‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 83 sur 121 · I. Haitb., jjsw · texte numérisé non relu

I. Haitb., jjsw

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souffrent toujours de la faiblesse des lois ; la confusion du gou- Yernement est aussi funeste à la piété des peuples qu'au bonheur des empires; le bon ordre de la société est la première base des vertus chrétiennes; Tobservance des lois de TÉtat doit préparer les voies à celles de l'Évangile. L'Église ne doit compter sur rien dans un empire où le gouvernement n'a rien de fixe; aussi les États où la multitude gouverne, et ceux où elle partage la puissance avec le souverain, sans cesse exposés à des révolutions, se départent aussi facilement des lois que du culte de leurs pères : les soulèvements y sont aussi impunis que les erreurs; et c'est là où l'hérésie a toujours trouvé son premier asile ; elle se fortifie au milieu de la confusion des lois et de la faiblesse de Fautorité; elle doit toujours sa naissance ou son progrès aux troubles et aux dissensions publiques. Les règnes les plus faibles et les plus agités ont toujours été parmi nous, comme partout ailleurs, les règnes funestes de son accroissement et de sa puissance; et dès que l'harmonie civile se dément, toute la religion elle-même chancelle.

Aussi les plus saints rois de Juda, Sire, mêlaient les devoirs de la piété avec ceux de la royauté. Le pieux Josaphat, au sortir du temple où il venait tous les jours offrir ses vœux et ses sacrifices au Dieu de ses pères, envoyait, dit l'Écriture, dans toutes les villes de luda, des hommes habiles et des prêtres éclairés, pour rétablir l'autorité des lois et la pureté du culte, que les malheurs des règnes précédents avaient fort altérées.

David lui-même, malgré ces pieux cantiques qui faisaient son occupation et ses plus chères délices, et qui instruiront jusqu'à la fin les peuples et les rois, paraissait sans cesse à la tête de ses années et des affaires publiques; ses yeux étaient ouverts sur tous les besoins de l'État; et, ne pouvant suffire seul à tout, il aUait chercher, jusqu'aux extrémités de la Judée, des hommes fidèles, pour les fiedre asseoir à ses côtés, et partager avec eux les soins qui environnent le trône : oculi mei ad fidèles terrai ut sedeant mecum *.

Les plus pieux rois vos prédécesseurs ont toujours été les

Pi. iOO, 6.

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plus appliqués à leurs peuples. Celui surtout que TËglise honore d'un culte public descendait même dans le détail des différends de ses sujets : comme il en était le père, il ne dédaignait pas d*en être l'arbitre. Jaloux des droits de sa couronne, il voulait la transmettre à ses successeurs avec le même éclat et les mêmes prérogatives qu'il l'avait reçue de ses pères. Il croyait que l'innocence de la vie seule ne suffit pas au souverain , qu'il doit vivre en roi pour vivre en saint, et qu'il ne saurait être l'homme de Dieu s'il n'est pas l'homme de ses peuples.

Il est vrai, Sire, que la piété dans les grands va quelquefois dans un autre excès. Elle les jette dans une multitude de soins et de détails inutiles; ils se croient obligés de tout voir de leurs yeux et de tout toucher de leurs mains : les plus grandes affaires les trouvent souvent insensibles, tandis que les plus petits objets réveillent leur attention et leur zèle ; ils ont les sollicitudes de l'homme privé, ils n'ont pas celles de l'homme public; ils peuvent avoir la piété du sujet, ils n'ont pas celle du prince. Ce n'est pas à eux cependant à abandonner le gouvernail pour vaquer à des fonctions obscures qui n'intéressent pas la sûreté publique : leurs mains sont premièrement destinées à manier ces ressorts principaux des États, qui font mouvoir toute la machine; et tout doit être grand dans la piété des grands.

SECONDE PARTIE

Hais si l'inaction en est le premier écueil, l'incertitude et Tindécision^ que traîne d'ordinaire après soi uue conscience timide et scrupuleuse, ne paraissent pas moins à craindre.

