‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 72 sur 81 · Voyez les Lettres édifiantes, recueil XXVI, p · texte numérisé non relu

Voyez les Lettres édifiantes, recueil XXVI, p

en propager l'espèce, ils en lâchèrent dans plusieurs lies, et même dans le continent, où ils se sont multipliés comme les animaux sauvages. M. de La Salle ^ en a vu en 1685 dans l'Amérique septentrionale, près de la baie Saint* Louis; ces chevaux paissaient dans les prairies, et ils étaient si farouches, qu'on ne pouvait les approcher. L'auteur* de l'Histoire des aventuriers flibustiers dit « qu'on (( voit quelquefois dans l'tle Saint-Domingue des troupes de (( plus de cinq cents chevaux qui courent tous ensemble, (( et que, lorsqu'ils aperçoivent un homme, ils s'arrêtent u tous, que l'un d'eux s'approche à une certaine distance, (( souffle des naseaux, prend la fuite, et que tous les (( autres le suivent; » il ajoute qu'il ne sait si ces chevaux ont dégénéré en devenant sauvages, mais qu'il ne les a pas trouvés aussi beaux que ceux d'Espagne, quoiqu'ils soient de cette race; « ils ont, dit-il, la tête fort grosse (( aussi bien que les jambes, qui de plus sont raboteuses; <( ils ont aussi les oreilles et le cou longs; les habitants u du pays les apprivoisent aisément et les font ensuite « travailler, les chasseurs leur font porter leurs cuirs; on « se sert pour les prendre de lacs de corde qu'on tend u dans les endroits où ils frécfuentent; ils s'y engagent « aisément, et, s'ils se prennent par le cou, ils s'étranglent (( eux-mêmes, à moins qu'on n'arrive assez tôt pour les a secourir; on les arrête par le corps et les jambes, et on a les attache à des arbres, où on les laisse pendant deux « jours sans boire ni manger : cette épreuve suffit pour a commencer à les rendre dociles, et avec le temps ils

1. Voyez les Dernières découvertes dans l'Amérique septentrionale de M, de La ScUle, mises au jour par M. le chevalier Tonti. Paris, 1697, p. 350.

2. Voyez V Histoire des aventuriers flibustiers, par OexmeUn. Paris, ldS6,t.I,p. UOetUl.

« le deviennent autant que s'ils n'eussent jamais été <( farouches, et même, si par quelque hasard ils se u retrouvent en liberté, ils ne deviennent pas sauvages tt une seconde fois, ils reconnaissent leurs maîtres, et tt se laissent approcher et reprendre aisément ^ »

Cela prouve que ces animaux sont naturellement doux et très-disposés à se familiariser avec l'homme et à s'attacher à lui : aussi n'arrive-t-il jamais qu'aucun d'eux quitte nos maisons pour se retirer dans les forêts ou dans les déserts; ils marquent au contraire beaucoup d'empressement pour revenir au gîte, où cependant ils ne trouvent qu'une nourriture grossière, toujours la même, et ordinairement mesurée sur l'économie beaucoup plus que sur leur appétit ; mais la douceur de l'habitude leur tient lieu de ce qu'ils perdent d'ailleurs; après avoir été excédés de fatigue , le lieu du repos est un lieu de délices , ils le sentent de loin , ils savent le reconnaître au milieu des plus grandes villes, et semblent préférer en tout l'esclavage à la liberté ; ils se font même une seconde nature des habitudes auxquelles on les a forcés ou soumis, puis-

1. M. de Garsault donne un autre moyen d'apprivoiser les chevaux farouches. « Quand on n*a point apprivoisé, dit- il, les poulains dès leur « tendre Jeunesse, il arrive souvent que rapproche et Tattouchement de « lliomme leur causent tant de frayeur, quMls s*en défendent à coups de « dents et de pieds, de façon qu'il est presque impossible de les panser et « de les ferrer; si la patience et la douceur ne suffisent pas , il faut, pour « les apprivoiser, se servir du moyen qu'on emploie en fauconnerie pour « priver un oiseau qu'on vient de prendre et qu'on veut dresser au vol : c'est « de l'empêcher de dormir Jusqu'à ce qu'il tombe de faiblesse; il faut en « user de même à l'égard d'un cheval farouche, et pour cela il faut le tour- « ner à sa place le derrière à la mangeoire , et avoir un homme toute la nuit « et tout le Jour à sa tête , qui lui donne de temps en temps une poignée « de foin et l'empêche de se coucher, on verra avec étonnement comme il « sera subitement adouci ; il y a cependant des chevaux qu'il faut veiller « ainsi pendant huit Jours. » Voyez le Nouveau parfait maréchal , p. 89.

