EPITRE A MADAME DE BAYARD
Quoi ! tu veu\ être mon amie !
Tu fais taire la calomnie.
Ah! devois-je espérer encoi ,
Au siècle de la jaiousie ,
Ue ti cuver ce rare trésoi .
Quoi ! Bayard , toi , jeune et jolie .
Toi, qui soumets tout à tes vœux ,
Tu ne porterois point envie A cet art enchanteur que j'ai leçu des cieu\ , A l'art des vers, à ce mensonge heureux
Qui fait le bonheur de la vie ?
Tu méprises les agrémens Que donnent les pompons , le fard , le ton frivole.
Tu sais que leur essaim s'envole Comme font nos beaux jours sur les aîles du tems Oui , tu sais dédaigner tout utile avantage , Tu pourrois t'anuiser de l'orgueil d'un grand nom. Qui peut, mieux que Bayai d, en vanter l'étalage;'
Mais au plus pur. éloge, enfant de la raison , A ceux qu'ex igeroient tes attraits, ton bel àiic. Je te vois préférer la plus simple leçon.
Viens et tâche d'être immortelle.
C'est un songe assez séduisant ;
On n'est rien quand ou n'est que belle ,
On existe par le talent.
Viens donc, jeune Bayard, que mes foibles lumières Puissent aider ton goût, qu'il m'éclaire à mon tour. Viens, plaignons les Ninons et caressons l'Amour;
Mais, comme faisoit Deshoulières.
Viens embellir nos cercles amusans D'où nous chassons l'ennui , le jeu , la médisance ,
Où nous sommes presque savans
En faisant tous vœu d'ignorance ; Où nous joignons à quelques agrémens
L'aimable gaîté, la décence; Où nos amis rougissent d'être amans , Où le désir enfin, que la raison balance,
Nous procure des Jours charmans
Entre l'amour et l'innocence.
Viens souvent embellir le tranquille tableau
De mon réduit philosophique ; Quand le cœur est content et que l'esprit s'applique , Chaque moment offre un plaisir nouveau
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