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DB CARËMB. 319
aTec eux* et on les maiiqae encore : ils se lassent des hommages qu'on leur rend» et ils sont piqués de ceux qu'on leur refuse. Les serviteurs les plus fidèles les importunent par leur sincérité, et né réussissent pas mieux à plaire par leur complaisance. Mailres bizarres et incommodes, tout ce qui les environne porte le poids de leur caprice et de leur humeur, et ils ne peuvent le porter eux-mêmes : ils ne semblent nés que pour leur malheur, et pour le malheur de ceux qui les servent.
Voyez Saûl au milieu de ses prospérités et de sa gloire. Quel homme aurait dû passer des jours plus agréables et plus heureux? D'une fortune obscure et privée, il s'était vu élever sur le trône : son règne avait commencé par des victoires : un fils digne de lui succéder semblait assurer la couronne à sa race : toutes les tribus soumises fournissaient à sa magnificence et h ses plaisirs, et lui obéissaient comme un seul hoomie. Que lui manquaiUil pour être heureux, si l'on pouvait l'être sans Dieu?
n perd la crainte du Seigneur, et avec elle il perd son repos et tout le bonheur de sa vie. Livré à un esprit mauvais et aux vapeurs noires et bizarres qui l'agitent, on ne le connaît plus, et il ne se connaît plus lui-même. La harpe d'un berger, loin d'amuser sa tristesse , redouble sa fureur. Ses louanges et ses victoires, chantées par les filles de Juda, sont pour lui comme des censures et des opprobres* Il se dérobe aux hommages publics» et il ne peut se dérober à lui-même. David lui déplaît en paraissant au pied de son trône, et, s'en éloignant, il est encore plus sûr de déplaire. Touché de sa fidélité, il fait son éloge, et se reconnaît moins juste et moins innocent que lui; et le lendemain il lui dresse des embûches pour s'en assurer et lui faire perdre la vie. La tendresse de son propre fils l'ennuie et lui devient suspecte. Tous les courtisans cherchent, étudient ce qui pourrait adoucir son humeur sombre et bizarre : soins inutiles ! lui-même ne le sait pas. Il a négligé Samuel pendant la vie de ce prophète, et il s'avise de le rappeler du tombeau et de le consulter après sa mort. Il ne croit plus en Dieu, et il est assez crédule pour aller interroger les démons* U est impie , et il est superstitieux : destin p pour le dire ici en passant, assez ordinaire aux incrédules. Us traitent d'imposteurs les Samuel , les prophètes autrefois envoyés de Dieu ; ils regardent comme
une force d*esprit de mépriser ces interprètes respectables des conseils étemels, et de se moquer des prédictions que les événements ont toutes justifiées; ils refusent au Très-Haut la connaissance de l'avenir, et le pouvoir d'en favoriser ses serviteurs fidèles; et ils ont la faiblesse populaire d*aller consulter une pythonisse.
Oui, mes frères, le malheureux état des grands daujs le crime est une preuve éclatante qu*uu Dieu préside aux choses humaines. Si les hommes ennemis de Dieu pouvaient être heureux, ils le seraient du moins sur le trône. Mais quiconque, dit un roi lui-même, quiconque, fût-il maître de Funivers, s*éloigne de la règle et de la sagesse , il s'éloigne du seul bonheur où l'homme puisse aspirer sur la terre : sapientiam enim et diseiplinatn qui ahjicit^ infelix est*.
Plus même vous êtes élevés, plus vous êtes malheureux. Comme rien ne vous contraint, rien aussi ne vous fixe : moins vous dépendez des autres, plus vous êtes livrés à vous-mêmes : vos caprices naissent de votre indépendance; vous retournez sur vous votre autorité. Vos passions ayant essayé de tout, et tout usé , il ne vous reste plus qu'à vous dévorer vous-mêmes : vos bizarreries deviennent l'unique ressource de votre ennui et de votre satiété. Ne pouvant plus varier les plaisirs déjà tous épuisés, vous ne sauriez plus trouver de variété que dans les inégalités éternelles de votre humeur; et vous vous en prenez saus cesse à vous du vide que tout ce qui vous environne laisse au dedans de vous-mêmes.
Et ce n'est pas ici une de ces vaines images que le discours embellit, et où Ton supplée par les ornements à la ressemblance. Approchez des grands; jetez les yeux vous-mêmes sur une de ces personnes qui ont vieilli dans les passions, et que le long usage des plaisirs à rendues également inhabiles et au vice et à la vertu. Quel nuage éternel sur l'humeur! quel fonds de chagrin et de caprice! Rien ne plaît, parce qu'on ne saurait plus soi-même se plaire : on se venge sur tout ce qui nous environne des chagrins secrets qui nous déchirent; il semble qu'on fait un crime au reste des hommes de l'impuissance où l'on est
f. SAy.,m, ti«
d'être encore aussi criminel qu'eux : on leur reproche en secret tout ce qu'on ne peut plus se permettre à soi-même, et l'on met l'humeur à la place des plaisirs.
