SCÈNE PREMIÈRE
MONIME, PHOEDIME.
MONIME
Phœdime, au nom des dieux, fais ce que je désire z Va voir ce qui se passe, et reviens me le dire.
Je ne sais ; mais mon cœur ne se peut rassurer :
Mille soupçons affreux viennent me déchirer.
Que tarde Xipharès? et d’où vient qu’il diffère À seconder des vœux qu’autorise son père ?
Son père, en me quittant, me l’allait envoyer...
Mais il feignait peut-être. Il fallait tout nier.
Le roi feignait! Et moi, découvrant ma pensée...
O dieux! en ce péril m’auriez-vous délaissée?
Et se pourrait-il bien qu’à son ressentiment Mon amour indiscret eût livré mon amant?
Quoi, prince! quand tout plein de ton amour extrême Pour savoir mon secret tu me pressais toi-mêmev Mes refus trop cruels vingt fois te l’ont caché ;
Je t’ai même puni de l’avoir arraché :
Et quand de toi peut-être un père se défie,
Que dis-je? quand peut-être il y va de ta vie.
Je parle; et trop facile à me laisser tromper,
Je lui marque le cœur où sa main doit frapper?
PHŒDIME.
Kh\ traitez-le, madame, avec plus de justice;
Un grand roi descend-il jusqu’à cet artifice?
M1THRIDATE
A prendre ce détour qui l’aurait pu forcer?
Sans murmure à l’autel vous l’alliez devancer. Youlait-il perdre un fils qu’il aime avec tendresse? Jusqu’ici les eifets secondent sa promesse :
Madame, il vous disait qu’un important dessein, Malgré lui, le forçait à vous quitter demain :
Ce seul dessein l’occupe; et, hâtant son voyage, Lui-même ordonne tout, présent sur le rivage ;
Ses vaisseaui en tous lieux se chargent de soldats, Et partout Xipharès accompagne ses pas.
D’un rival en fureur est-ce là la conduite?
Et voit-on ses discours démentis par la suite?
MONIME
Pharnace, cependant, par son ordre arrêté,
Trouve en lui d’un rival toute la dureté.
Phædime, à Xipharès fera-t-il plus de grâce?
PHŒDIME.
C’est l’ami des Romains qu’il punit en Pharnace : L’amour a peu de part à ses justes soupçons.
MONIME
Autant que je le puis, je cède à tes raisons ;
Elles calment un peu l’ennui qui me dévore.
Mais pourtant Xipharès ne paraît point encore.
PHŒDIME.
Vaine erreur des amants, qui, pleins de leurs désirs Voudraient que tout cédât au soin de leurs plaisirs! Qui, prêts à s’irriter contre le moindre obstacle...
MONIME
Ma Phædime, ehl qui peut concevoir ce miracle? Après deui ans d’ennuis, dont tu sais tout le poids, Quoi! je puis respirer pour la première foisl