‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 65 sur 105 · ACTE I, SCÈNE Iï · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE Iï

Percer ce triste cœur qu’on veut tyranniser,

St dont jamais encor je n’ai pu disposer.

XIPHARÈS

Madame, assurez-vous de mon obéissance;

Vous avez dans ces lieux une entière puissance : Pharnace ira, s’il veut, se faire craindre ailleurs.

Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs,

MONIME

Hé ! quel nouveau malheur peut affliger Monime, Seigneur?

XIPHARÈS

Si vous aimer c’est faire un si grand crime, Pharnace n’en est pas seul coupable aujourd’hui;

Et je suis mille fois plus criminel que lui.

MONIME

Vous !

XIPHARÈS

Mettez ce malheur au rang des plus funestes; Attestez, s’il le faut, les puissances célestes Contre un sang malheureux, né pour vous tourmenter, Père, enfants, animés à vous persécuter;

Mais, avec quelque ennui que vous puissiez apprendra Cet amour criminel qui vient de vous surprendre,

Jamais tous vos malheurs ne sauraient approcher Des maux que j’ai soufferts en le voulant cacher.

Ne croyez point pourtant que, semblable à Pharnace,

Je vous serve aujourd’hui pour me mettre en sa place” Vous voulez être à vous, j’en ai donné ma foi,

Et vous ne dépendrez ni de lui ni de moi.

Mais, quand je vous aurai pleinement satisfaite,

En quels lieux avez- vous choisi votre retraite?

Sera-ce loin, madame, ou près de mes Etats?

M1TERIDATE

Me sera-t-il permis d’y conduire vos pas? Verrez-vous d’un môme œil le crime et l’innocence? En fuyant mon rival, fuirez-vous ma présence I Pour prix d’avoir si bien secondé vos souhaits, Faudra-t-il me résoudre à ne vous voir jamais?

MONIME

Ah! que m’apprenez-vous?

XIPHARÈS

Hé quoi! belle Monime, Si le temps peut donner quelque droit légitime, Faut-il vous dire ici que le premier de tous Je vous vis, je formai le dessein d’être à vous, Quand vos charmes naissants, inconnus à mon père* N’avaient encor paru qu’aux yeux de votre mère?

Ah ! si, par mon devoir forcé de vous quitter,

Tout mon amour alors ne put pas éclater,

Ne vous souvient-il plus, sans compter tout le reste. Combien je me plaignis de ce devoir funeste?

Ne vous souvient-i! plus, en quittant vos beaux yeux* Quelle vive douleur attendrit mes adieux?

Je m’en souviens tout seul : avouez-le, madame,

Je vous rappelle un songe effacé de votre âme. Tandis que, loin de vous, sans espoir de retour,

Je nourrissais encore un malheureux amour,

Contente, et résolue à l’hymen de mon père,

Tous les malheurs du fils ne vous affligeaient guère.

MONIME

Hélas l

XIPHARÈS

Avez-vous plaint un moment mes ennuis ? MONIME.

Prince... n’abusez point de l’état où je suis.

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