qu'on a vu des chevaux, abandonnés dans les bois, hennir continuellement pour se faire entendre, accourir à la voix des hommes, et en même temps maigrir et dépérir en peu de temps, quoiqu'ils eussent abondamment de quoi varier leur nourriture et satisfaire leur appétit.

Leurs mœurs viennent donc presque en entier de leur éducation, et cette éducation suppose des soins et des peines que l'homme ne prend pour aucun autre animal, mais dont il est dédommagé par les services continuels que lui rend celui-ci. Dès le temps du premier âge on a soin de séparer les poulains de leur mère ; on les laisse teter pendant cinq, six ou tout au plus sept mois, car l'expérience a fait voir que ceux qu'on laisse teter dix ou onze mois ne valent pas ceux qu'on sèvre plus tôt, quoiqu'ils prennent ordinairement plus de chair et de coq)s : après ces six ou sept mois de lait , on les sèvre pour leur faire prendre une nourriture plus solide que le lait, on leur donne du son deux fois par jour et un peu de foin, dont on augmente la quantité à mesure qu'ils avancent en âge, et on les garde dans l'écurie tant qu'ils marquent de l'inquiétude pour retourner à leur mère; mais lorsque cette inquiétude est passée , on les laisse sortir par le beau temps et on les conduit aux pâturages : seulement il faut prendre garde de les laisser paître à jeun, il faut leur donner le son et les faire boire une heure avant de les mettre à l'herbe , et ne jamais les exposer au grand froid ou à la pluie ; ils passent de cette façon le premier hiver : au mois de mai suivant, non-seulement on leur permettra de pâturer tous les jours, mais on les laissera coucher à l'air dans les pâturages pendant tout l'été et jusqu'à la fin d'octobre, en observant seulement de ne leur pas laisser paître les regains; s'ils s'accoutumaient à cette herbe trop

fine, ils se dégoûteraient du foin, qui doit cependant faire leur principale nourriture pendant le second hiver avec du son mêlé d'orge ou d'avoine moulus ; on les conduit oe cette façon en les paissant pâturer le jour pendant l'hiver, et la nuit pendant l'été, jusqu'à l'âge de quatre ans, qu'on las retire du pâturage pour les nourrir à l'herbe sèche : ce changement de nourriture demande quelques précautions ; on ne leur donnera pendant les premiers huit jours que de la paille, et on fera bien de leur faire prendre quelques breuvages contre les vers, que les mauvaises digestions d'une herbe trop crue peuvent avoir produits. M. de GarsaultS qui recommande cette pratique, est sans doute fondé sur l'expérience : cependant on verra qu'à tout âge et dans tous les temps l'estomac de tous les chevaux est farci d'une si prodigieuse quantité de vers, qu'ils semblent faire partie de leur constitution ; nous les avons trouvés dans les chevaux sains comme dans les chevaux malades, dans ceux qui paissent l'herbe comme dans ceux qui ne mangent que de l'avoine et du foin; et les ânes, qui de tous les animaux sont ceux qui approchent le plus de la nature du cheval , ont aussi cette prodigieuse quantité de vers dans l'estomac, et n'en sont pas plus incommodés; ainsi l'on ne doit pas regarder les vers, du moins ceux dont nous parlons, comme une maladie accidentelle, causée par les mauvaises digestions d'une herbe crue, mais plutôt comme un effet dépendant de la nourriture et de la digestion ordinaire de ces animaux.