Non, mes frères, tournez-vous de tous les côtés : les grands séparés de Dieu ne sont plus que les tristes jouets de leurs passions, de leurs caprices, des événements, et de toutes les clioses humaines. Eux seuls sentent le malheur d'une âme livrée à elle-même, en qui toutes les ressources des sens et des plaisirs ne laissent qu'un vide affreux, et à qui le monde entier, avec tout cet amas de gloire et de fumée qui l'environne, devient inutile si Dieu n'est point avec elle : ils sont comme les témoins illustres de l'insuffisance des créatures, et de la pécessité d'un Dieu et d'une religion sur la terre. Eux seuls prouvent au reste des hommes qu'il ne faut attendre de bonheur ici-bas que dans la vertu et dans l'innocence; que tout ce qui augmente nos passions multiplie nos peines; que les heureux du monde n'en sont, pour ainsi dire, que les premiers martyrs, et que Dieu seul peut suffire à un cœur qui n'est fait que pour lui seul.
Dieu de mes pères, disait autrefois un jeune roi, et qui de l'enfance comme vous. Sire, était monté sur le trône; Dieu de mes pères, vous m'avez établi prince sur votre peuple, et juge des enfants d'Israël. Au sortir presque du berceau, vous m'avez placé sur le trône; et, en un âge où l'on ignore encore l'art de se conduire soi-même, vous m'avez choisi pour être le conducteur d'un grand peuple : Deus patrum meorutny tu elegisti me regem populo tuo\ Vous m'avez environné de gloire, de prospérité, et d'abondance; mais la magnificence de vos dons sera elle-même la source de mes malheurs et de mes peines, si vous n'y ajoutez l'amour de vos commandements et la sagesse. Envoyez-la-moi du haut des cieux, où elle assiste sans cesse à vos côtés; c'est elle qui préside aux bons conseils, et qui donnera à ma jeunesse toute la prudence des vieillards et toute la majesté des rois mes ancêtres; elle ^ seule m'adoucira les soucis de l'autorité et le poids de ma couronne : ut mecum sit et mecum laboret^: elle seule me fera passer des jours heureux, et me soutiendra dans les ennuis et les pensées inquiètes que la
t. Sap., n, 7. — S. Ibid.y n, 10.
royauté traîne après elle; et erit aUocutio cogitationis et tœdii mei*. Je ne trouverai de repos au milieu même de la magniftceuce de mes palais, et parmi les hommages qu'on m'y rendra, qu*avec elle : intrans in dotnum meam, conquiescam cum Ula^. Les plaisirs finissent par Famerlume; le trône lui-même, giund Dieu, si vous n'y êtes assis avec le souverain, est le siège des noirs soucis : mais votre crainte et la sagesse ne laisse point de regrets après elle : on ne s'ennuie point de la posséder, et la joie même et la paix ne se trouvent jamais qu'avec elle : née enim habet amaritudinem conversatio illius^ nec tœdiunij sed lœtitiam et gaudium '.
Heureux donc le prince, ô mon Dieu , qui ne croit commencer à régner que lorsqu'il commence à vous craindre, qui ne se propose d'aller à la gloire que par la vertu, et qui regarde comme un malheur de commander aux autres $'il ne vous est pas soumis lui-même !
Donnez donc, grand Dieu, votre sagesse et votre jugement au roi, et votre justice à cet enfant de tant de rois^. Vous, qui êtes le secours du pupille, rendez-lui, par l'abondance de vos bénédictions, ce que vous lui avez ôté en le privant des exemples d'un père pieux, et des leçons d'un auguste bisaïeul : réparez SCS pertes par l'accroissement de vos grâces et de vos bienfaits. Vous seul, grand Dieu, tenez-lui lieu de tout ce qui lui manque: regardez avec des yeux paternels cet enfant auguste que vous avez, pour ainsi dire, laissé seul sur la terre, et dont vous êtes par conséquent le premier tuteur et le père : que son enfance,' qui le rend si cher à la nation, réveille les entrailles de votre miséricorde et de votre tendresse : environnez sa jeunesse des secours singuliers de votre protection. La faiblesse de son âge, et les grâces qui brillent déjà dans ses premières années, nous arrachent tous les jours des larmes de crainte et de tendresse. Rassurez nos frayeurs en éloignant de lui tous les périls qui pourraient menacer sa vie; et récompensez notre tendresse en le rendant lui-même tendre et humain pour ses peuples. Rendezle heureux en lui conservant votre crainte, qui seule fait le bonheur des peuples et des rois. Assurez la félicité de son règne
i. Sap., vni, 9. — S. Ibid., Tin, 16.