ACTE IV, SCÈNE V
Tous les droits de l’empire en vos mains confiés, Cruel ! c’est à ces dieux que vous sacrifiez ;
Et, loin de repousser le coup qu’on vous prépare, Vous voulez vous en faire un mérite barbare :
Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous envier, De votre propre sang vous courez le payer;
Et voulez, par ce prix, épouvanter l’audace De quiconque vous peut disputer votre place. Est-ce donc être père? Ah! toute ma raison Cède à la cruauté de cette trahison*
Un prêtre, environné d’une foule cruelle,
Portera sur ma fille une main criminelle,
Déchirera son sein, et, d’un œil curieux,
Dans son cœur palpitant consultera les dieux!
Et moi, qui l’amenai triomphante, adorée,
Je m’en retournerai seule et désespérée !
Je verrai les chemins encor tout parfumés Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés î Non, je ne l’aurai point amenée au supplice,
Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.
Ni crainte ni respect ne m’en peut détacher :
De mes bras tout sanglants il faudra l’arracher. Aussi barbare époux qu’impitoyable père,
Venez, si vous l’osez, la ravir à sa mère.
Et vous, rentrez, ma fille, et du moins à mes lois Obéissez encor pour la dernière fois