Ce n'est pas que je prétende autoriser ici cette sagesse profane qui fait toujours marcher les intérêts de l'État avant ceux de l'Évangile, ni cette erreur commune qui ne croit pas l'exactitude des règles de l'Évangile compatible avec les maximes du gouvernement et les intérêts de l'État.

Dieu , qui est auteur des empires, ne l'est-il pas des lois qui les gouvernent? A-t-il établi des puissances qui ne puissent se soutenir que par le crime Et les rois seraient-ils son ouvrage.

s'ils ne pouvaient régner sans que la fraude et Tinjustice fussent les compagnes inséparables de leur règne? N'est-ce pas la justice et le jugement qui soutiennent les trônes? La loi de Dieu ne doitelle pas être écrite sur le front du souverain, comme la première loi de l'empire? et, s'il fallait toujours la violer pour maintenir la tranquillité des sociétés humaines, ou la loi de Dieu serait fausse, ou les sociétés humaines ne seraient pas l'ouvrage de Dieu. *

Quelle erreur, mes frères, de se persuader que ceux qui sont en place ne doivent pas regarder de si près à la rigidité des règles saintes ; que les empires et les monarchies ne se mènent point par des maximes de religion ; que la loi de Dieu est la règle du particulier, mais que les États ont une règle supérieure à la loi de Dieu môme ; que tout tomberait dans la langueur et dans l'inaction, si les maximes du christianisme conduisaient les affaires publiques ; et qu'il n'est pas possible d'être en même temps et l'homme de l'État, et l'homme de Dieu !

Quoi! mes frères, la justice, la vérité, la bonne foi, seraient funestes au gouvernement des États et des empires ! La religion, qui fait tout le bonheur et toute la sûreté des peuples et des rois eu deviendrait elle-même l'écueil ! Un bras de chair soutiendrait plus sûrement les royaumes que la main de Dieu , qui les a élevés ! Les peuples ne pourraient devoir l'abondance et la tranquillité qu'à la fraude et à la mauvaise foi de ceux qui les gouvernent ! Et les ministres des rois ne pourraient acheter que par la perte de leur salut le salut de la patrie ! Quel outrage pour la religion, et pour tant de bons rois qui n'ont régné heureusement que par elle !

J'avoue, Sire, que, lorsque le souverain est ambitieux et médite des entreprises injustes , l'artilBce et la mauvaise foi deviennent comme inévitables à ses ministres, ou pour cacher ses mauvais desseins, ou pour colorer ses injustices. Mais que le prince soit juste et craignant Dieu, la justice et la vérité suffiront alors pour soutenir un trône qu'elles-mêmes ont élevé ; l'habileté de ses ministres ne sera plus que dans leur équité et dans leur droiture : on ne donnera plus à la fraude et à la dissimulation les noms pompeux d'art de régner et de science des affaires. En un mot, donnez-moi des David et des Pharaon amis

du peuple de Dieu, et ils pourront avoir des Nathan et des Joseph pour leurs ministres.

C'est donc déshonorer la religion, dit saint Augustin*, de croire qu'elle ne doit pas être consultée dans le gouvernement des républiques et des empires. Hais c*est lui faire un égal outrage de prendre dans une piété mal entendue des motifs d*indécision et d*incerlitude qui entrevoient partout les apparences du mal, et qui opposent sans ceèse un fantôme de re^ ligion aux enli'eprises les plus justes et aux maximes les plus capitales.

C'est à la sagesse humaine et corrompue à être incertaine et timide; toujours enveloppée sous de fausses apparences, elle doit toujours craindre qu'un coup d'œil plus heureux ne la perce enfin et ne la démasque. Hais la sagesse qui vient du ctel nous rend plus décidés et plus tranquilles; on marche avec bien plus de sécurité quand on ne veut marcher que dans la lumière. L'homme vertueux tout seul a le droit d'aller la tète levée, et de défier la prudence timide et inceilaine de l'homme trompeur : une sainte fierté sied bien à la vérité.

