LA PROSPÉRITÉ DES PÉCHEURS
Ate9niênt« J«iu in navitulum , iêOMii tuni mmh iiieiptUi «jut : et êeet motui nuignui faetut iit in mari, ita ut navicula optrirttur fiuetibut. Ipt« vero iormiebal ; «1 tuieilavrwnl 9um Ai*9ipuli êjui, iiemitêi : Dominé, taha not, pmmiM. Et dixit m : Quid timiii êttit, modicœfiinf
JéiDi étant entré dans une bannie, ses disciples ie saisirent, et anssitAt il s^élera sur la mer une grande tempête, en sorte qne la barqne était couTerte de flots. Loi cependant dormait, et ses disciples le réreillèrent, en lui disant: Seigneur, sanves-nons, nous allons périr. Jésns leur lépondit : Poorqnol craignes- TOQS, hommes de peo de foi ? TÉatcb. Txn.
Voilà, chrétiens, une image bien naturelle de ce qui se passe tous les jours à nos yeux et parmi nous, n semble que le Saint- Esprit, en nous la traçant dans cet Ëyangile, ait expressément voulu nous représenter un des plus grands mystères de la conduite de Dieu sur les hommes, et en faire le sujet de notre instruction. Les disciples de Jésus^^hrist, c'est-à-dire, les justes et les élus de Dieu, vivent dans le monde,- que nous pouvons considérer comme une mer orageuse, et s*y trouvent embarqués par les ordres mêmes de la Providence ; Dieu est avec eux et ne les quitte jamais ; il les suit dans toutes leurs voies, il les éclaire et les soutient : mais du reste, à en juger par les apparences, on dirait en mille rencontres qu'il s'en éloigne, qu'il les oublie, qu'il les abandonne, qu'il est à leur égard comme endormi, Ipte vero dormiebat. D permet qu'ils soient assaillis et battus des
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plus violents orages, qu'ils soieut exposés aux plus rudes tentations, qu'ils soient affligés et presque accablés des misères de cette yie. Or, qui croirait alors qu'il y a une providence qui prend soin de leurs personnes, ou qui ne croirait pas au moins que cette providence est ensevelie dans un profond sonmieil, et qu'elle ignore leurs besoins , surtout lorsqu'on voit les impies prospérer sur la terre, vivre dans le calme, tenir les premiers rangs, jouir de l'abondance, être en possession de tout ce qui s'appelle fortune et bonheur humain? C'est en vue de ce partage si surprenant et si peu conforme à nos idées, que David s'écriait et disait à Dieu : Exsurge^ quare obdormis^ Domine? (Ps. xLiii) leve^vous, Seigneur, et pourquoi demeurez -vous dans cette espèce d'assoupissement? Et c'est ainsi que nous lui disons encore nous-mêmes comme les apôtres : Domine , salva nos, perimus; hé! Seigneur, où êtes^vous? nous périssons et vous nous délaissez; tous les maux viennent nous assaillir, et il semble que vous y soyez insensible. Mais à cela, chrétiens, point d'autre réponse de la part de Dieu que celle de Jésus- Christ à ses disciples effrayés et consternés : Quid timidi estiSj modicœfidei? où est votre foi? où est la confiance que vous devez avoir en votre Dieu? que craignez-vous quand je suis avec vous? Mystère de la Providence, dont je veux aujourd'hui, mes chers auditeurs, vous entretenir, et dont il est d'une importance extrême que vous soyez instruits. Ce n'est point précisément aux pécheurs que j'ai à parler; c'est aux Âmes fidèles, c'est aux prédestinés du Seigneur, c'est à ceux qui font état de le servir, et qui, tout attachés qu'ils sont à son service, voient souvent tomber sur eux tous les fléaux du ciel, tandis que les mondains passent leurs jours dans le plaisir et dans la joie. Je vais là-dessus les rassurer et les consoler après que nous aurons demandé le secours du Saint-Esprit par l'intercession de Marie. Ave^ Maria.