Il faut avoir attention, lorsqu'on sèvre les jeunes poulains, de les mettre dans une écurie propre, qui ne soit pas trop chaude, crainte de les rendre trop délicats et

1. Voyez le Nouveau parfait maréchal^ par M. de Gars&ult.> Paris, 1746, p. Si et 85.

trop sensibles aux impressions de Tair; on leur donnera souvent de la litière fraîche , on les tiendra propres en les bouchonnant de temps en temps ; mais il ne faudra ni les attacher ni les panser à la main qu'à, T âge de deux ans et demi ou trois ans : ce frottement trop rude leur causerait de la douleur, leur peau est encore trop délicate pour le souffrir, et ils dépériraient au lieu de profiter; il faut aussi avoir soin que le râtelier et la mangeoire ne soient pas trop élevés ; la nécessité de lever la tête trop haut pour prendre leur nourriture pourrait leur donner rhabitude de la porter de cette façon, ce qui leur gâterait Tencolure. Lorsqu'ils auront un an ou dix-huit mois, on leur tondra la queue , les crins repousseront et deviendront plus forts et plus touffus. Dès l'âge de deux ans, il faut séparer les poulains, mettre les mâles avec les chevaux, et les femelles avec les juments; sans cette précaution les jeunes poulains se fatigueraient autour des poulines, et s'énerveraient sans aucun fruit.

A l'âge de trois ans ou de trois ans et demi on doit commencer à les dresser et à les rendre dociles; on leur mettra d'abord une selle légère et aisée, et on les laissera sellés pendant deux ou trois heures chaque jour; on les accoutumera de même à recevoir un bridon dans la bouche et à se laisser lever les pieds, sur lesquels on frappera quelques coups comme pour les ferrer, et si ce sont des chevaux destinés au carrosse ou au trait, on leur mettra un harnais sur le corps et un bridon : dans les commencements il ne faut point de bride ni pour les uns ni pour les autres ; on les fera trotter ensuite à la longe avec un caveçon sur le nez, sur un terrain uni, sans être montés, et seulement avec la selle ou le harnais sur le corps; et lorsque le cheval de selle tournera facilement et viendra

volontiers auprès' de celui qui tient la longe, on le montera et descendra dans la même place, et sans le faire marcher, jusqu'à ce qu'il ait quatre ans, parce qu'avant cet âge il n'est pas encore assez fort pour n'être pas, en marchant, surchargé du poids du cavalier; mais à quatre ans on le montera pour le faire marcher au pas ou au trot, et toujours à petites reprises* : quand le cheval de carrosse sera accoutumé au harnais, on l'attellera avec un autre cheval fait, en lui mettant une bride, et on le conduira avec une longe passée dans la bride, jusqu'à ce qu'il commence à être sage au trait; alors le cocher /%,-• essayera de le faire reculer, ayant pour aide un homme ( devant, qui le poussera en arrière avec douceur, et même \ lui donnera de petits coups pour l'obliger à reculer : tout cela doit se faire avant que les jeunes chevaux aient changé de nourriture, car quand une fois ils sont ce qu'on appelle engrainés, c'est-à-dire lorsqu'ils sont au grain et à la paille, comme ils sont plus vigoureux, on a remarqué qu'ils étaient aussi moins dociles, et plus difficiles à dresser*.

Le mors et l'éperon sont deux moyens qu'on a imaginés pour les obliger à recevoir le commandement : le raors pour la précision , et l'éperon pour la promptitude des mouvements. La bouche ne paraissait pas destinée par la nature à recevoir d'autres impressions que celle du goût et de l'appétit; cependant elle est d'une si grande sensibilité dans le cheval, que c'est à la bouche, par préférence à l'œil et à l'oreille, qu'on s'adresse pour transmettre au cheval les signes de la volonté ; le moindre

