ACTE IV, SCÈNE VI
Qu’il poursuive, s’il veut, son épouse enlevée;
Qu’il cherche une victoire à mon sang réservée,
Je ne connais Priam, Hélène, ni Paris;
Je voulais votre fille, et ne pars qu’à ce pris.
AGAMEMNON
Fuyez donc : retournez dans votre Thessalie.
Moi-même je vous rends le serment qui vous lis.
Assez d’autres viendront, à mes ordres soumis,
Se couvrir des lauriers qui vous lurent promis;
Et, par d’heureux exploits forçant la destinée, Trouveront d’Uion la fatale journée.
J’entrevois vos mépris, et juge, à vos discours,
Combien j’achèterais vos superbes secours.
De la Grèce déjà vous vous rendez l’arbitre :
Ses rois, à vous ouïr, m’ont paré d’un vain titre.
Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois,
Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois. Un bienfait reproché tint toujours lieu d’offense;
Je veux moins de valeur, et plus d’obéissance.
Fuyez. Je ne crains point votre impuissant courroux;
Et je romps tous les nœuds qui m’attachent à vous.
Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère : D’Iphigénie encor je respecte le père.
Peut-être, sans ce nom, le chef de tant de rois M’aurait osé braver pour la dernière fois.
Je ne dis plus qu’un mot; c’est à vous de m’entendre. J’ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre;
Pour aller jusqu’au cœur que vous voulez percer,
Voilà par quels chemins vos coups doivent passer*.
IPHIGÉNIE EN AULID9