‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 23 sur 121 · Pakal., l n, c · texte numérisé non relu

Pakal., l n, c

hommes. Peut-être est-ce une punition de notre orgueil , de notre ambition, de nos injustices. Comme il s*élève du fond des vallées des vapeurs grossières, dont se forme la foudre qui tombe sur les montagnes, il sort du cœur des peuples des ini*quités dont vous déchargez les châtiments sur la tète de ceux qui les gouvernent ou qui les défendent. Je ne viens pas, Seigneur, sonder les abîmes de vos jugements, ni découvrir ces ressorts secrets et invisibles qui font agir votre miséricorde ou votre justice; je ne veux et ne dois que les adorer. Hais vous êtes juste; vous nous afQigez ; et, dans un siècle aussi corrompu que le nôtre, nous ne devons chercher ailleurs que dans le dérèglement de nos mœurs toutes les causes de nos misères.*

Tirons donc. Messieurs, tirons de notre douleur des motife de pénitence, et ne cherchons qu'en la piété de ce grand homme de vraies et solides consolations. Citoyens, étrangers, ennemis, peuples, rois, empereurs, le plaignent et le révèrent; mais que peuvent-ils contribuer à son véritable bonheur? Son roi même , et quel roi ! Thonore de ses regrets et de ses larmes : grande et précieuse marque de tendresse et d'estime pour un sujet, mais inutile pour un chrétien. Il vivra, je l'avoue, dans l'esprit et dans la mémoire des hommes*; mais l'Ëcriture m'apprend que ce que l'homme pense, et l'homme luimême, n'est que vanité^. Un magnifique tombeau renfermera ces tristes dépouilles; mais il sortira de ce superbe monument, non pour être loué de ses exploits héroïques, mais pour être jugé selon ses bonnes ou mauvaises œuvres. Ses cendres seront mêlées avec celles de tant de rois qui gouvernèrent ce royaume qu'il a si généreusement défendu; mais, après tout, que leur reste-t-il à ces rois, non plus qu'à lui, des applaudissements du monde, de la foule de leur cour, de l'éclat et de la pompe de leur fortune, qu'un silence étemel, une solitude aflreuse, et une terrible attente des jugements de Dieu sous ces marbres précieux qui les couvrent? Que le monde honore donc, comme il voudra, les grandeurs humaines : Dieu seul est la récompense des vertus chrétiennes.

mort trop soudaine, mais pourtant, par la miséricorde du

I. Dominus «ftl û9gUation4ê h^mimm fnontmi «Mina «iml. (Fsaui , xan, li .) S. Univtna «Milaf omnit hom0 vivtnt, (Psalm. xxxvm, 6.)

OB M. DB TURBNNB. 59

Seî^eur, depuis longtemps prévue, combien de paroles édifiantes , combien de saints eiemples nous as-tu ravis! nous eussions vu, quel spectacle ! au milieu des victoires et des triomphes, mourir humblement un chrétien. Avec quelle attention eût-il employé ses derniers moments à pleurer intérieurement ses erreurs passées, à s'anéantir devant la majesté de Dieu, et à implorer le secours de son bras , non plus contre des ennemis visibles, mais contre ceux de son salut? Sa foi vive et sa charité fervente nous auraient sans doute touchés ; et il nous resterait un modèle d'une confiance sans présomption, d'une crainte sans faiblesse, d'une pénitence sans artifice, d'une constance sans afiectation, et d'une mort précieuse devant Dieu et devant les hommes.

Ces conjectures ne sont-elles pas justes, Messieurs? Que dis-je? conjectures? c'étaient des desseins formés. Il avait résolu de vivre aussi saintement que je présume qu'il fût mort. Prêt à jeter toutes ses couronnes au pied du trône de Jésus-Christ, comme ces vainqueurs de l'Apocalypse * ; prêt à ramasser toute sa gloire, pour s'en dépouiller par une retraite volontaire, il n'était déjà plus du monde, quoique la Providence l'y retint encore. Dans le tumulte des armées, il s'entretenait des douces et secrètes espérances de sa solitude. D'une main il foudroyait les Amalécites, et il levait déjà l'autre pour attirer sur lui les bénédictions célestes. Ce Josué, dans le combat, faisait déjà la fonction de Moïse sur la montagne, et, sous les armes d'un guerrier, portait le cœur et la volonté d'un pénitent.

Seigneur, qui éclairez les plus sombres replis de nos consciences , et qui voyez dans nos plus secrètes intentions ce qui n'est pas encore, comme ce qui est, recevez dans le sein de votre gloire cette âme qui bientôt n*eût été occupée que des pensées de votre éternité. Recevez ces désirs que vous lui aviez vous-même inspirés. Le temps lui a manqué, et non pas le courage de les accomplir. Si vous demandez des œuvres avec ses désirs, voilà des charités qu'il a faites ou destinées pour le soulagement et pour le salut de ses frères; voilà des âmes égarées qu'il a ramenées à vous par ses assistances , par ses conseils,

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