1. Voyez les Ëlémenis de cavalerie^ de M. de La Guérinière. Paris, 1741, 1. 1 , p. 140 et suivantes.

2. Voyez le Nouveau parfait maréchal , par M. de Garsault, p. 86.

mouvement ou la plus petite pression du mors suffit poar avertir et déterminer l'animal, et cet organe de sentiment n'a d'autre défaut que celui de sa perfection même; sa trop grande sensibilité veut être ménagée, car si on en abuse, on gâte la bouche du cheval en la rendant insensible à l'impression du mors. Les sens de la vue et de l'ouie ne seraient pas sujets à une telle altération, et ne pourraient être émoussés de cette façon ; mais apparemment on a trouvé des inconvénients à commander aux chevaux par ces organes, et il est vrai que les signes transmis par le toucher font beaucoup plus d'effet sur les animaux en général que ceux qui leur sont transmis par l'œil ou par l'oreille; d'ailleurs, la situation des chevaux par rapport à celui qui les monte ou qui les conduit rend les yeux presque inutiles à cet effet, puisqu'ils ne voient que devant eux, et que ce n'est qu'en tournant la tète qu'ils pourraient apercevoir les signes qu'on leur ferait; et quoique l'oreille soit un sens par lequel on les anime et on les conduit souvent, il parait qu'on a restreint et laissé aux chevaux grossiers l'usage de cet organe, puisqu'au manège, qui est le lieu de la plus parfaite éducation, l'on ne parle presque point aux chevaux, et qu'il ne faut pas même qu'il paraisse qu'on les conduise : en effet, lorsqu'ils sont bien dressés, la moindre pression des cuisses, le plus léger mouvement du mors, suffit pour les diriger; l'éperon est même inutile, ou du moins on ne s'en sert que pour les forcer à faire des mouvements violents ; et lorsque , par l'ineptie du cavalier, il arrive qu'en donnant de Téperonil retient la bride, le cheval, se trouvant excité d'un côté et retenu de l'autre, ne peut que se cabrer en faisant un bond sans sortir de sa place.

On donne à la tête du cbevâl, par le moyen de la bride , un air avantageux et relevé ; on la place comme elle doit être, et le plus petit signe ou le plus petit mouvement du cavalier suffit pour faire prendre au cheval ses différentes allures; la plus naturelle est peut-être le trot, mais le pas et même le galop sont plus doux pour le cavalier, et ce sont aussi les deux allures qu'on s'applique le plus à perfectionner. Lorsque le cheval lève la jambe de devant pour marcher, il faut que ce mouvement soit fait avec hardiesse et facilité, et que le genou soit assez plié ; la jambe levée doit paraître soutenue un instant, et lorsqu'elle retombe, le pied doit être ferme et appuyer également sur la terre, sans que la tête du cheval reçoive aucune impression de ce mouvement; car lorsque la jambe retombe subitement et que la tête baisse en même temps, c'est ordinairement pour soulager promptement l'autre jambe, qui n'est pas assez forte pour supporter seule tout le poids du corps; ce défaut est très-grand, aussi bien que celui de porter le pied en dehors ou en dedans, car il retombe dans cette même direction : l'on doit observer aussi que lorsqu'il appuie sur le talon, c'est une marque de faiblesse, et que quand il pose sur la pince, c'est une attitude fatigante et forcée que le cheval ne peut soutenir longtemps.

Le pas , qui est la plus lente de toutes les allures , doit cependant être prompt; il faut qu'il ne soit ni trop allongé ni trop accourci, et que la démarche du cheval soit légère : cette légèreté dépend beaucoup de la liberté des épaules, et se reconnaît à la manière dont il porte la tête en marchant; s'il la tient haute et ferme, il est ordinairement vigoureux et léger. Lorsque le mouvement des épaules n'est pas assez libre, la jambe ne se lève point assez, et

le cheval est sujet à faire des faux pas et à heurter du pied contre les inégalités du terrain; et lorsque les épaules sont encore plus seiTées et que le mouvement des jambes en parait indépendant, le cheval se fatigue, fait des chutes, et n'est capable d'aucun service : le cheval doit être sur la hanche, c'est-à-dire hausser les épaules et baisser la hanche en marchant ; il doit aussi soutenir sa jambe et la lever assez haut, mais s'il la soutient trop longtemps, s'il la laisse retomber trop lentement, il perd tout l'avantage de la légèreté , il devient dur, et n'est bon que pour l'appareil et pour piafler.

