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Que ces mystères qu'il prétend incroyables n'ont point

5i8 OPUSCULES.

non plus été crus seulement par le simple peuple, par des sauvages et des barbares, par des esprits grossiers et ignorants, mais par les plus grands génies, par les esprits du premier ordre, par des hommes d'une profonde érudition et d'une prudence consommée ; il n'y a qu'à lire les ouvrages que les Pères nous ont laissés comme de sensibles monuments de la religion. A considérer précisément ces saints docteurs en qualité de savants, en qualité d'écrivains et d'auteurs, il faut n'avoir ni goût ni discernement, pour ne point admirer l'étendue de leur doctrine, la pénétration de leurs vues, la sublimité de leurs pensées, la force de leurs raisonnements, la sagesse et la sainteté de leur morale, la beauté et l'énergie de leurs expressions, leurs tours même éloquents et pathétiques, ou ingénieux et spirituels. Certainement ce n'étaient pas là de petits esprits, des esprits superstitieux, capables de donner sans examen dans l'illusion, ni à qui il fût aisé de faire accroire tout ce qu'on voulait.

4. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus, non point sur des préjugés de la naissance et de l'éducation, mais plutôt contre tous les préjugés de l'éducation et de la naissance. Pendant une longue suite d'années, qu'était-ce que le grand nombre des chrétiens ? des Gentils nés dans le paganisme, élevés dans l'idolâtrie. Afin de les soumettre à la foi, il avait fallu détruire toutes leurs préventions, et leur arracher du cœur des erreurs et des principes de religion directement opposés aux myslères qu'on leur enseignait. Or qui ne voit pas combien ce changement était difficile, et quelle peine il devait y avoir à détromper des gens préoccupés en faveur de leurs fausses divinités, et attachés à leurs anciennes observances et à leurs pratiques? C'est .cependant ce qui est arrivé. Les païens se sont convertis ; les idolâtres ont renoncé au culte de leurs idoles ; leurs prêtres et leurs sages ont eu beau se récrier, raisonner, disputer, la loi nouvelle a prévalu, et comme le jour dissipe les ténèbres, elle a efiacé des esprits toutes les idées dont ils étaient prévenus.

&. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été

crus malgré toutes les répugnances de la nature, malgré toutes les révoltes et de la raison et des sens. Révoltes de la raison; car, quelque raisonnables en eux-mêmes et quelque certains que soient ces mystères , il faut après tout convenir que ce sont des mystères obscurs, des mystères tellement cachés sous le voile, que notre raison n'y pénètre qu'avec des peines extrêmes ; et que souvent même, toute subtile qu'elle peut être, elle se trouve obligée de reconnaître son insuffisance et la faiblesse de ses lumières. Or nous sentons assez qu'il n'est rien à quoi elle répugne davantage qu'à s'humilier alors et à se soumettre, en croyant ce qu'elle ne voit ni ne connaît pas. Révoltes des sens : car sur ces mystères qui humilient et qui captivent la raison, est fondée une morale qui mortifie étrangement la chair. On croit avec moins de résistance des vérités qui s'accommodent à nos inclinations et à nos passions, des vérités au moins indifférentes, et qui dans leurs conséquences n'ont rien de pénible ni de gênant : mais des vérités en vertu desquelles on doit se haïr soi-même, réprimer ses desirs les plus naturels, embrasser la croix, la porter chaque jour sur son corps, et se revêtir de toute la mortification évangélique, c'est à quoi l'on ne se rend pas volontiers, et sur quoi l'on ne se laisse persuader qu'après avoir bien examiné les choses, et en avoir eu des preuves bien convaincantes.

6. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus d'une foi si vive, d'une foi si ferme et si efficace, que, pour pratiquer ses maximes, pour vivre selon ses règles et son esprit, ou pour la défendre et la soutenir, on a tout sacrifié, biens, fortune, grandeurs, plaisirs, repos, santé, vie. On sait les rudes combats que les chrétiens ont eu à essuyer dès la naissance de l'Eglise. On sait combien de sang ils ont versé, et comment ils ont été exilés, proscrits, enfermés dans des cachots, produits devant les juges, condamnés, livrés aux bourreaux pour les tourmenter en mille manières, par le glaive, les flammes, les croix, les roues, les chevalets, les bêtes féroces, les huiles bouillantes ; par