Aussi, c'est se faire une fausse idée de la piété de se la figurer toujours timide, faible, indécise, scrupuleuse, bornée, se faisant un crime de ses devoirs, et une vertu de ses faiblesses; obligée d'agir, et n'osant entreprendre; toujours suspendue entre les intérêts publics et ses pieuses frayeurs, et ne faisant usage de la religion que pour mettre le trouble et la confusion où elle aurait dû mettre l'ordre et la règle. Ce sont là les défauts que les hommes mêlent souvent à la piété; mais ce ne sont pas ceux de la piété même. C'est le caractère d'un esprit faible et borné; mais ce n'est pas une suite de l'élévation et de la sagesse de la religion. En un mot, c'est l'excès de la vertu; mais la vertu finit toujours où l'excès commence.

Non, Sire, la piété véritable élève l'esprit, ennoblit le cœur, afiermit le courage. On est né pour de grandes choses quand on a la force de se vaincre soi-même. L'homme de bien est capable de tout dès qu'il a pu se mettre par la foi au-dessus de touf . C'est le hasard qui fait les héros; c'est une valeur de tous les

f. De eivilate Dit.

jours qui fait le juste. Les passions peuvent nous placer bien haut, mais il n'y a que la vertu qui nous élève au-dessus de nous-mêmes.

Quel règne, Sire, plus glorieux en Israël que celui de Salomon, tandis qu'il demeura fidèle à la loi de ses pères? quel gouvernement plus sage et plus absolu? Tous les raffinements de la politique ont-ils jamais poussé si loin l'art de régner et de conduire les peuples? Quelle gloire et quelle magnificence environnait son trône! La piété, en avilissait-elle la majesté? Quel prince vit jamais ses sujets plus soumis, ses voisins s'estimer plus heureux de son alliance, et des souverains à la tète de^ empires plus vastes et plus puissants que le sien , avoir pour sa personne des égards et des déférences qu'ils ne devaient pas à sa couronne ? Les sages des autres nations ne se regardaient-ils pas comme des insensés devant lui? Ne venait-on pas des contrées les plus éloignées, admirer l'ordre et l'harmonie qui lui faisait gouverner tous ses sujets comme un seul homme ? N'est-ce pas dans les préceptes divins qu'il nous a laissés que les princes apprennent encore tous les jours à régner? et la piété serait-elle Técueil du gouvernement, puisque c'est elle seule qui lui valut la sagesse?

Heureux s'il ne fût pas sorti de ses premières voies, et si les égarements de sa vieillesse n'eussent pas flétri la gloire de son règne, et altéré le bonheur de ses sujets! Ils ne commencèrent à éprouver des charges excessives, et ne cessèrent d'être heureux, que lorsqu'il cessa lui-même d'être fidèle à Dieu, et que, corrompu par les femmes étrangères, il ne mit plus de bornes à ses profusions et à l'oppression de ses peuples, et prépara à son fils le soulèvement qui sépara dix tribus du royaume de David, et leur donna un nouveau maître.

Hélas! les hommes, pour excuser leurs vices, cherchent à décrier la vertu : comme elle est incommode aux passions, ils voudraient se persuader quelle est funeste h la conduite des États et des empires, et lui opposer l'intérêt public, pour se cacher à soi-même l'intérêt personnel, qui seul en nous s'oppose à elle. La crainte du Seigneur est la seule source de la vérilablo sagesse; et ce qui met l'ordre dans Thomme peut seul le mettre dans les États.

TROISIÈME PARTIS

Enfin, rindécision et l'incertitude conduisent souvent au préjugé et à la surprise ; c'est le dernier écueil de la piété des grands.

