‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 22 sur 105 · AGAMEMNON , CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON , CLYTEMNESTRE

OLYTEMNESTRE.

Oui, seigneur, nous partions; et mon juste courroux Laissait bientôt Achille et le camp loin de nous;

Ma fille dans Argos courait pleurer sa honte.

Mais lui-même, étonné d’une fuite si prompte,

Par combien de serments, dont je n’ai pu douter* Vient-il de me convaincre, et de nous arrêter 1 Il presse cet hymen qu’on prétend qu’il diffère,

Et vous cherche, brûlant d’amour et de colère;

Près d’imposer silence à ce bruit imposteur,

Achille en veut connaître et confondre l’auteur. Bannissez ces soupçons qui troublaient notre joie.

AGAMEMNON

Madame, c’est assez; je consens qu’on le croie, le reconnais l’erreur qui nous avait séduits,

El ressens votre joie autant que je le puis.

Vous voulez que Calchas l’unisse à ma famille;

Vous pouvez à l’autel envoyer votre fille;

Je l’attends. Mais, avant que de passer plus loin, J’ai voulu vous parler un moment sans témoin.

Vous voyez en quels lieux vous l’avez amenée:

Tout y ressent la guerre, et non point l’hyménée:

La tumulte d’un camp, soldats et matelots.

ItPHIGÉNIE EN AULIDE

Un autel hérissé de dards, de javelots,

Tout ce spectacle enfin, pompe digne d’Achille,* Pour attirer vos yeux n’est point assez tranquille.

Et les Grecs y verraient l’épouse de leur roi Dans un état indigne et de vous et de moi.

M’en croirez-vous? Laissez, de vos femmes suivie^

À cet hymen sans vous marcher Iphigénie.

CLYTEMNESTRE

Qui? moi l que, remettant ma fille en d’autres bra&j Ce que j’ai commencé, je ne l’achève pas !

Qu’après l’avoir d’Argos amenée en Aulide,

Je refuse à l’autel de lui servir de guide l Dois-je donc de Calchas être moins près que vous?

Et qui présentera ma fille à son époux?

Quelle autre ordonnera cette pompe sacrée?

AGAMEMNON

Vous n’êtes point ici dans le palais d’Atrée :

Vous êtes dans un camp...

CLYTEMNESTRE

Où tout vous est soumis-; Où le sort de l’Asie en vos mains est remis;

Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière;

Où le fils de Thétis va m’appeler sa mère.

Dans quel palais superbe et plein de ma grandeur Puis-je jamais paraître avec plus de splendeur?

AGAMEMNON

Madame, au nom des dieux auteurs de notre race, Daignez à mon amour accorder cette grâce.

J’ai mes raisons.

CLYTEMNESTRE

Seigneur, au nom des mêmes dieux* D’un spectacle si doux ne privez point mes yeux.

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