‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 37 sur 121 · I . M. de Péréflxe, arclieYique de Paris · texte numérisé non relu

I . M. de Péréflxe, arclieYique de Paris

SERMON SUR LA PENSEE DE LA MORT. i33

gnages de bonté, d'estime , de confiance que tous donna jusqu'à son dernier soupir cet illustre mort, et qui redoublent d'autant plus votre douleur, qu'ils vous font mieux sentir ce que vous avez perdu, et qu'ils vous rendent sa mémoire plus chère?

Cependant, après nous être acquitté de ce qu'exigeaient de nous la piété et la reconnaissance, il est juste, mes chers auditeurs, que nous fassions un retour sur nous-mêmes, et que pour profiter d'une mort si chrétienne et si sainte , nous joi-* gnions la cendre de son tombeau à celle que nous présente aujourd'hui l'Église *, et nous tirions de l'une et de l'autre une importante instruction; car telle est notre destinée temporelle. Voilà le terme où doivent aboutir tous les desseins des hommes et toutes les grandeurs du monde; voilà l'unique et la solide pensée qui doit partout et en tout temps nous occuper : Mémento y homoy quia pulvis es, et in pulverem reverteris. Souvenez-vous, qui que vous soyez, riches ou pauvres, grands ou petits, monarques ou sujets, en un mot, hommes, tous en général, chacun en particulier, souvenez-vous que vous n'êtes que poudre, et que vous retournerez en poudre. Ce souvenir ne vous plaira pas; cette pensée vous blessera, vous troublera, Yous affligera : mais en vous blessant elle vous guérira; en vous troublant et en vous affligeant, elle vous sera salutaire; et peut-être, comme salutaire, vous deviendra-t-elle enfin nonseulement supportable , mais consolante et agréable. Quoi qu'il en soit, je veux vous en faire voir les avantagés, et c'est par là que je commence le cours de mes prédications.

Divin Esprit, vous qui d'un charbon de feu purifiâtes les lèvres du prophète et les fites servir d'organe à votre adorable parole, purifiez ma langue, et faites que je puisse dignement remplir le saint ministère que vous m'avez confié. Éloignez de moi tout ce qui n'est pas de vous; ne m'inspirez point d'autres pensées que celles qui sont propres à toucher, à persuader, à convertir. Donnez-moi comme à l'Apôtre des nations, non pas une éloquence vaine, qui n'a pour but que de contenter la curiosité des hommes, mais une éloquence chrétienne, qui,

1' Ce SenD«ni fut prêché le mercredi des Gendres.

tirant toute sa yertu de yotre Évangile , a la force de remuer les consciences» de sanctifier les Ames, de gagner les pécheurs et de les soumettre à Fempire de votre Loi. Préparez les esprits de mes auditeurs à recevoir les saintes lumières qu'il vous plaira de me communiquer; et comme en leur parlant je ne dois point avoir d*autre vue que leur salut, faites qu'ils m'écoutent avec un désir sincère de ce salut éternel que je leur prêche, puisque c'est l'essentielle disposition à toutes les grâces qu'ils doivent attendre de vous. C'est ce que je vous demande, Seigneur, et pour eux et pour moi, par Tintercession de Marie, à qui j'adresse la prière ordinaire. Ave^ Maria.

C'est un principe dont les sages même du paganisme sont convenus, que la grande science ou la grande étude de la vie est la science ou l'étude de la mort; et qu'il est impossible à l'homme de vivi*e dans l'ordre et de se maintenir dans une vertu solide et constante, s'il ne pense souvent qu'il doit mourir. Or je trouve que toute notre vie, ou pour mieux dire, tout ce qui peut être perfectionné dans notre vie, et par la raison et par la foi, se rapporte à trois choses, à nos passions, à nos délibérations et à nos actions. Je m'explique. Nous avons dans le cours de la vie des passions à ménager, nous avons des conseils à prendre, et nous avons des devoirs à accomplir. Eu cela, pour me servir du terme de l'Écriture, consiste tout l'honmie; tout l'homme, dis-je, raisonnable et chrétien: Hoe est enim omnU kamo (Eccl. xh). Des passions à ménager, en réprimant leurs saillies et en modérant leurs violences; des conseils à prendre, en se préservant et des erreurs qui les accompagnent, et des repentirs qui les suivent; des devoirs à accomplir, et dont la pratique doit être prompte et fervente. Or pour tout cela, chrétiens, je prétends que la pensée de la mort nous suffit, et j'avance trois propositions que je vous prie de bien comprendre, parce qu'elles vont faire le partage de mon discours. Je dis que la pensée de la mort est le remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions, c'est la première partie. Je dis que la pensée de la mort est la règle la plus infaillible pour conclure sûrement dans nos délibérations, c'est la secondée. Enfin , je dis que la pensée de la mort est le moyen le plus

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efficace pour nous inspirer une sainte ferveur dans nos actions, c'est la dernière. Trois vérités dont je veux vous convaincre, en vous feisant sentir toute la force de ces paroles de mon texte : Mémento^ homo , quia pulvis es , et in pulverem reverterii. Vos passions vous emportent, et souvent il vous semble que vous n'èles pas maître de votre ambition et de votre cupidité; Jfemento, souvenez-vous, et pensez ce que c'est que l'ambition et la cupidité d'un bomme qui doit mourir. Vous délibérez sur une matière importante, et vous ne savez à quoi vous résoudre; Mémento, souvenez-vous, et pensez quelle résolution il convient de prendre à un bomme qui doit mourir. Les exercices de la religion vous fiitiguent et vous lassent, et vous vous acquittez négligemment de vos devoirs; Jfem«n/o, souvenez-vous, et pensez comment il importe de les observer à un bomme qui doit mourir. Tel est l'usage que nous devons faire de la pensée de la mort, et c'est aussi tout le sujet de votre attention.

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