Il ne suffit pas que les mouvements du cheval soient légers; il faut encore qu'ils soient égaux et uniformes dans le train du devant et dans celui du derrière, car si la croupe balance tandis que les épaules se soutiennent, le mouvement se fait sentir au cavalier par secousses et lui devient incommode ; la même chose arrive lorsque le cheval allonge trop de la jambe de derrière, et qu'il la pose au delà de l'endroit où le pied de devant a porté : les chevaux dont le corps est com*t sont sujets à ce défaut; ceux dont les jambes se croisent ou s'atteignent n'ont pas la démarche sûre , et en général ceux dont le corps est long sont les plus commodes pour le cavalier, parce qu'il se trouve plus éloigné des deux centres de mouvement, les épaules et les hanches, et qu'il en ressent moins les impressions et les secousses.

Les quadrupèdes marchent ordinairement en portant à la fois en avant une jambe de devant et une jambe de derrière ; lorsque la jambe droite de devant part, la jambe gauche de derrière suit et avance en même temps, «et ce pas étant fait, la jambe gauche de devant part à son tour conjointement avec la jambe droite de derrière , et ainsi

de suite : comme leur corps porte sur quatre points d'appui qui forment un carré long, la manière la plus commode de se mouvoir est d'en changer deux à la fois en diagonale, de façon que le centre de gravité du corps de l'animal ne fasse qu'un petit mouvement et reste toujours à peu près dans la direction des deux points d'appui qui ne sont pas en mouvement ; dans les trois allures naturelles du cheval , le pas , le trot et le galop , cette règle de mouvement s'observe toujours, mais avec des différences. Dans le pas il y a quatre temps dans le mouvement ; si la jambe droite de devant part la première , la jambe gauche de derrière suit un instant après ; ensuite la jambe gauche de devant part à son tour pour être suivie un instant après de la jambe droite de derrière; ainsi le pied droit de devant pose à terre le premier, le pied gauche de derrière pose à terre le second, le pied gauche de devant pose à terre le troisième , et le pied droit de derrière pose à terre le dernier, ce qui fait un mouvement à quatre temps et à trois intervalles, dont le premier et le dernier sont plus courts que celui du milieu. Dans le trot il n'y a que deux temps dans le mouvement : si la jambe droite de devant part, la jambe gauche de derrière part aussi en même temps, et sans qu'il y ait aucun intervalle entre le mouvement de l'une et le mouvement de l'autre ; ensuite la jambe gauche de devant part avec la droite de derrière aussi en même temps, de sorte qu'il n'y a dans ce mouvement du trot que deux temps et un intervalle ; le pied droit de devant et le pied gauche de derrière posent à terre en même temps , et ensuite le pied gauche de devant et le droit de derrière posent aussi à terre en même temps. Dans le galojf il y a ordinairement trois temps, mais comme dans ce mouvement, qui est une espèce de saut,

les parties antérieures du cheval ne se meuvent pas d'abord d'elles-mêmes, et qu'elles sont chassées par la force des hanches et des parties postérieures, si des deux jambes de devant la droite doit avahcjer plus que la gauche , il faut auparavant que te pied gauche de derrière pose à terre pour servir de point d'appui à ce mouvement d'élancement : ainsi c'est le pied gauche de derrière qui fait le premier temps du mouvement et qui pose ^ terre le premier; ensuite la jambe droite de derrière s» lève conjointement avec la gauche de devant, et elles retombent à terre en même temps, et enfm la jambe droite de devant, qui s'est levée un instant après la gauche de devant et la droite de derrière , se pose à terre la dernière , ce qui fait le troisième temps : ainsi dans ce mouvement du galop il y a trois temps et deux intervalles, et dans le premier de ces intervalles, lorsque le mouvement se fait avec vitesse, il y a un instant où les quatre jambes sont en l'air en même temps, et où l'on voit les quatre fers du cheval à la fois. Lorsque le cheval a les hanches et les jarrets souples et qu'il les remue ayec vitesse et agilité, ce mouvement du galop est plus parfait, et la cadence s'en fait à quatre temps ; il pose d'abord le pied gauche de derrière qui marque le premier temps , ensuite le pied droit de derrière retombe le premier et marque, le second temps ; le pied gauche de devant tombant un instant après marque le troisième temps, et enfm le pied droit de devant, qui retombe le dernier, marque le quatrième temps.

