ACTE y, SCÈNE III
Sous quel astre cruel avez- vous mis au jour Le malheureux objet d’une si tendre amour!
Mais que pouvez-vous faire en l’état où nous sommes? Vous avez à combattre et les dieux et les hommes. Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous? N’allez point, dans un camp rebelle à votre époux, Seule à me retenir vainement obstinée,
Par des soldats peut-être indignement traînée, Présenter, pour tout fruit d’un déplorable effort,
Un spectacle à mes yeux plus cruel que la mort.
Allez; laissez aux Grecs achever leur ouvrage,
Et quittez pour jamais un malheureux rivage;
Du bûcher qui m’attend, trop voisin de ces lieux,
La flamme de trop près viendrait frapper vos yeux. Surtout, si vous m’aimez, par cet amour de mère,
Ne reprochez jamais mon trépas à mon père.
CLYTEMNESTRE
Lui, par qui votre cœur à Calchas présenté...
IPHIGÉNIE
Pour me rendre à vos pleurs que n’a-t-il point tenté?
CLYTEMNESTRE
Par quelle trahison le cruel m’a déçue !
IPHIGÉNIE
Il me cédait aux dieux dont il m’avait reçue.
Ma mort n’emporte pas tout le fruit de vos feux :
De l’amour qui vous joint vous avez d’autres nœud» Vos yeux me reverront dans Oreste, mon frère. Puisse-t-il être, hélas 1 moins funeste à sa mère!
D’un peuple impatient vous entendez la voix.
Daignez m’ouvrir vos bras pour la dernière fois, Madame; et, rappelant votre vertu sublime... Eurybate, à l’autel conduisez la victime.
IPHIGÉNIE EN AULIDE