Oui , mes frères» la piété a ses erreurs comme le vice. Plus on aime la vérité, plus tout ce qui se couvre de ses apparences peut nous séduire : la vertu, simple et sincère, juge des autres par elle-même. C'est presque toujours notre propre obliquité qui nous instruit à la défiance; on est moins en garde contre la fraude et Fartifice, quand on n'a jamais fait usage que de la droiture et de la simplicité ; et les justes sont plus exposés à être surpris, parce qu'ils ignorent eux-mêmes l'art de surprendre.

Mais c'est dans les grands surtout. Sire, que la piété doit craindre les préjugés et la surprise : outre que les suites en sont plus dangereuses, c'est que nés, disait autrefois Assuérus, plus droits et plus sincères, ils sont d'autant plus susceptibles de préjugés qu'ils aiment moins la peine de l'examen et l'embarras de la défiance, et qu'ils trouvent plus court et plus aisé de juger sur ce qu'on leur dit, que de l'approfondir et de s'en convaincre : dum aures principum sitnpltceSy et ex sua natura alios cesiimantes eallida fraude decipiunt^.

Et de combien de sortes de préjugés la piété dans les grands ne peut-elle pas les rendre capables ! préjugés de crédulité. C'est la piété elle-même qui ouvre souvent leurs oreilles à la malignité de la calomnie; et plus ils aiment la vertu, plus aisément on leur rend suspects de dissolution et de vices ceux qu'une basse jalousie a intérêt de perdre. Mais tout zèle qui cherche à nuire doit leur être suspect : la véritable piété, ou ne croit pas facilement le mal, ou, loin de le publier, le cache du moins, et l'excuse : elle ne cherche pas à rendre son frère odieux à ses maîtres, elle ne cherche qu'à le réconcilier avec Dieu; les délar tions secrètes se proposent plus le renversement de la fortune d'autrui que le règlement de ses mœurs; et d'ordinaire le délateur découvre plus ses propres vices que les vices de son frère.

Préjuges de confiance. L'hypocrite prend souvent auprès d'eux

la place de rbomme de bien ; ils donnent aux apparences de la piété l'accès , les places, la confiance, qui n'étaient dus qu'à la piété elle-même ; ils chargent de soins publics ceux qui, par leurs lumières bornées, n'étaient nés que pour vaquer aux fonctions les plus obscures. Des mœurs réglées tiennent lieu auprès d'eux des plus grands talents et des services les plus importants; et ils décrient la vertu par les faveurs mêmes dont ils l'honorent.

Enfin, préjugés de zèle. C'est ici où les princes les plus pieux ont trouvé souvent dans leur zèle même l'écueil de leur piété. Les Constantin , les Théodose, ont vu autrefois leur amour pour l'Église se tourner contre l'Église même, et favoriser Terreur par un zèle de la vérité. Les princes, Sire, ne doivent toucher à la religion que pour la protéger et pour la défendre : leur zèle n'est utile à l'Église que lorsqu'il est demandé par les pasteurs. Les sollicitations des dépositaires de la doctrine sont les seules qui doivent avoir du crédit auprès d'eux, lorsqu'il s'agit de la doctrine elle-même; toute autre voix que la voix unanime des pasteurs doit leur être suspecte. C'est ici où ils ne doivent se réserver que l'honneur de la protection, et leur laisser celui de la décision et du jugement. Les évéques sont leurs sujets ; mais ils sont leurs pères selon la foi. Leur naissance les soumet à l'autorité du trdne; mais sur les mystères de la foi, l'autorité du trdne fait gloire de se soumettre à celle de l'Église. Les princes n'en sont que les premiers enfants; et nos rois ont toujours regardé le titre de ses fils aînés comme le plus beau titre de leur couronne. Ils n'ont point d'autre droit que de faire exécuter ses décrets, et, en s'y soumettant les premiers, donner l'exemple de la soumission aux autres fidèles. Dès qu'ils ont voulu aller plus loin,* et usurper sur la doctrine un droit réservé au sacerdoce, ils ont aigri les maux de l'Église, loin d'y remédier; leurs tempéraments ont été de nouvelles plaies, et ont enfanté de nouveaux excès. Toutes les conciliations inventées pour calmer les esprits rebelles et les ramener à l'unité, les ont autorisés dans leur séparation et leur révolte; et leur autorité a toujours perpétué les erreurs quand elle a voulu se mêler toute seule de les rapprocher de la vérité. Ils peuvent environner l'arche et la garder comme David; mais ce n'est pas à eux à y porteries mains. Le trftne est élevé pour être l'appui et l'asile de la doc-

