I. Anhfifan, NimègM, les forti d§ Bvritk, de Skein, eto
5i ORAISON FUNÈBRE
saintes contre Finsolence et l'ayarice des soldats, invoquer dans tous les dangers le Dieu des armées; c'est le devoir et le soin ordinaire de tous les capitaines. Pour lui, il passe plus avant. Lors même qu'il commande aux troupes, il se regarde comme un simple soldat de Jésus-Christ. Il sanctifle les guerres par la pureté de ses intentions, par le désir d'une heureuse paix, par les lois d'une discipline chrétienne. Il considère ses soldats comme ses frères, et se croit obligé d'exercer la charité dans une profession cruelle, où Ton perd souvent Thumanité même. Animé par de si grands motifs, il se surpasse lui-même, et fait voir que le courage devient plus ferme quand il est sou^ tenu par des principes de religion ; qu'il y a une pieuse magnanimité qui attire les bons succès, malgré les périls et les obstacles ; et qu'un guerrier est invincible quand il combat avee foi , et quand il prête des mains pures au Dieu des batailles qui le conduit.
Comme il tient de Dieu toute sa gloire , aussi la lui rapportet-il tout entière , et ne conçoit autre confiance que celle qui est fondée sur le nom du Seigneur. Que ne puis-je vous représenter ici une de ces importantes occasions ^ où il attaque avec peu de troupes toutes les forces de l'Allemagne! Il marche trois jours, passe trois rivières, joint les ennemis, les combat et les charge. Le nombre d'un côté , la valeur de l'autre , la fortune est longtemps douteuse. Enfin le courage arrête la multitude ; l'ennemi s'ébranle et commence à plier. Il s'élève une voix qui crie : Victoire ! Alors ce général suspend toute l'émotioii que donne l'ardeur du combat, et d'un ton sévère : c Arrêtez, dit-il; notre c sort n'est pas en nos mains, et nous serons nous-mêmes vain- « eus , si le Seigneur ne nous favorise. » A ces mots il lève les yeux au ciel d'où lui vient son secours, et, continuant à donner ses ordres, il attend avec soumission, entre l'espérance et la crainte , que les ordres du ciel s'exécutent.
Qu'il est difficile. Messieurs, d'être victorieux et d'être humble tout ensemble ! Les prospérités militaires laissent dans l'âme je ne sais quel plaisir touchant, qui la remplit et l'occupe tout entière. On s'attribue une supériorité de puissance et de force ;
I Combat d EQtzheim.
oa se couronne de ses propres mains; on se dresse un triomphe secret à soi-même; on regarde comme son propre bien ces lauriers qu*on cueille avec peine , et qu'on arrose souvent de son sang : et lors même qu'on rend à Dieu de solennelles actions de grâces, et qu'on pend aux voûtes sacrées de ses temples des drapeaux déchirés et sanglants qu'on a pris sur les ennemis, qu'il est dangereux que la vanité n'étouffe une partie de la reconnaissance , qu'on ne mêle aux vœux qu'on rend au Seigneur des applaudissements qu'on croit se devoir à soi-même, et qu'on ne retienne au moins quelques grains de cet encens qu'on va brûler sur ses autels !
C'était en ces occasions que H. de Turenne, se dépouillant de lui-même, renvoyait toute la gloire à celui à qui seul elle appartient légitimement. S'il marche, il reconnaît que c'est Dieu qui le conduit et qui le guide; s'il défend des places, il sait qu'on les défend en vain, si Dieu ne les garde ; s'il se retranche, il lui semble que c'est Dieu qui lui fait un rempart pour le mettre à couvert de toute insulte; s'il combat, il sait d'où il tire toute sa force; et s'il triomphe , il croit voir dans le ciel une main invisible qui le couronne. Rapportant ainsi toutes lés grâces qu'il reçoit à leur origine , il en attire de nouvelles, n ne compte plus les ennemis qui l'environnent; et, sans s'étonner de leur nombre ou de leur puissance, il dit avec le prophète : € Ceux-là se fient au nombre de leurs combattants et f de leurs chariots : pour nous, nous nous reposons sur la proc tection du Tout-Puissant*. » Dans cette fidèle et juste confiance, il redouble son ardeur, forme de grands desseins, exécute de grandes choses, et commence une campagne qui semblait devoir être si fatale à l'Empire.
Il passe le Rhin, et trompe la vigilance d'un général habile et prévoyant. Il observe les mouvements des ennemis. Il relève le courage des alliés. Il ménage la foi suspecte et chancelante des voisins. Il ôte aux uns la volonté, aux autres les moyens de nuire; et, profitant de toutes ces conjonctures importantes qui préparent les grands et glorieux événements, il ne laisse rien à la fortune de ce que le conseil et la prudence humaine