'à la troisième génération , et il semble insinuer qu'après cela ils deviennent noirs ; mais il ne me paraît pas que ce changement puisse se faire en aussi peu de temps.
Les Nègres de la côte de Juda et d'Arada sont moins noirs que ceux de Sénégal et de Guinée, et même que ceux de Congo ; ils aiment beaucoup la chair de chien et la préfèrent à toutes les autres viandes : ordinairement la première pièce de leurs festins est un chien rôti ; le goût pour la chair de chien n'est pas particulier aux Nègres; les sauvages de l'Amérique septentrionale et quelques nations tartares ont le même goût; ou dit même qu'en Tartarie on châtre les chiens pour les engraisser et les rendre meilleurs à manger. (Voyez les Nouveaux voyages des Ilesj Paris, 1722, t. IV, p. 165.)
Selon Pigafetta, et selon l'auteur du Voyage de Drack, qui paraît avoir copié mot à mot Pigafetta sur cet article , les Nègres de Congo sont noirs, mais les uns plus que les autres, et moins que les Sénégalais; ils ont pour la plupai't les cheveux noirs et crépus, mais quelques-uns les ont roux ; les hommes sont de grandeur médiocre : les uns ont les yeux bruns et les autres couleur de vert de mer; ils n'ont pas les lèvres si grosses que les autres Nègres , et les traits de leur visage sont assez semblables à ceux des Européens ^ .
Ils ont des usages très-singuliers dans certaines provinces de Congo : par exemple, lorsque quelqu'un meurt à Lowango, ils placent le cadavre sur une espèce d'amphi-
i. Vide Indiie Orientalis partem primam, p. 5. Voyez aussi le Voyage rfe f amiral Drack , p. iiO.
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théâtre élevé de six pieds , dans la posture d'un homme qui est assis les mains appuyées sur les genoux ; ils rhabillent de ce qu'ils ont de plus beau, et ensuite ils allument du feu devant et derrière le cadavre ; à mesure qu'il se dessèche et que les étoffes s'imbibent, ils le couvrent d'autres étoffes jusqu'à ce qu'il soit entièrement desséché, après quoi ils le portent en terre avec beaucoup de pompe. Dans celle de Malimba , c'est la femme qui anoblit le mari : quand le roi meurt et qu'il ne laisse qu'une fille, elle est maltresse absolue du royaume, pourvu néanmoins qu'elle ait atteint l'âge nubile; elle commence par se mettre en marche pour faire le tour de son royaume ; dans tous les bourgs et vUlages où elle passe, tous les hommes sont obligés à son arrivée de se mettre en haie pour la recevoir, et celui d'entre eux qui lui plaît le plus va passer la nuit avec elle ; au retour de son voyage elle fait venir celui de tous dont elle a été le plus satisfaite, et elle l'épouse; après quoi elle cesse d'avoir aucun pouvoir sur son peuple, toute l'autorité étant dès lor& dévolue à son mari. J'ai tiré ces faits d'une relation qui m'a été communiquée par M. de La Brosse , qui a écrit les principales choses qu'il a remarquées dans un voyage qu'il fit à la c6te d'Angola en 1738; il ajoute un fait qui n'est pas moins singulier : « Ces Nègres, « dit-il, sont extrêmement vindicatifs; je vais en donner u une preuve convaincante : ils envoient à chaque instant « à tous nos comptoirs demander de l'eau -de-vie pour le « roi et pour les principaux du lieu ; un jour qu'on refusa « de leur en donner, on eut tout lieu de s'en repentir, car (( tous les officiers français et anglais ayant fait une partie f( de pêche dans un petit lac qui est au bord de la mer, et « ayant fait tendre une tente sur le bord du lac pour y « manger leur pêche , comme ils étaient à se divertir à la
(r fin du repas, il vint sept à huit nègres en palanquins, qui « étaient les principaux de Lowango, qui leur présentèrent « la main pour les saluer selon la coutume du pays; ces « nègres avsdent frotté leurs mains avec une herbe qui est « un poison très -subtil, et qui agit dans Tinstant lorsque « malheureusement on touche quelque chose ou que Ton « prend du tabac sans s'être auparavant lavé les mains; « ces nègres réussirent si bien dans leur mauvais dessein , a qu'il mourut sur-le-champ cinq capitaines et trois chi- « rurgiens du nombre desquels était mon capitaine , etc. »
Lorsque ces Nègres de Congo sentent de la douleur à la tête ou dans quelque autre partie du corps, ils font une légère blessure à l'endroit douloureux ; et ils appliquent sur cette blessure une espèce de petite corne percée , au moyen de laquelle ils sucent comme avec un chalumeau le sang jusqu'à ce que la douleur soit apaisée ^
Les Nègres du Sénégal, de Gambie, du cap Vert, d'Angola et de Congo, sont d'un plus beau noir que ceux de la côte de Juda< d'Issîgni, d'Ârada et des lieux circonvoisins : ils sont tous bien noirs quand ils se portent bien , mais leur teint change dès qu'ils sont malades ; ils deviennent alors couleur de bistre , ou même couleur de cuivre '. On préfère dans nos lies les Nègres d'Angola à ceux du cap Vert pour la force du corps, mais ils sentent si mauvais lorsqu'ils sont échauffés, que l'air des endroits par où ils ont passé en est infecté pendant plus d'un quart d'heure ; ceux du cap Vert n'ont pas une odeur si mauvaise à beaucoup près que ceux d'Angola, et ils ont aussi la peau plus