Les chevaux galopent ordinairement sur le pied droit; de la même manière qu'ils partent de la jambe droite de devant pour marcher et pour trotter, ils entament aussi le chemin en galopant par la jambe droite de devant, qui est plus avancée que la gauche : et de même la jambe

dfoite de derrière, qui suit immédiatement la droite de devant, est aus^i plus avancée que la gauche de derrière, et cela constamment tant que le .galop dure : de là il résulte que la jambe gauche , qui porte tout le poids et qui pousse les autres en avant, est la plus fatiguée, en sorte qu'il serait bon d'exercer les chevaux à galoper alternativement sur le pied gauche aussi bien que sur le droit ; ils suffiraient plus longtemps à ce mouvement violent, et c'est aussi ce que l'on fait au manège, mais peutêtre par une autre raison , qui est que , comme on les fait souvent changer de main, c'est-à-dire, décrire un cercle dont le centre est tantôt à droite, tantôt à gauche, on les oblige aussi à galoper tantôt sur le pied droit, tantôt sur le gauche.

Dans le pas, les jambes du cheval ne se lèvent qu'à une petite hauteur, et les pieds rasent la terre d'assez près ; au trot elles s'élèvent davantage, et les pieds sont entièrement détachés de la terre; dans le galop, les jambes s'élèvent encore plus haut, et les pieds semblent bondir sur la terre ; le pas , pour être bon , doit être prompt , léger, doux et sûr; le trot doit être ferme, prompt et également soutenu ; il faut que le derrière chasse bien le devant : le cheval dans cette allure doit porter la tête haute et avoir les reins droits ; car si les hanches haussent et baissent alternativement à chaque temps du trot, si la croupe balance et si le cheval se berce, il trotte mal par faiblesse; s'il jette en dehors les jambes de devant, c'est un autre défaut ; les jambes de devant doivent être sur la même ligne que celles de derrière, et toujours les effacer. Lorsqu'une des jambes de derrière se lance, si la jambe de devant du même côté reste en place un peu trop longtemps, le mouvement devient plus dur par cette résis-

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tance ; et c'est pour cela que Tintervalle entre les deax temps du trot doit être court; mais, quelque court quil puisse être, cette résistance suffît pour rendre cette allure plus dure que le pas et le galop, parce que dans le pas le mouvement est plus liant, plus doux, et la résistance moins forte, et que dans le galop il n'y a presque point de résistance horizontale , qui est la seule incommode pour le cavalier, la réaction du mouvement des jambes de devant se faisant presque toute de bas en haut dans la direction perpendiculaire.

Le ressort des jarrets contribue autant au mouvement du galop que celui des reins; tandis que les reins font effort pour élever et pousser en avant les parties antérieures , le pli du jarret fait ressort, rompt le coup et adoucit la secousse : aussi plus ce ressort du jarret est liant et souple , plus le mouvement du galop est doux ; il est aussi d'autant plus prompt et plus rapide que les jarrets sont plus forts, et d'autant plus soutenu que le cheval porte plus sur les hanches, et que les épaules sont plus soutenues par la force des reins. Au reste , les chevaux qui dans le galop lèvent bien haut les jambes de devant ne sont pas ceux qui galopent le mieux; ils avancent moins que les autres et se fatiguent davantage, et cela vient ordinairement de ce qu'ils n'ont pas les épaules a^z libres.

Le pas, le trot et le galop sont donc les allures naturelles les plus ordinaires ; mais il y a quelques chevaux qui ont naturellement une autre allure, qu'on appelle l'amble, qui est très -différente des trois autres, et qui du premier coup d'œil parait contraire aux lois de la mécanique et très- fatigante pour l'animal, quoique dans cette allure la vitesse du mouvement ne soit pas si grande

