‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. BritannicusChapitre 52 sur 108 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

ORESTE

Pardonnez à leur impatience :

Ils ont, je le vois bien, trahi votre vengeance;

Vous vouliez que ma main portât les premiers coups, Qu’il sentît en mourant qu’il expirait pour vous.

Mais c’est moi dont l’ardeur leur a servi d’exemple :

Je les ai pour vous seule entraînés dans le temple, Madame ; et vous pouvez justement vous flatter D’une mort que leurs bras n’ont fait qu’exécuter,

Vous seule avez poussé les coups...

HERMIONE

Tais-toi, perfide,

Et n’impute qu’à toi ton lâche parricide.

Va faire chez tes Grecs admirer ta fureur.

Va; je la désavoue, et tu me fais horreur.

Barbare, qu’as-tu fait? avec quelle furie As-tu tranché le cours d’une si belle vie?

Avez-vous pu, cruels, l’immoler aujourd’hui Sans que tout votre sang se soulevât pour lui?

Mais parle : de son sort qui t’a rendu l’arbitre? Pourquoi l’assassiner? qu’a-t-il fait? à quel titre?

Qui te l’a dit ?

ORESTE

Oh! dieux! quoi! ne m’avez-vous pas.

Vous-même, ici, tantôt, ordonné son trépas ?

HERMIONE

Ali! fallait-il en croire une amante insensée?

Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée?

ANDROMAQUE

Et ne voyais- tu pas, dans mes emportements,

Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments ’ Quand je l’aurais voulu, fallait-il y souscrire ?

N’as-tu pas dû cent fois te le faire redire?

Toi-même avant le coup me venir consulter ?

Y revenir encore, ou plutôt m’éviter?

Que ne me laissais-tu le soin de ma vengeance?

Qui t’amène en des lieux où l’on fuit ta présence ?

Voilà de ton amour le détestable fruit :

Tu m’apportais, cruel, le malheur qui te suit.

C’est toi dont l’ambassade, à tous les deux fatale;

L’a fait pour son malheur pencher vers ma rivale.

Nous le verrions encor nous partager ses soins;

Il m’aimerait peut-être, il le feindrait du moins.

Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Epire;

Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire;

A toute ma famille; et c’est assez pour moi,

Traître, qu’elle ait produit un monstre tel que toi.

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