trille sainte; mais il ne doit jamais en être la règle, ni le tribunal d*où partent ses décisions.

Hélas ! si les passions et les intérêts humains n'environnaient pas le trône, sans doute la piété des souverains serait la plus sûre ressource de TÉglise ; mais sçuvent , ou Ton fait agir leur religion contre leurs propres intérêts , ou Ton se sert du vain prétexte de leurs intérêts pour les faire agir contre la religion même.

Les préjugés sont donc presque inévitables à la piété des grands ; mais c'est Tobstination dans le préjugé qui rend le mal plus incurable. II ne leur est pas honteux d'avoir pu être surpris. Hélas ! comment pourraient-ils s'en défendre? Tout ce qui les environne presque s'étudie à les tromper : est-il étonnant que l'attention se relâche quelquefois, et qu'ils puissent se laisser séduire ? L'artifice est plus habile et plus persévérant que la défiance ; il prend toutes les formes , et met à profit tous les moments : et quand tous ceux presque qui nous approchent ont intérêt que nous nous trompions , nos précautions elles-mêmes les aident souvent à nous conduire au piège.

Hais, Sire, s'il n'est pas honteux aux princes d'être surpris» malheur inévitable à l'autorité suprême, il leur est glorieux d'avouer qu'ils ont pu l'être. Rien n'est plus grand dans le souverain que de vouloir être détrompé, et d'avoir la force de convenir soi-même de sa méprise. Assuérus ne crut point déroger h la majesté de l'empire en déclarant, même par un édit public, que sa bonne foi avait été surprise par les artifices d'Aman. C'est un mauvais orgueil de croire qu'on ne peut avoir tort ; c'est une faiblesse de n'oser reculer quand on sent qu'on nous a fait faire une fausse démarche. Les variations qui nous ramènent au vrai affermissent l'autorité , loin de l'affaiblir. Ce n'est pas se démentir ([ue de revenir de sa méprise : ce n'est pas montrer aux peuples l'inconstance du gouvernement; c'est leur en étaler l'équité et la droiture. Les peuples savent assez et voient assez souvent que les souverains peuvent se tromper; mais ils voient rarement qu'ils sachent se désabuser, et convenir de leur méprise. Il ne faut pas craindre qu'ils respectent moins la puissance qui ^voue son tort et qui se condamme elle-même ; leur respect ne s*affaiblit qu'envers celle ou qui ne le sonnait pas, ou qui le justifie;

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et dans leur esprit rien ne déshonore Fautorité que la faiblesse qui se laisse surprendre» et la mauvaise gloire qui croirait s'avilir en convenant de son erreur et de sa surprise.

Sire, fermez l'oreille aux mauvais conseils et aux insinuations dangereuses de Tadulation : mais comme elles se couvrent du voile du bien public, et que tôt ou tai*d elles trouvent accè auprès du trône, si Tinatlention vous les a fait suivre, que l'intérêt seul de votre gloire, quand vous serez détrompé, vous les lasse à l'instant désavouer. Il est encore plus glorieux d'avouer sa surprise que de n'avoir pas été surpris. Rien n'est plus beau dans le souverain qui ne dépend de personne, que de vouloir toujours dépendre de la vérité. On craindra de vous en imposer, quand l'imposture et l'adulation démasquée n'aura plus à attendre que votre désaveu et votre colère. C'est l'orgueil des rois tout seul qui autorise et enhardit les adulations et les mauvais conseils ; et s'il est vrai que ce sont d'ordinaire les adula-* leurs qui font les mauvais rois, il est encore plus vrai que ce sont les mauvais rois qui forment et multiplient les adulateurs.

