‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. BritannicusChapitre 46 sur 108 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Vous vous abandonniez au crime en criminel.

Est-il juste après tout, qu’un conquérant s’abaisse Sous la servile loi de garder sa promesse ?

Non, non, la perfidie a de quoi vous tenter ;

Et vous ne me cherchez que pour yous en vanter. Quoi ! sans que ni serment ni devoir vous retienne, Rechercher une Grecque, amant d’une Troyenne !

Me quitter, me reprendre, et retourner encor De la fille d’Hélène à la veuve d’Hector !

Couronner tour à tour l’esclave et la princesse f Immoler Troie aux Grecs, au fils d’Hector la Grèce, Tout cela part d’un cœur toujours maître de soi,

D’un héros qui n’est point esclave de sa foi.

Pour plaire à votre épouse, il vous faudrait peut-être Prodiguer les doux noms de parjure et de traître. Vous venez de mon front observer la pâleur,

Pour aller dans ses bras rire de ma douleur.

Pburante après son char vous voulez qu’on me voie, Mais, seigneur, en un jour ce serait trop de joie ;

Et sans chercher ailleurs des titres empruntés,

Ne vous suffit-il pas de ceux que vous portez ?

Du vieux père d’Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue,

Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l’âge avait glacé;

Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée; De votre propre main Polyxène égorgée Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous, Que peut-on refuser à ces généreux coups ?

PYRRHUS

Madame, je sais trop à quel excès de rage

ANDROMAQUE

La vengeance d’Hélène emporta mon courage;

Je puis me plaindre à vous du sang que j’ai versé : Mais enfin je consens d’oublier le passé.

Je rends grâces au ciel que votre indifférence De mes heureux soupirs m’apprenne l’innocence ;

Mon cœur, je le vois bien, trop prompt à se gêner Devait mieux se connaître et mieux s’examiner.

Mes remords vous faisaient une injure mortelle.

Il faut se croire aimé pour se croire infidèle.

Vous ne prétendiez point m’arrêter dans vos fers;

J’ai craint de vous trahir, peut-être je vous sers.

Nos cœurs n’étaient pas faits dépendant l’un de' l’autre Je suivais mon devoir, et vous cédiez au vôtre.

Rien ne vous engageait à m’aimer en effet.

HERMIONE

Je ne t’ai point aimé, cruel! qu’ai-je donc fait?

J’ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes ; Je t’ai cherché moi-même au fond de tes provinces; J’y suis encor, malgré tes infidélités,

Et malgré tous mes Grecs, honteux de mes bontés; Je leur ai commandé de cacher mon injure; J’attendais en secret le retour d’un parjure;

J’ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu.

Tu me rapporterais un cœur qui m’était dû.

Je t’aimais inconstant ; qu’aurais-je fait fidèle ?

Et même en ce moment, où ta bouche cruelle Vient si tranquillement m’annoncer le trépas,

Ingrat, je doute encor si je ne t’aime pas.

Mais, seigneur, s’il le faut, si le ciel en colère Réserve à d’autres veux la gloire de vous plaire,

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