ODE A LA LOUANGE DE LOUIS XIV
(Cette ode a remporté le prix de poésie à l'Académie française en ITOl )
Quel est le dieu qui m'inspire De chanter l'auguste roy Qui , de tout ce qui respire , Cause l'amour ou l'effroy :
Est-ce le dieu de la Thrace , Dont Louis, suivant l'audace, Nous fit trembler tant de fois.' Est-ce Thémis ou Minerve , Dont sans relasche il observe Et les vertus et les loix ?
Non , c'est le dieu du Permesse Qui , m'agitant à son gré
208 CHEFS-D'Œl VRE POETIQUES
Par sa sainte et douce yvresse , Me transpoite au mont sacré.
J'y vois ce fils de Latone, Sa docte cour l'environne.
O qu'ils ont un noble employ !
Ils enchantent les oreilles , Par les brillantes merveilles Qu'ils racontent de mon roy.
Qu'il est grand , fier, redoutable , Dit le chantre souverain ; Que sou œil est formidable Quand la foudre est en sa main !
Qu'il est humain , qu'il est sage !
La justice est. son partage, Respondent les doctes sœurs.
Qui de nous, dieux que nous sommes, Mieux que lui pourroit des hommes Connoistre et gagner les cœurs?
Ainsi , sur la docte rive
Ils célèbrent ses exploits;
De la nature attentive
Leurs chants suspendent les loix.
Aquilon est sans haleme ,
Les claires eaux d'Hippocrène
S'écoulent sans murmurer,
Écho doucement res[iire.
Et près de Flore, Zéphire
N'ose même souspiier.
Ma seule voix, plus hardie, Trouble, par ses foibles ^ons,
DES DAMES FIIANÇAISES. 209
La céleste mélodie De leurs divines chansons.
Le dieu , daignant me sourire , Baisse le ton de sa lyre , Pour s'accorder avec moy :
Nous chantons d'intelligence.
Dans le héros de la France , L'honneste homme et le grand roy
L'Équité tient sa balance Quand il punit les forfaits , L'auguste Magnificence Esclate dans ses bienfaits.
Le célèbre dieu du Tage, Dans le sang d'un roy si sage, Cherche et trouve son appuy ; Jaloux rivaux de sa gloire , Tremblez, je vois la Victoire Preste à voler après luy.
Lorsque l'affreuse Bellonne Fait flotter ses estendars , A pleines mains il moissonne Les lauriers du champ de Mars.
Il n'est remparts, il n'est digues, 11 n'est complots, il n'est ligues Capables de l'arrester.
Veut-il tout réduire en poudi e ?
Un moment le voit résoudre , Entreprendre, exécuter.
L'amitié , la confiance , La bonne foy, la candeur,
210 CHEFS- D'OELV RE POETl(^)rES
Sans nuire à sa prévoyance, Trouvent place dans son cœur.
Dans le calme ou dans l'orage , Vit-on jamais son courage S'endormir ou se troubler i' N'eut-il pas , dès son aurore , Les vertus que l'on adore Et celles qui font trembler ?
Tel que, d'un bras invincible,
11 abbat les nations ,
Tel , plus grand et moins terrible ,
Il dompte ses passions.
L'impénétrable Prudence,
L'béioïque Patience
Le rendent maistre de tout ;
Et la iîère Destinée,
Par luy soumise , enchaisnée ,
Ne veut que ce qu'il résout.
L'esclatante Renommée , Attentive à nos concerts , D'un nouveau zèle animée , S'eslance au milieu des airs.
Son vol est noble et rapide , La Vérité qui la guide Dans tous les cœurs lui fait jour ; Et, des lieux les plus sauvages , Elle attire des liommages A l'objet de nostre amoiu'.