tout ce que la barbarie a pu imaginer de supplices et do tortures. Pourquoi se laissaient-ils ainsi opprimer, accuser, emprisonner, déchirer, brûler, immoler comme des victimes? Pourquoi enduraient-ibs tant d'opprobres et d'ignominies, tant de calamités et de misères ? Pourquoi, au milieu de tout cela, s'estimaient-ils heureux, et rendaient-ils à Dieu des actions de grâces? Qui leur inspirait ce courage et cette patience inaltérable ? c'est qu'ils avaient les mystères de notre foi si profondément gravés dans l'âme, et qu'ils en étaient tellement touchés, que rien ne leur coûtait, soit pour y conformer leur conduite, soit pour en attester la vérité par une généreuse confession.

7. Qae ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus d'une foi si constante, que, malgré tous les obstacles qu'elle a eu à surmonter, elle subsiste toujours depuis plus de seize cents ans, comme nous ne doutons point, selon la promesse de Jésus-Christ, qu'elle ne doive subsister JQSqu'à la dernière consommation des siècles. Toutes les puissances infernales se sont soulevées contre elle ; toutes les puissances humaines se sont liguées et ont conjuré sa ruine; la superstition et le libertinage l'ont combattue de toutes leurs forces. Mais de même que nous voyons les flots de la mer, furieux et courroucés, se briser à un rocher où ils viennent fondre de toutes parts, tout ce qu'on a fait d'efforts pour la détruire n'a pu l'ébranler, et l'a plutôt affermie ; de sorte qu'après d'immenses révolutions d'âges et de temps, qui auraient dû l'affaiblir , elle est toujours le même ; qu'elle conserve toujours sur les esprits la même empire, qu'elle leur propose toujours la même doctrine, et les trouve toujours également disposés à la recevoir. Je no parle point de la manière dont cette foi s'est étable, de la faiblesse de ceux qui en furent les premiers apôtres, de l'abondonnement total où ils étaient des secours ordinaires et nécessaires pour faire réussir les grandes entreprises, de cent autres particularités très-remarquables : car ce n'est point par le fer, comme d'autres religions ; ce n'est ni par la violence des armes, ni par les. amorces de l'intérêt on du

plaisir, que la foi de nos mystères s'est répandue dans toute la terre. Mais sans insister là-dessus et sans rien ajouter, j'en reviens à mon raisonnement contre l'impie.

Je dis : S'il est vrai que nos mystères soient aussi incroyables qu'il l'avance, et que d'ailleurs il ne puisse nier, comme il ne le peut en effet, qu'on les a crus dans le monde, et qu'on les a crus si unanimement, si généralement, si promptement, si fortement, si constamment ; chez toutes les nations, dans tous les états et toutes les professions ; parmi les sages, les philosophes, les savants; parmi les païens, les idolâtres, les sauvages, les barbares ; dans les cours des princes, dans les villes, dans les campagnes, partout; il faut donc qu'il m'apprenne par quelle vertu a pu se faire l'union et l'accord si parfait de ces deux choses ; je veux dire de ces mystères selon lui absolument incroyables, et de ces mystères toutefois, selon la notoriété du fait la plus évidente et la plus incontestable, reçus et crus avec toutes les circonstances que je viens de rapporter : il faut donc qu'il avoue malgré lui qu'il y a eu en tout cela de la merveille; il faut donc qu'il confesse qu'il y a au-dessus de la nature un agent supérieur qui a conduit tout cela comme son ouvrage, et qui ne cesse point de le conduire par les ressorts invisibles de sa providence; il faut donc, s'il pst capable de quelque réflexion, qu'il conçoive une bonne fois comment ses traits de raillerie au sujet de la religion retournent contre lui, et comment ses exagérations et ses discours emphatiques sur l'insurmontable difficulté d'ajouter foi à des mystères tels que les nôtres retombent sur lui pour le confondre et pour l'accabler. Car plus il la relève et il l'augmente, cette difficulté, plus il relève la souveraine sagesse et la toute-puissance de ce Maître à qui rien n'est impossible, et qui a si bien su la vaincre et la surmonter.