que dans le galop ou dans le grand trot : dans cette allure le pied du cheval rase la terre encore de plus près que dans le pas, et chaque démarche est beaucoup plus allongée; mais ce qu'il y a de singulier, c'est que les deux jambes du même côté , par exemple celle de devant et de derrière du côté droit , partent en même temps pour faire un pas, et qu'ensuite les deux jambes du côté gauche partent aussi en même temps pour en faire un autre, et ainsi de suite : en sorte que les deux côtés du corps manquent alternativement d'appui , et qu'il n'y a point d'équilibre de l'un à l'autre, ce qui ne peut manquer de fatiguer beaucoup le cheval, qui est obligé de se soutenir dans un balancement forcé paf la rapidité d'un mouvement qui n'est presque pas détaché de terre : car s'il levait les pieds dans cette allure autant qu'il les lève dans le trot ou même dans le bon pas, le balancement serait si grand qu'il ne pourrait manquer de tomber sur le côté ; et ce n'est que parce qu'il rase la terre de très -près, et par des alternatives promptes de mouvement qu'il se soutient dans cette allure , où la jambe de derrière doit, non -seulement partir en même temps que la jambe de devant du même côté, mais encore avancer sur elle et poser un pied ou un pied et demi au delà de l'endroit où celle-ci a posé : plus cet espace dont la jambe de derrière avance de plus que la jambe de devant est grand, mieux le cheval marche l'amble, et plus le mouvement total est rapide. Il n'y a donc dans l'amble, comme dans le trot, que deux temps dans le mouvement ; et toute la différence est que dans le trot les deux jambes qui vont ensemble sont opposées en diagonale, au lieu que dans l'amble ce sont les deux jambes du même côté qui vont ensemble : cette allure , qui est très-fatigante pour le cheval, et qu''on ne doit

lui laisser prendre que dans les terrains unis ,« est fort douce pour le cavalier ; elle n'a pas la dureté du trot , qui vietit de la résistance que fait la jambe de devant lorsque celle de derrière se lève, parce que dans Tamble cette jambe de devant se lève en même temps que celle de derrière du même côté; au lieu que dans le trot, cette jambe de devant du même côté demeure en repos et résiste à Timpulsion pendant tout le temps que se meut celle de derrière. Les Connaisseurs assurent que les chevaux qui naturellement vont l'amble ne trottent jamais, et qu'ils 9ont beaucoup plus faibles que les autres; en effet, les poulains prennent assez souvent cette allure,. surtout lorsqu'on leslforce à aller vite, dt qu'ils ne sont pas encore ,assez forts pour trotter ou pour galoper ; et l'on observe aussi que la plupart des bons chevaux qui ont été trop fatigués et qui commencent à s'user, prennent eux-mêmes cette allure, lorsqu'on les force à unr mouvement plus rapide que celui du pas * .

L'amble peut donc être regardé comme une allure défectueuse, puisqu'elle n'est pas ordinaire et qu'elle n'est naturelle qu'à un petit nombre de chevaux; que ces chevaux sont presque toujours plus faibles que les autres ; et que ceux qui paraissent les plus forts sont ruinés en moins de temps que ceux qui trottent et galopent ; mais il y a encore deux auti'es allures, l'entre-pas et l'aubin, que les chevaux faibles ou excédés prennent d'eux-mêmes, qui sont beaucoup plus défectueuses que l'amble ; on a appelé ces mauvaises allures des trains rompus, désunis ou composés : l'entre-pas tient du pas et de l'amble, et l'aubin tient du trot et du galop ; l'un et l'autre viennent des

1. Voyez VÊcole de cavalerie ^ de M. de La Guénoière. Paris « i751, in-folio, p. 77.

excès d'une longue fatigue ou d'une grande faiblesse de reins ; ]es chevaux de messagerie qu'on surcharge commencent à aller l'entre-pas au lieu du trot à mesure qu'ils se ruinent, et les chevaux de poste ruinés, qu'on presse de galoper, vont l'aubin au lieu du galop.

