‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 37 sur 105 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE , ?IPHIGÉNI^

ÆGINE.

CLYTEMNESTRE

Venez, venez, ma fille, on n’altend plus que vous; Venez remercier un père qui vous aime,

Et qui veut à l’autel vous conduire lui-même.

AGAMEMNON

Que vois-je? Quel discours! Ma fille, vous pleurez,

Et baissez^devant moi vos veux mal assurés ;

Quel trouble ! Mais tout pleure, et la fille et la mère. Ah ! malheureux Areas, tu m’as trahi !

IPHIGÉNIE

Mon père,

Cessez de vous troubler, vous n’êtes point trahi :

Quand vous commanderez, vous serez obéi.

Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre :

Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre* D’un œil aussi content, d’un cœur aussi soumis Que j’acceptais l’époux que vous m’aviez promis,

Je saurai, s’il le faut, victime obéissante,

Tendre au fer de Calchas une tête innocente;

Et, respectant le coup par vous-même ordonné,

Vous rendre tout le sang que vous m’avez donné..

Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d’une autre récompense;

Si d’une mère en pleurs vous plaignez les ennui%

J’ose vous dire ici qu’en l’état où je suis Peut-être assez d’honneurs environnaient ma vi©

60 IPHIGÉNIE EN AULIDE

Pour ne pas souhaiter qu’elle me fût ravie,

Ni qu’en me l’arrachant, un sévère destin,

Si près de ma naissance en eût marqué la fin.

Fille d’Agamemnon, c’est moi qui la première, Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père;

C’est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux, Vous ai fait de ce nom remercier les dieux,

Et pour qui, tant de fois prodiguant mes caresses, Vous n’avez point du sang dédaigné les faiblesses. Hélas ! avec plaisir je me faisais conter Tous les noms des pays que vous allez dompter;

Et déjà, d’Ilion présageant la conquête,

D’un triomphe si beau je préparais la fête.

Je ne m’attendais pas que, pour le commencer,

Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.

Non que la peur du coup dont je suis menacée Me fasse rappeler votre bonté passée;

Ne craignez rien ; mon cœur, de votre honneur jaloux Ne fera point rougir un père tel que vous;

Et, si je n’avais eu que ma vie à défendre,

J’aurais su renfermer un souvenir si tendre;

Mais à mon triste sort, vous le savez, seigneur,

Une mère, un amant, attachaient leur bonheur.

Un roi digne de vous a cru voir la journée Qui devait éclairer notre illustre hyménée ;

Déjà, sûr de mon cœur à sa flamme promis,

Il s’estimait heureux ; vous me l’aviez permis.

Il sait votre dessein ; jugez de ses alarmes.

Ma mère est devant vous ; et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efiorts que je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

AGAMEMNON

Ma fille, il est trop vrai, j'ignore pour quel crime La colère des dieux demande une victime :

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