1. Vidé Indi« Orielitalîs partem primam , per PhiHppum Pigafettoffi, p. 51.
2. Voyez les Nouveaux voyageg aux tles dé rAmériqfXe, Paris, 1722, t. IV, p. 138.
belle et plus noire , le corps mieux fait, les traits du visage moins durs, le naturel plus doux et la taille plus avantageuse ^ Ceux de Guinée sont aussi très-bons pour le travail de la terre et pour les autres gros ouvrages ; ceux du Sénégal ne sont pas si forts, mais ils sont plus propres pour le service domestique, et plus capables d'apprendre des métiere*. Le père Charlevoix dit que les Sénégalais sont de tous les Nègres les mieux faits, les plus aisés à discipliner et les plus propres au service domestique; que les Bambaras sont les plus grands, mais qu'ils sont fripons; que les Aradas sont ceux qui entendent le mieux la culture des terres ; que les Congos sont les plus petits , qu'ils sont fort habiles pêcheurs, mais qu'ils désertent aisément; que les Nagos sont les plus humains, les Mondongos les plus cruels, les Mimes les plus résolus, les plus capricieux et les plus sujets à se désespérer, et que les Nègres créoles, de quelque nation qu'ils tirent leur origine , ne tiennent de leurs pères et mères que l'esprit de servitude et la couleur, qu'ils sont plus spirituels, plus raisonnables, plus adroits, mais plus fainéants et plus libertins que ceux qui sont venus d'Afrique. Il ajoute que tous les Nègres de Guinée ont l'esprit extrêmement borné, qu'il y en a même plusieurs qui paraissent être tout à fait stupides; qu'on en voit qui ne peuvent jamais compter au delà de trois , que d'eux-mêmes ils ne pensent à rien, qu'ils n'ont point de mémoire, que le passé leur est aussi inconnu que l'avenir; que ceux qui ont de l'esprit font d'assez bonnes plaisanteries et saisissent assez bien le ridicule; qu'au reste ils sont très -dissimulés et qu'ils mourraient plutôt que de dire leur secret; qu'ils ont communément le naturel fort
i. Voyez V Histoire des Antilles, du père du Tertre. Paris, 1667, p. 493. 2. Voyez les Nouveaux voyages atuxi ihs de V Amérique, t. IV, p. 116.
doux, qu'ils sont humains, dociles, simples, crédules, et même superstitieux; qu'ils sont assez fidèles, assez braves, et que si on voulait les discipliner et les conduire , on en ferait d'assez bons soldats ^
Quoique les Nègres aient peu d'esprit , ils ne laissent pas d'avoîp beaucoup de sentiment : ils sont gais ou mélancoliques, laborieux ou fainéants, amis ou ennemis, selon la manière dont on les traite; lorsqu'on les nourrit bien et qu'on ne les maltraite pas, ils sont contents, joyeux , prêts à tout faire , et la satisfaction de leur âme est peinte sur leur visage; mais quand on les traite mal, ils prennent le chagrin fort à cœur et périssent quelquefois de mélancolie ; ils sont donc fort sensibles aux bienfaits et aux outrages, et ils portent une haine mortelle contre ceux qui les ont maltraités : lorsqu'au contraire ils s'affectionnent à un maître, il n'y a rien qu'ils ne fussent capables de faire pour lui marquer leur zèle et leur dévouement. Ils sont naturellement compatissants et même tendres pour leurs enfants, pour leurs amis, pour leurs compatriotes*; ils partagent volontiers le peu qu'ils ont avec ceux qu'ils voient dans le besoin , sans même les connaître autrement que par leur indigence. Ils ont donc, comme l'on voit, le cœur excellent, ils ont le germe de toutes les vertus. Je ne puis écrire leur histoire sans m'attendrir sur leur état; ne sont-ils pas assez malheureux d'être réduits à la servitude, d'être obligés de toujours travailler sans pouvoir jamais rien acquérir? faut- il encore les excéder, les frapper, et les traiter comme des animaux? L'humanité se révolte contre ces traitements odieux que
i. Voyez VHistoire de Saint -Dominguey par le père Charlevoix. Pari9,