‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 111 sur 186 · ODE A LA LOUANGE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

ODE A LA LOUANGE DE LOUIS XIV

(Cette ode a remporté le prix de poésie à l'Académie française en ITOl )

Quel est le dieu qui m'inspire De chanter l'auguste roy Qui , de tout ce qui respire , Cause l'amour ou l'effroy :

Est-ce le dieu de la Thrace , Dont Louis, suivant l'audace, Nous fit trembler tant de fois.' Est-ce Thémis ou Minerve , Dont sans relasche il observe Et les vertus et les loix ?

Non , c'est le dieu du Permesse Qui , m'agitant à son gré

208 CHEFS-D'Œl VRE POETIQUES

Par sa sainte et douce yvresse , Me transpoite au mont sacré.

J'y vois ce fils de Latone, Sa docte cour l'environne.

O qu'ils ont un noble employ !

Ils enchantent les oreilles , Par les brillantes merveilles Qu'ils racontent de mon roy.

Qu'il est grand , fier, redoutable , Dit le chantre souverain ; Que sou œil est formidable Quand la foudre est en sa main !

Qu'il est humain , qu'il est sage !

La justice est. son partage, Respondent les doctes sœurs.

Qui de nous, dieux que nous sommes, Mieux que lui pourroit des hommes Connoistre et gagner les cœurs?

Ainsi , sur la docte rive

Ils célèbrent ses exploits;

De la nature attentive

Leurs chants suspendent les loix.

Aquilon est sans haleme ,

Les claires eaux d'Hippocrène

S'écoulent sans murmurer,

Écho doucement res[iire.

Et près de Flore, Zéphire

N'ose même souspiier.

Ma seule voix, plus hardie, Trouble, par ses foibles ^ons,

DES DAMES FIIANÇAISES. 209

La céleste mélodie De leurs divines chansons.

Le dieu , daignant me sourire , Baisse le ton de sa lyre , Pour s'accorder avec moy :

Nous chantons d'intelligence.

Dans le héros de la France , L'honneste homme et le grand roy

L'Équité tient sa balance Quand il punit les forfaits , L'auguste Magnificence Esclate dans ses bienfaits.

Le célèbre dieu du Tage, Dans le sang d'un roy si sage, Cherche et trouve son appuy ; Jaloux rivaux de sa gloire , Tremblez, je vois la Victoire Preste à voler après luy.

Lorsque l'affreuse Bellonne Fait flotter ses estendars , A pleines mains il moissonne Les lauriers du champ de Mars.

Il n'est remparts, il n'est digues, 11 n'est complots, il n'est ligues Capables de l'arrester.

Veut-il tout réduire en poudi e ?

Un moment le voit résoudre , Entreprendre, exécuter.

L'amitié , la confiance , La bonne foy, la candeur,

210 CHEFS- D'OELV RE POETl(^)rES

Sans nuire à sa prévoyance, Trouvent place dans son cœur.

Dans le calme ou dans l'orage , Vit-on jamais son courage S'endormir ou se troubler i' N'eut-il pas , dès son aurore , Les vertus que l'on adore Et celles qui font trembler ?

Tel que, d'un bras invincible,

11 abbat les nations ,

Tel , plus grand et moins terrible ,

Il dompte ses passions.

L'impénétrable Prudence,

L'béioïque Patience

Le rendent maistre de tout ;

Et la iîère Destinée,

Par luy soumise , enchaisnée ,

Ne veut que ce qu'il résout.

L'esclatante Renommée , Attentive à nos concerts , D'un nouveau zèle animée , S'eslance au milieu des airs.

Son vol est noble et rapide , La Vérité qui la guide Dans tous les cœurs lui fait jour ; Et, des lieux les plus sauvages , Elle attire des liommages A l'objet de nostre amoiu'.

Page 1