Oui, on les a crus, ces adorables et incompréhensibles mystères ; et voilà le grand miracle dont l'incrédule est forcé de convenir. Miracle d'autant plus grand pour lui, que ces mystères lui paraissent moins croyables. On les croit encore, et, par la miséricorde infinie de mon Dieu, je

les crois. C'est dans cette foi que je veux mourir, comme j'ai le bonheur d'y vivre. Car je la conserverai dans mon cœur: et qui l'en arrachera ? Je connais mes imperfections et mes fragilités sans nombre. A comparer la sainteté de la foi que je professe avec mes lâchetés et la multitude des offenses que je commets, je sens combien j'ai de quoi rougir devant Dieu et de quoi m'humilier : mais du reste, tout imparfait et tout fragile que je suis, ne présumant point de mes forces, ne comptanrt point sur moi-même, soutenu de ma seule confiance dans la grâce du souverain Seigneur en qui je crois et en qui j'espère, il me semble que pour cette foi que je chéris et que je regarde comme mon plus riche trésor, je ne craindrais point de donner mon sang ni de sacrifier ma vie ; il me semble que, bénissant la divine Providence, qui, dans le christianisme, a fait heureusement succéder la tranquillité et la paix aux persécutions et aux combats, j'envie après tout le sort de ces chrétiens à qui la conjoncture des temps fournissait des occasions si précieuses de signaler leur foi en présence des persécuteurs et des tyrans. Telles sont, à ce qu'il me paraît, mes dispositions,. ô mon Dieu ! tels sont mes sentiments, ou tels ils doivent être.

Mais ce n'est pas tout : ce que je crois de cœur, je le confesserai de bouche, selon l'enseignement de l'Apôtre; et en cela même je suivrai l'exemple du Prophète, et je dirai comme lui : J'ai cru, et voilà pourquoi fai parlé (PsALM. GXV). Tout chrétien doit faire une profession publique de sa foi ; et malheur à quiconque aurait honte de reconnaître Jésus-Christ devant les hommes, parceque, dans le jugement de Dieu, Jésus-Christ le renoncerait devant son Père. Mais outre cette obhgation commune, un devoir particulier m'engage, comme ministre du Dieu vivant et prédicateur de son Évangile, à prendre la parole. Cette foi que l'impie attaque, et ces mystères qu'il blasphème parce qu'il les ignore, je les prêcherai, et à qui ? aux grands et aux petits, aux princes et aux peuples, aux sages et aux simples, aux forts et aux faibles, à tous : car, dans la chaire

sainte, c'est a, tous que je suis redevable. Si je me taisais, mon silence me condamnerait, et je me tiendrais coupable de la plus criminelle prévarication, surtout dans un temps où l'impiété ose lever la tête plus que jamais et avec plus d'audace. Au nom du Seigneur qui m'envoie, je la combattrai, et je la combattrai partout, quelque part que m'appelle mon ministère. L'impie m'écoutera sans s'étonner, il s'élèvera intérieurement contre moi, ou dans le secret de son âme il me regardera en pitié; mais moi, touché d'une bien plus juste compassion, j'aurai pitié de son aveuglement, de son entêtement, de sa témérité, de son ignorance sur des points dont à peine il peut avoir la plus légère teinture, et dont néanmoins il prétend avoir droit de juger avec plus d'assurance que les docteurs les plus consommés. Il tournera en risée tout ce que je dirai, et il ne le comptera que pour des idées populaires, que pour des rêveries; mais moi, dans le même esprit que saint Paul et dans les mêmes termes, je lui répondrai : Nous prêchons Jésus-Christ ■ crucifié, qui est un sujet de scandale aux Juifs, qui paraît une folie aux Gentils et qui est la force de Dieu et la sagesse de Dieu (1 Cor. II). Mais moi je lui répondrai, avec le même Docteur des nations, que c'est -par la folie de la prédication évangélique qu'il a plu à Dieu de sauver ceux qui croient en lui et en son fils Jésus-Christ (1 Cor. I). Mais moi je lui répondrai que la folie de la croix n'est folie que pour ceux qui périssent (Ibid.). Terrible parole ! pour ceux qui périssent, pour ceux qui se damnent, pour ceux qui, par la dureté de leur cœur et par leur sens réprouvé, se précipitent, comme l'impie, dans un malheur éternel ! Il y fera telle attention qu'il lui plaira ; et pourquoi n'espérerais-je pas que le Père des miséricordes éclairera enfin cet aveugle, et que sa grâce triomphera de cette âme rebelle, et la soumettra? Qu'il en soit ainsi que je le désire et que je le demande ; c'est un de mes vœux les plus sincères et les plus ardents.

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