‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 126 sur 186 · LE PRINTEMS · texte numérisé non relu

LE PRINTEMS

STANCES

Le bruit des aquilons ne se (ait plus entendre. L'air est dou\ et serein : tout renaît en ces lieux;

Et si Flore en devient plus tendre,

Zépliire en est plus amoureux.

De l'aimable printeras nous goûtons tous les charmes Nos cœurs et nos esprits ressentent sa douceur; Et l'Aurore verse des larmes Dont Céphale n'est plus l'auteur.

Cette nymphe déjà de larmes précieuses Enrichit nos vergers, nos parterres de fleurs;

Là mille odeurs délicieuses

Donnent le prix à ses faveuis

Le papillon léger, comme l'amant volage,

De belle en belle va raconter son tourment. "^

La constance est un esclavage

Qui déplaît à plus d'un amant.

La nature aux mortels rend un sen>ible hommage ; Phébus répand ses feux sur ce vaste univers -.

Tout nous retrace le bel âge ,

Et sur la terre et dans les airs.

Les arbres ont repris leur verdoyant feuillage ; Sous leur voûte l'on sent voler mille zéphirs .

Les amours vont sous leur ombrage

Former les plus tendres dé.sirs.

Les oiseaux amoureux, par le plus doux ramage, De la belle saison nous chantent les douceurs;-

Et Philomèle, en son langage,

Fait le récit de ses malheurs.

Mais, par des chants si beaux, nous fait-elle l'histoire Du plus cruel amant, du plus barbare amour '

Non, elle cliante la victoire

Que la vengeance eut à son tour

La bergère déjà, vers la tendre prairie Conduisant son troupeau , précipite ses pas ;

Et la campagne refleurie

Ne fait qu'augmenter ses appas.

Son berger qui la suit, dans son transport extrême. Lui prouve son amour par son trouble charmant;

Et, sans lui dire . Je vous aime ,

Elle le devine aisément.

Son cœur paroît sensible au berger qu'elle encliante ; Et sans amour encore il feint de s'enflammer

C'est toujours par-là qu'une amante

Voit si son berger sait aimer.

C'est dans le calme heureux de son indifférence , Qu'elle dispose alors son cœur pour son berger.

L'amour éprouvé , la constance ,

Font fuir la crainte et le danger.

Un cœur ne peut tenir contre un cœur qui l'adore ; Après l'épreuve il vient un précieux moment;

On l'aime, il aime plus encore,

Pour payer son retardement.

Heureux donc un berger tendre, prudent et sage , Qui sait peindre le feu d'un véritable amour!

Sa bergère en reçoit l'hommage ,

Et lui peint le sien à son tour.

Quand un amant est sûre d'une pleine victoire , Son ame oublie alors ses soucis, sa langueur ;

11 ne rappelle à sa mémoire

Que le cliarme d'être vainqueur.

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