LE PRINTEMS
STANCES
Le bruit des aquilons ne se (ait plus entendre. L'air est dou\ et serein : tout renaît en ces lieux;
Et si Flore en devient plus tendre,
Zépliire en est plus amoureux.
De l'aimable printeras nous goûtons tous les charmes Nos cœurs et nos esprits ressentent sa douceur; Et l'Aurore verse des larmes Dont Céphale n'est plus l'auteur.
Cette nymphe déjà de larmes précieuses Enrichit nos vergers, nos parterres de fleurs;
Là mille odeurs délicieuses
Donnent le prix à ses faveuis
Le papillon léger, comme l'amant volage,
De belle en belle va raconter son tourment. "^
La constance est un esclavage
Qui déplaît à plus d'un amant.
La nature aux mortels rend un sen>ible hommage ; Phébus répand ses feux sur ce vaste univers -.
Tout nous retrace le bel âge ,
Et sur la terre et dans les airs.
Les arbres ont repris leur verdoyant feuillage ; Sous leur voûte l'on sent voler mille zéphirs .
Les amours vont sous leur ombrage
Former les plus tendres dé.sirs.
Les oiseaux amoureux, par le plus doux ramage, De la belle saison nous chantent les douceurs;-
Et Philomèle, en son langage,
Fait le récit de ses malheurs.
Mais, par des chants si beaux, nous fait-elle l'histoire Du plus cruel amant, du plus barbare amour '
Non, elle cliante la victoire
Que la vengeance eut à son tour
La bergère déjà, vers la tendre prairie Conduisant son troupeau , précipite ses pas ;
Et la campagne refleurie
Ne fait qu'augmenter ses appas.
Son berger qui la suit, dans son transport extrême. Lui prouve son amour par son trouble charmant;
Et, sans lui dire . Je vous aime ,
Elle le devine aisément.
Son cœur paroît sensible au berger qu'elle encliante ; Et sans amour encore il feint de s'enflammer
C'est toujours par-là qu'une amante
Voit si son berger sait aimer.
C'est dans le calme heureux de son indifférence , Qu'elle dispose alors son cœur pour son berger.
L'amour éprouvé , la constance ,
Font fuir la crainte et le danger.
Un cœur ne peut tenir contre un cœur qui l'adore ; Après l'épreuve il vient un précieux moment;
On l'aime, il aime plus encore,
Pour payer son retardement.
Heureux donc un berger tendre, prudent et sage , Qui sait peindre le feu d'un véritable amour!
Sa bergère en reçoit l'hommage ,
Et lui peint le sien à son tour.
Quand un amant est sûre d'une pleine victoire , Son ame oublie alors ses soucis, sa langueur ;
11 ne rappelle à sa mémoire
Que le cliarme d'être vainqueur.