‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 110 sur 121 · Rom., XII, %. — S. S. Âos., in Coof. iib. i, xti, n*t · texte numérisé non relu

Rom., XII, %. — S. S. Âos., in Coof. iib. i, xti, n*t

se conformait aux yoies de Sodome, et si rien ne le distinguait de ses concitoyens; si Abraham vivait conune ceux de son siècle; si Job était semblable aux autres princes de sa nation; si Esther, dans la cour d*Assuérus, se conduisait comme les autres femmes de ce prince; s'il y avait beaucoup de veuves à Béthulic et dans Israël qui ressemblassent à Judith; si, parmi les enfants de la captivité, il n*est pas dit de Tobie seul qu'il n'imitait pas la conduite de ses frères, et qu'il fuyait même le danger de leur société et de leur commerce : voyez si dans ces siècles heureux, où les chrétiens étaient encore saints, ils ne brillaient pas comme des astres au milieu des nations corrompues, et s'ils ne servaient pas de spectacle aux anges et aux hommes, par la singularité de leurs mœurs ; si les païens ne leur reprochaient pas leur retraite, leur éloignement des thé&tres, des cirques, et des autres plaisirs publics ; s'ils ne se plaignaient pas que les chrétiens affectaient de se distinguer sur toutes choses de leurs concitoyens ; de former comme un peuple à part au milieu de leur peuple; d'avoir leurs lois et leurs usages particuliers ; et si, dès là qu'un homme avait passé du côté des chrétiens, ils ne le comptaient pas comme un homme perdu pour leurs plaisirs, pour leurs assemblées, et pour leurs coutumes : enfln , voyez si dans tous les siècles les saints, dont la vie et les actions sont venues jusqu'à nous, ont ressemblé au reste des hommes.

Vous nous direz peut-être que ce sont là des singularités et des exceptions, plutôt que des règles que tout le monde soit obligé de suivre : ce sont des exceptions, il est vrai ; mais c'est *quela règle générale est de se perdre; c'est qu'une àme fidèle au milieu du monde est toujours une singularité qui tient du prodige. Tout le monde, dites-vous, n'est pas obligé de suivre ces exemples : mais est-ce que la sainteté n'est pas la vocation générale de tous les fidèles? Est-ce que pour être sauvé il ne faut pas être saint? Est-ce que le ciel doit beaucoup coûter à quelquesuns, et rien du tout aux autres? Est-ce que vous avez un autre Évangile à suivre, d'autres devoirs à remplir, et d'autres promesses à espérer que les saints ? Ah ! puisqu'il y avait une voie plus commode pour arriver au salut, pieux fidèles qui jouissez dans le ciel d'un royaume que vous n'avez emporté que par la violence , et qui a été le prix de votre sang et de vos travaux ,

pourquoi nous laissie^yous des exemples si dangereux et si inutiles? Pourquoi nous ayez-vous frayé un chemin âpre, désagréable, et tout propre à rebuter notre feibiesse, puisqu'il y en avait un autre plus doux et plus battu, que vous auriez pu nous montrer pour nous encourager et nous attirer, en nous facilitant notre carrière? Grand Dieu ! que les hommes consultent peu la raison dans FafTaire de leur salut éternel!

Rassurez-vous après cela sur la multitude; comme si le grand nombre pouvait rendre le crime impuni y et que Dieu n*osât perdre tous les hommes qui vivent comme vous 1 Hais que sont tous les hommes ensemble devant Dieu? La multitude des coupables rempêcha-t-elle d'exterminer toute chair au temps du déluge ; de faire descendre le feu du ciel sur cinq villes infâmes; d'engloutir Pharaon et toute son armée sous les eaux ; de frapper de mort tous les murmurateurs dans le désert? Âh! les rois de la terre peuvent avoir égard au grand nombre de coupables, parce que la punition devient impossible , ou du moins dangereuse, dès que la faute est trop générale. Hais Dieu, qui secoue les impies de dessus la terre, dit Job, comme on secoue la poussière qui s'est attachée au vêtement; Dieu, devant qui les peuples et les nations sont conune si elles n'étaient pas, il ne compte pas les coupables, il ne regarde que les crimes : et tout ce que peut présumer la faible créature des complices de sa transgression, c'est de les avoir pour compagnons de son infortune.

Maïs si peu de gens se sauvent, parce que les maximes les plus universellement reçues sont des maximes de péché; peu de gens se sauvent, parce que les maximes et les obligations les plus universellement ignorées ou rejetées sont les plus indispensables au salut. Dernière réflexion qui n'est encore que la preuve et l'éclaircissement des précédentes.

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