C'est en évitant ces écucils que la piété des grands deviendra respectable, qu'ils lui rendront la gloire et la dignité que les dérisions du monde ou les faiblesses de la fausse vertu lui ont presque ôtées, et qu'on n'entendra plus se perpétuer parmi les hommes ce blasphème si injurieux à la religion : Que les princes pieux sont les moins propres à gouverner, et que la piété peut en faire de grands saints, mais qu'elle n'en fera jamais de grands rois.

Puissent ces discours licencieux. Sire, ne jamais blesser l'innocence de vos oreilles ! Hais si Fadulation ose les porier un jour jusques au pied de votre trône, qu'il en sorte des éclairs et des foudres , pour confondre ces ennemis de la religion et de votre véritable gloire! Écoutez ces adulations impies comme des blasphèmes contre la majesté des rois, comme des outrages faits à vos plus glorieux ancêtres, aux Charlemagne, aux saint Louis, à votre auguste bisaïeul. C'est par une piété tendre et sincère qu'ils devinrent de grands rois. Leur zèle pour la religion les a encore plus illustrés que leurs victoires. Les louanges que l'Église leur donnera à jamais dureront autant que l'Église elle-même. Leurs grandes actions, ou auraient été ensevelies

dans la révolution des temps, ou n'eussent eu qu'un éclat vulgaire , si la piété ne les eût immortalisées.

Soyez, Sire, comme eux le défenseur de la gloire de Dieu, et il ne permettra pas que la vôtre s'efface jamais de la mémoire des hommes. Justifiez, en vous proposant ces grands modèles, que la piété ne déshonore point les rois ; que les passions toutes seules avilissent le trdne et dégradent le souverain ; qu'on n'est pas digne de régner quand on ne règne pas sur soi-même ; et que, pour être dans les âges si ivants aussi grand qu'eux aux yeux des hommes, il faut avoir été, comme eux , fidèle à Dieu.

Grand Dieu ! plus le trône est environné de pièges , plus les rois ont besoin que vous les environniez de votre protection et des secours de votre grande miséricorde. Mais plus une tendre jeunesse et une enfance délaissée à elle-même et à tous les périls delà royauté expose cet enfant auguste, plus il doit devenir l'objet de vos soins et de votre tendresse paternelle.

Armez de bonne heure l'innocence de son cœur contre les dérisions qui avilissent la piété , et contre les écueils de la piété même; donnez-lui ces vertus qui sanctifient l'homme, et qui font en même temps le grand roi ; faites qu'il respecte ceux qui vous servent, et qu'il serve lui-même le Dieu de ses pères avec cette majesté qui seule peut rendre les rois respectables.

Jetez les yeux sur lui du haut du ciel, grand Dieu; et voyez ici à vos pieds cet enfant auguste et précieux, la seule ressource de la monarchie, l'enfant de l'Europe, le gage sacré de la paix des peuples et des nations. Les entrailles de votre miséricorde n'en sont-elles pas émues? regardez-le, grand Dieu, avec les yeux et la tendresse de toute la nation.

Écoutez la première voix de son cœur innocent, qui vous dit ici, comme autrefois un saint roi : Dieu de mes pères, regardezmoi ; laissez-vous toucher de pitié à la vue des périls que mon âge et mon rang me préparent , et qui vont m'entourer de toutes parts au sortir de l'enfance : Respice in me y et miserere met^. Soyez vous-même le défenseur de mon trône et de ma jeunesse. Conservez l'empire à l'enfant de tant de rois, et qui ne connaît pas de titre plus glorieux que d'être le premier-né de vos enfants : dfa imperium puero tuo.

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