ACTE I, SCÈNE I
La fléchir, l’enlever, ou mourir à scs yeux.
Toi qui connais Pyrrhus, que penses-tu qu’il fasse ? Dans sa cour, dans son cœur, dis-moi ce qui se passe? Mon Hermione encor le tient-elle asservi?
Me rendra-t-il, Pylade, un bien qu’il m’a ravi ?
PYLADE
Je vous abuserais si j’osais vous promettre Qu’entre vos mains, seigneur, il voulût la remettre ;
Non que de sa conquête il paraisse flatté.
Pour la veuve d’Hector ses feux ont éclaté;
Il l’aime ; mais enfin cette veuve inhumaine N’a payé jusqu’ici son amour que de haine;
Et chaque jour encore on lui voit tout tenter Pour fléchir sa captive ou pour l’épouvanter.
De son fils qu’il lui cache il menace la tête,
Et fait couler des pleurs qu’aussitôt il arrête.
Hermione elle-même a vu plus de cent fois Cet amant irrité revenir sous ses lois,
Et, de scs vœux troublés lui rapportant l’hommage, Soupirer à ses pieds moins d’amour que de rage.
Ainsi n’attendez pas que l’on puisse aujourd’hui Yous répondre d’un cœur si peu maître de lui;
Il peut, seigneur, il peut, dans son désordre extrême, Epouser ce qu’il hait et perdre ce qu’il aime.
ORESTE
Mais dis-moi de quel œil Hermione peut voir Son hymen différé, ses charmes sans pouvoir?
PYLADE
Hermior.e, seigneur, au moins en apparence.
ANDROMAQUE
Semble de son amant dédaigner l’inconstance,
Et croit que trop heureux de fléchir sa rigueur, Il la viendra presser de reprendre son cœur.
Mais je l’ai vue enfin me confier- ses larmes ;
Elle pleure en secret le mépris de ses charmes; Toujours prête à partir, et demeurant toujours, Quelquefois elle appelle Oreste à son secours.
ORESTE
Ah ! si je le croyais, j’irais bientôt, Pylade,
Me jeter. . .
PYLADE
Achevez, seigneur, votre ambassade.
Vous attendez le roi. Parlez, et lui montrez Contre le fils d’Hector tous les Grecs conjurés. Loin de leur accorder ce fils de sa maîtresse, Leur haine ne fera qu’irriter sa tendresse ;
Plus on veut les brouiller, plus on va les unir. Pressez : demandez tout, pour ne rien obtenir,
I! vient.
ORESTE
Hé bien, va donc disposer la cruelle À revoir un amant qui ne vient que pour elle.