‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 89 sur 105 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MITHRIDATE

Je ne le croirai point? Vain espoir qui me flatte?

Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridatei Xipharès mon rival? et, d’accord avec lui,

La reine aurait osé me tromper aujourd’hui?

Quoi 1 de quelque côté que je tourne la vue,

La foi de tous les cœurs est pour moi disparue î Tout m’abandonne ailleurs ! tout me trahit ici ! Pharnace, amis, maîtresse; et toi, mon fils, aussi! Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce...

Mais ne connais-je pas le perfide Pharnace?

Quelle faiblesse à moi d’en croire un furieux

MITHRIDATE

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Qu’arme contre son frère un courroux envieux,

Ou dont le désespoir, me troublant par des fables, Grossit, pour se sauver, le nombre des coupables !

Non, ne l’en croyons point 1 et, sans trop nous presser. Voyons, examinons. Mais par où commencer?

Qui m’en éclaircira? quels témoins? quel indice?...

Le ciel en ce moment m’inspire un artifice.

Qu’on appelle la reine. Oui, sans aller plus loin,

Je veux l’ouïr : mon choix s’arrête à ce témoin.

L’amour avidement croit tout ce qui le flatte.

Qui peut de son vainqueur mieux parler que l’ingrate? Voyons qui son amour accusera des deux.

S’il n’est digne de moi, le piège est digne d’eux. Trompons qui nous trahit: et, pour connaître un traître, Il n’est point de moyens... Mais je la vois paraître : Feignons; et de son cœur, d’un vain espoir flatté,

Par un mensonge adroit tirons la vérité.

SCÈfiS V

MONIMfî , MITHRIDATE.

MITHRIDATE

Enfin j’ouvre les yeux, et je me fais justice;

C’est faire à vos beautés un triste sacrifice,

Que de vous présenter, madame, avec ma foi,

Tout l’âge et le malheur que je traîne avec moi. Jusqu’ici la fortune et la victoire mêmes Cachaient mes cheveux blancs sous trente diadèmes. Mais ce tempS'*.à n’est plus. Je régnais, et je fuis. Mes ans se sont accrus; mes honneurs sont détruit» j Et mon front, dépouillé d’un si noble avantage,

Du temps qui l’a flétri laisse voir tout l’outrage. D’ailleurs mille desseins partagent mes esprits :

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