Le cheval est de tous les animaux celui qui , avec une grande taille , a le plus de proportion et d'élégance dans les parties de son corps ; car en lui comparant les animaux qui sont immédiatement au-dessus et au-dessous, on verra que l'âne est mal fait, que le lion a la tète trop grosse, que le bœuf a les jambes trop minces et trop courtes pour la grosseur de son corp|, que le chameau est difforme , et que les plus gros animaux , le rhinocéros et r éléphant, ne sont pour ainsi dire que des masses informes. Le grand allongement des mâchoires est la principale cause de la différence entre la tête des quadrupèdes et celle de l'homme, c'est aussi le caractère le plus ignoble de tous; cependant, quoique les mâchoires du cheval soient fort allongées , il n'a pas , comme l'âne , un air d'imbécillité, ou de stupidité comme le bœuf; la régularité des proportions de sa tête lui donne au contraire un air de légèreté qui est bien soutenu par la beauté de son encolure. Le cheval semble vouloir se mettre au-dessus de son état de quadrupède en élevant sa tête ; dans cette noble attitude il regarde l'homme face à face; ses yeux sont vifs et bien ouverts, ses oreilles sont bien faites et d'une juste grandeur, sans être courtes comme celles du taureau , ou trop longues comme celles de l'âne ; sa crinière accompagne bien sa tête, orne son cou, et lui donne un air de force et de fierté; sa queue traînante et touffue couvre et termine avantageusement l'extrémité de son corps : bien différente de la courte queue du cerf, de

l'éléphant, etc., et de la queue nue de l'âne, du chameau, du rhinocéros, etc., la queue du cheval est formée par des crins épais et longs qui semblent sortir de la croupe, parce que le tronçon dont ils sortent est fort court ; il ne peut relever sa queue comme le lion, mais elle lui sied mieux quoique abaissée ; et comme il peut la mouvoir de côté, il s'en sert utilement pour chasser les mouches qui l'incommodent; car quoique sa peau soit très-ferme, et qu'elle soit garnie partout d'un poil épais et serré, elle est cependant très-sensible.

L'attitude de la tète et du cou contribue plus que celle de toutes les autres parties du corps à donner au cheval un noble maintien; la partie supérieure de l'encolure, dont sort la crinière, doit s'élever d'abord en ligne di^oite en sortant du garrot, et former ensuite, en approchant de la tête , . une courbe à peu près semblable à celle du cou d'un cygne; la partie inférieure de l'encolure ne doit, former aucune courbure, il faut que sa direction soit en ligne droite depuis le poitrail jusqu'à la ganache, et un peu penchée en avant; et si elle était perpendiculaire, l'encolure serait fausse. Il faut aussi que la partie supérieure du cou soit mince , et qu'il y ait peu de chair auprès de la crinière , qui doit être médiocrement garnie de crins longs et déliés : une belle encolure doit être longue et relevée, et cependant proportionnée à la taille du cheval; lorsqu'elle est trop longue et trop menue , les chevaux donnent ordinairement des coups de tête, et quand elle est trop courte et trop charnue, ils sont pesants à la main; et pour que la tête soit le plus avantageusement placée, il faut que le front soit perpendiculaire à l'horizon.

La tète doit être sèche et menue sans être trop longue, les oreilles peu distantes, petites, droites, immobiles.

étroites , déliées et bien plantées sur le haut de la tête , le front étroit et un peu convexe , les salières remplies , les paupières minces, les yeux clairs, vifs, pleins de feu, assez gros et avancés à fleur de tête , la prunelle grande , la ganache décharnée et peu épaisse , le nez un peu arqué, les naseaux bien ouverts et bien fendus , la cloison du nez mince, les lèvres déliées, la bouche médiocrement fendue, le garrot élevé et tranchant, les épaules sèches, plates et peu serrées , le dos égal , uni , insensiblement arqué sur la longueur, et relevé des deux côtés de l'épine qui doit paraître enfoncée , les flancs pleins et courts , la croupe ronde et bien fournie, la hanche bi^n garnie, le tronçon de la queue épais et ferme , les bras et les cuisses gros et charnus, le genou rond en devant, le jarret ample et évidé , les canons minces sur le devant et larges sur les côtés , le nerf bien détaché , le boulet menu , le fanon peu garni, le paturon gros et d'une médiocre longueur, la couronne peu élevée, la corne noire, unie et luisante, le sabot haut, les quartiers ronds, les talons larges et médiocrement élevés, la fourchette menue et maigre, et la sole épaisse et concave.

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