C'est de tout temps que la foi des chrétiens a été troublée et leur confiance en Dieu ébranlée, de voir les méchants dans la prospérité et dans le repos, pendant que les justes sont dans l'adversité et dans le travail. Ce partage, à ce qu'il paraît, si injuste, a toujours été » pour ainsi dire , le scandale de la Provi-
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dence. Car de là les pécheurs ont pris sujet de triompher insolemment dans la yie; et de là les plus gens de bien se sont relâchés dans le chemin de la vertu : de là même les plus grands saints en sont venus presque jusqu'à former des doutes au préjudice de leur foi* Écoutez-en parler David : Mei autem pêne moti iunt pedes, pêne effusi sunt greesus met (Ps. lxxii). Pour moi, disait41, je le confesse , j*ai senti ma foi chanceler ; et quelque solide que fût le fondement de mon espérance , je me suis vu sur le point de succomber : et pourquoi? parce qu'il s*est élevé dans mon cœur un mouvement de zèle et d'indignation, à la vue des pécheurs qui goûtent la paix, qui réussissent dans leurs desseins, qui établissent leurs maisons, à qui rien ne manque dans la vie : Quia selavi super iniquoi^ pacem peceatorum videns (Ibidem). En effet, ai-je dit, comment est-il possible que Dieu sache ce qui se passe ici-bas , et comment puis-je croire qu'il y prenne garde? Quomodo sait Deus^ et est seientia in excelso? { Ibid. ) Les libertins et les impies sont les plus heureux, les plus honorés, les plus riches : Eece ipsi peecaiores et abundantes in sœculo obtinuerunt divitias ( Ibid. )• D'où j'ai presque conclu, ajoute le prophète, qu'il m'était donc iQutÛe de conserver mon cœur dans l'innocence , et d*avoir les mains nettes de toute injustice : Et dixi, ergo sine causa jusiifieavi eor meum^ et lavavi inter innocentes manus meas (Ps. Lxxn). Ainsi parlait le plus saint roi du peuple de Dieu, et c'était le reproche que faisaient les paiens aux fidèles. Quel Dieu servez-vous, leur disaient ces idolâtres? où est sa justice envers vous et sa bonté? Il vous voit pauvres et languissants, et il ne prend nul soin de vous : est-ce qu'il ne le peut, ou qu'il ne le veut pas ? Si c'est impuissance , il n'est pas Dieu , et aussi peu Test-il, si c'est insensibilité. Vous vous promettez l'immortalité dans un autre monde que celui-ci; mais quelle apparence qu'un Dieu que vous vous figurez assez puissant et assez bon pour vous ressusciter après la mort, ne vous secourût pas dans la vie? Cependant vous renoncez à tous les plaisirs, vous ne venez point à nos spectacles , vous souffre^ la faini et la soif, vous endurez les plus rigoureux tourments; d'on il arrive que vous ne jouissez ni de la vie présente où vous êtes, ni de cette vie future et imaginaire que vous attendez* A cela les Pères fai-
saient diverses réponses : la plupart niaient la supposition, pour établir une vérité tout opposée; car ils soutenaient que jamais les justes ne sont malheureux sur la terre « et que jamais les impies n*y goûtent un véritable bonheur. IntelligcU homo, disait saint Augustin, nunquam Deus pertnitlit malos esse felices (August.). Que l'homme s'applique à bien comprendre ceci : jamais Dieu ne permet que les méchants soient heureux ; ils passent néanmoins pour l'être, ajoutait ce saint docteur, mais on ne les croit heureux que parce qu'on ignore en quoi consiste la vraie félicité : Ideo malus felix putatur^ quia quid sit félicitas ignoratur ( Idem ). Et il n'en faut point juger par de certains dehors. Tel, dit saint Ambroise, me parait avoir la joie dans le cœur, dont le cœur est déchiré de mille chagrins; il est à son aise selon mon estime, mais dans son idée et en effet il est misérable : Meo affectu beatus est y et suo , miser (Ambr. ). C'est ainsi, dis-je, que les Pères s'en expliquaient. Mais, chrétiens, je prends la chose tout autrement; ne disputons point aux impies et aux pécheurs la possession des joies humaines, et convenons que les justes sont aussi malheureux dans le temps que les mondains le pensent. Cela posé, je prétends que nous sommes toujours coupables, si nous nous défions de la divine Providence qui l'a ordonné de la sorte ; et pour vous en convaincre , j'avance deux propositions qui renferment tout ce qu'on peut dire de plus solide sur cette matière et qui partageront ce discours. Je soutiens d'abord que dans cette conduite de Dieu il n'y a rien qui doive ni qui puisse ébranler notre foi ; c'est la première proposition et la première partie. Je dis plus, et je soutiens même que cette conduite de Dieu a de quoi étaf^lir et confirmer notre foi ; c'est la seconde proposition et la seconde partie. Développons l'une et l'autre, et ne croyez pas que je veuille là-dessus m'arrêter à de vaines subtilités : j'ai des preuves à produire également sensibles et touchantes. Conunençons.