‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 68 sur 105 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Le roi, qui m’attendait au sein de ses Etats,

Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas,

Et, tandis que la guerre occupait son courage, M’envoya dans ces lieux éloignés de l’orage.

J’y yins : j’y suis encor. Mais cependant, seigneur, Mon père paya cher ce dangereux honneur :

Et les Romains vainqueurs, pour première victime, Prirent Philopœmen, le père de Monime.

Sous ce titre funeste il se vit immoler;

Et c’est de quoi, seigneur, j’ai voulu vous parler. Quelque juste tureur dont je sois animée,

Je ne puis point à Rome opposer une armée :

Inutile témoin de tous ses attentats,

Je n’ai pour me venger ni sceptre ni soldats ;

Enfin, je n’ai qu’un cœur. Tout ce que je puis faire C’est de garder la foi que je dois à mon père,

De ne point dans son sang aller tremper mes main# En épousant en vous l’allié des Romains.

PHARNACE

Que parlez-vous de Rome et de son alliance? Pourquoi tout ce discours et cette défiance?

Qui vous dit qu’avec eux je prétends m’allier?

MONIME

Mais vous-même, seigneur, pouvez- vous le nier? Comment m’offririez-vous l’entrée et la couronne D’un pays que partout leur armée environne,

Si le traité secret qui vous lie aux Romains Ne vous en assurait l’empire et les chemins?

PHARNACE

De mes intentions je pourrais vous instruire,

Et je sais les raisons que j’aurais à vous dire,

Si, laissant en effet les vains déguisements,

Vous m’aviez expliqué vos secret# sentiments;

MITHRTDATK

Mais enfin je commence, après tant de traverses. Madame, à rassembler vos excuses diverses;

Je crois voir l’intérêt que vous voulez celer,

Et qu’un autre qu’un père ici vous fait parler.

XIPHARÈS

Quel que soit l’intérêt qui fait parler la reine,

La réponse, seigneur, doit-elle être incertaine?

Et contre les Romains votre ressentiment Doit-il pour éclater balancer un moment?

Quoi! nous aurons d’un père entendu la disgrâce;

Et, knts à le venger, prompts à remplir sa place, Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli?

Il est mort ; savons-nous s’il est enseveli ?

Qui sait si, dans le temps que votre âme empressée Forme d’un doux hymen l’agréable pensée,

Ce roi, que l’Orient, tout plein de ses exploits,

Peut nommer justement le dernier de ses rois,

Dans ses propres Etats, privé de sépulture,

Ou couché sans honneur dans une foule obscure, N’accuse point le ciel qui le laisse outrager,

Et deux indignes fils qui n’osent le venger?

Ah ! ne languissons plus dans un coin du Bosphore ; Si dans tout l’univers quelque roi libre encore,

Parthe, Scyte ou Sarmate, aime sa liberté,

Voilà nos alliés : marchons de ce côté.

Vivons, ou périssons dignes de Mithridate ;

Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous fiatt A défendre du joug et nous et nos Etats,

Qu’à contraindre des cœurs qui ne se donnent pat

PHARNACE

Il sait vos sentiments. Me trompais-je, madame? Voilà cet intérêt si puissant sur votre âme,

Ce père, ces Romains que vous me reprochez.

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