ACTE II, SCÈNE II
Sur mon propre destin je viens vous consulter.
Déjà même je crois entendre la réponse Qu’en secret contre moi votre haine prononce.
hermione
Hé quoi! toujours injuste en vos tristes discours.
De mon inimitié vous plaindrez-vous toujours?
Quelle est cette rigueur tant de fois alléguée ?
J’ai passé dans l’Epire où j’étais reléguée;
Mon père l’ordonnait ; mais qui sait si depuis Je n’ai point en secret partagé vos ennuis?
Pensez-vous avoir seul éprouvé des alarmes ;
Que l’Epire jamais n’ait vu couler mes larmes ?
Enfin, qui vous a dit que, malgré mon devoir,
Je n'ai pas quelquefois souhaité de vous voir ?
ORESTE
Souhaité de me voir? Ah ! divine princesse...
Mais, de grâce, est-ce à moi que ce discours s’adresse ? Ouvrez vos yeux ; songez qu’Oreste est devant vous, Orestc, si longtemps l’objet de leur courroux.
Oui, c’est vous dont l’amour naissant avec leurs charmes, Leur apprit le premier le pouvoir de leurs armes ;
Vous que mille vertus me forçaient d’estimer ;
Vous, que j’ai plaint, enfin que je voudrais aimer.
ORESTE
Je vous entends. Tel est mon partage funeste ;
Le cœur est pour Pyrrhus, et les vœux pour Oreste.
ANDROMAQUE
HERMIONE
Ab ! ne souhaitez pas le destin de Pyrrhus,
Je vous haïrais trop.
ORESTE
Vous m’en aimeriez plus.
Ah ! que vous me verriez d’un regard bien contraire ! Vous me voulez aimer, et je ne puis vous plaire;
Et, l’amour seul alors se faisant obéir,
Vous m’aimeriez, madame, en me voulant haïr.
O ! dieux! tant de respects, une amitié si tendre,
Que de raisons pour moi, si vous pouviez m’entendre! Vous seule pour Pyrrhus disputez aujourd’hui,
Peut-être malgré vous, sans doute malgré lui ;
Car enfin il vous hait; son âme, ailleurs éprise.
N’a plus...
HERMIONE
Qui vous l’a dit, seigneur, qu’il me méprise \ Ses regards, ses discours vous l’ont-ils donc appris ? Jugez-vous que ma vue inspire des mépris ;
Qu’elle allume en un cœur des feux si peu durables ? Peut-être d’autres yeux me sont plus favorables.
ORESTE
Poursuivez ; il est bon de m’insulter ainsi.
Cruelle, c’est donc moi qui vous méprise ici?
Vos yeux n’ont pas assez éprouvé ma constance ?
Je suis donc un témoin de leur peu de puissance?
Je les ai méprisés ! Ah ! qu’ils voudraient bien voir Mon rival eomme moi mépriser leur pouvoir!