ACTE III, SCÈNE Yl
Sa grâce à vos désirs pouvait être accordée;
Mais vous ne l’avez pas seulement demandée.
C’en est fait.
ANDROMAQTJE.
Ah! seigneur, vous entendiez assez Des soupirs qui craignaient de se voir repoussés. Pardonnez à l’éclat d’une illustre fortune Ce reste de fierté qui craint d’être importune. Vous ne l’ignorez pas : Andromaque,sans vous, N'aurait jamais d’un maître embrassé les genoux.
PYRRHUS
Non, vous me haïssez; et dans le fond de l’âme Vous craignez de devoir quelque chose à ma flamme. Ce fils même, ce fils, l’objet de tant de soins,
Si je l’avais sauvé, vous l’en aimeriez moins.
La haine, le mépris, contre moi tout s’assemble; Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble. Jouissez à loisir d’un si noble courroux.
Allons, Phœnix.
ANDROMAQUE
Allons rejoindre mon époux.
CÉPHISE
Madame...
ANDROMAQUE, à Céphise.
Et que veux-tu que je lui dise encore ? Auteur de tous mes maux, crois-tu qu’il les ignore.
ANDROMAQUE
(. A Pyrrhus.)
Seigneur, voyez l’état où vous me réduisez :
J’ai vu mon père mort et nos murs embrasés :
J’ai vu trancher les jours de ma famille entière,
Et mon époux sanglant traîné sur la poussière.
Son fils, seul avec moi, réservé pour les fers;
Mais que ne peut un fils! je respire, je sers.
J’ai fait plus : je me suis quelquefois consolée Qu’ici plutôt qu’ailleurs le sort m’eût exilée; Qu’heureux dans son malheur le fils de tant de rois. Puisqu’il devait servir, fût tombé sous vos lois;
J’ai cru que sa prison deviendrait son asile.
Jadis Priam soumis tut respecté d’Achille : J’attendais de son fils encor plus de bonté. Pardonne, mon Hector! à ma crédulité;
Je n’ai pu soupçonner ton ennemi d’un crime ; Malgré lui-même enfin je l’ai cru magnanime.
Ah ! s’il l’était assez pour nous laisser du moins Au tombeau qu’à ta cendre ont élevé mes soins;
Et que, finissant là sa haine et nos misères,
Il ne séparât point des dépouilles si chères'
Y a m’attendre, Phœnix.