EPITRE AUX HOMMES
Sexe qui vous croyez le maître, Soyez au moins digne de l'être ; Justifiez votre fierté, Et puis ce sera notre affaire, Quand vous l'aurez bien mérité .
De vous surpasser pour vous plaire.
DES DAMES FRANÇAISES. 28â
Pardonnez-moi cette candeur, Ma plume obéit à mon cœur; Disserter est votre partage , Mais disserter est-ce être sage?
Notre frivole aréopage Donne des lois à vos héros, Et des pompons du badinage Nous semons vos graves bureaux.
Vous savez manier les armes; Un grand sabre a pour vous des charmes ; Vous vous battez bien mieux que nous : Chez vous la force aide au courroux.
Oui , sur ce point, je dois le dire, Vous avez sûrement l'empire ; Notre force à nous n'est point là .
Que pouvons-nous faire à cela?
Le ciel aussi nous dédommage ; Dans nos cœurs il met le courage; Nos combats, hélas! sont affreux -.
Les vôtres sont moins douloureux ; Et l'ennemi qu'il vous faut ciaindre, Ne sachant ni plaire, ni feindre, Moins cher, est bien moins dangereux.
Vous faut-il dévorer des larmes, Résister à votre vainqueur?
Sans honte vous rendez les armes.
Mais sous une teinte douceur, Quand l'amour blesse notre cœur, Trop sincères pour ne pas croire, Pleurant la peine ou le bonheur, Et la défaite et la victoire, Et le triomphe de l'honneur ,
286 CHEFS D'ŒLVRE POETIQUES
Ou la perte de notre gloire , ■Vous trouvons partout le malheur.
Savez-vous vaincre la nature?
Connoissez-vous tous ces tourmens, Vous esclaves de vos penchans, Vous, que l'impunité rassure?
J'ai tort , je vous condamne en vain ; Tous mes reproches sont des crimes : K'avez-vous pas votre latin Qui vous rend des êtres sublimes?
Oui , messieurs , le sexe jaseur Doit tout au sexe raisonneur -.
Trop heureuse, je suis sincère, Que des demi-dieux tels que vous Daignent descendre jusqu'à nous, Et s'humaniser pour nous plaire.
Des philosophes , des penseurs , Des géou)ètres , des docteurs , Dont les discours sont admirables Et les écrits inexplicables, S'occuper de jolis enfans !
En perdre parfois le bon sens !
Autour de nous jouer sans cesse !
S'abaisser à notre foiblesse !
Tel est pourtant notre pouvoir.
Que la nature forme un sage ; Si le sage vient à nous voir , Reconnoît-elle son ouvrage?
Enfin , tout adore nos fers ; Tout suit l'instinct qui nous dirige ; Par nos grâces , par nos travers , Si l'on veut , par notre vertige , Nous enchaînons cet univers; Nous lui prouvons , grâce au prestige ,
Qu'en vous ébauchant avant nous , Le ciel , de notre honneur jaloux , Pour la fin garda son prodige , Et que la main du Créateur Commença vite par la tige, Pour donner ses soins à la fleur.
EPlTRE AUX FEMMES.
Mon sexe parfois est injuste :
Mais j'absous ce sexe charmant; Il fut ainsi du temps d'Auguste , C'est tenir à son sentiment.
Je voudrois le fléchir , sans doute ; Pour des titres , j'en ai plus d'un; Mes traits n'ont rien que de commun ; Je me tais, et même j'écoute....
N'importe, il me faut renoncer A l'espoir flatteur de lui plaire ; Auprès de lui j'aurois beau faire .
Tout en moi paroît l'offenser, Et mes juges, dans leur colère, M'ôtent jusqu'au droit de penser.
Un jour que j'étois bien sincère, J'exerçai ma plume à tracer Les charmes de leur caractère * :
Par-là, j'ai su les courroucer.
Cependant j'exalte ces dames; J'encourage leurs défenseurs; Je leur donne à toutes des âmes ;
Voir VÉpitre iiux hommes, de \''i. Celle-ci est de ITTIi.
Je chante leurs grâces, leurs mœurs.
Et leurs combats , et leur victoire ; Je les compare aux belles fleurs Qui des campagnes font la gloire -.
Elles rejettent mon encens, Et , ce qu'on aura peine à croire , Me traitent, dans leur humeur noire.
Presque aussi mal que leurs amans.
Mes vers sont pillés , disent-elles ; Non , Chloé n'en est pas l'auteur ; Elle fut d'une pesanteur....
Le temps ne donne pas des ailes.
Mon Dieu ! reprend avec aigreur, A coup sûr l'une des moins belles, Jadis je la voyois le soir ; Alors elle écrivoit en prose; Peut-être, hélas! sans le savoir, Et hasardoit fort peu de chose.
Mesdames , à ne point mentir.
Je prise fort de tels suffrages : Mais craignez de m'enorgueillir En me disputant mes ouvrages ; Ne me donnez point le plaisir De me croire un objet d'envie ; Je triomphe quand vous doutez ; Rendez-moi vite vos bontés , Et je reprends ma modestie.
A UN DE SES AMIS, QUI VENAIT d'Être malade.
Je vous le dis sans compliment ,
Car je fuis la louange fade ,
Vous me sembiez intéressant ,
Même en cessant d'être malade.
Croyez-en à la bonne foi
Qui , comme on sait, nous est prescrite ;
De tout mon sexe c'est la loi
Depuis qu'il s'habille en lévite.
N'allez pas vous croire flatté ;
Non, jamais je ne dissimule :
La modestie est ridicule
Lorsque l'éloge est mérité.
Vous , l'Alcibiade anonyme ,
A qui j'adresse mes chansons ;
Vous, le phénix des papillons,
On vous dit fort sujet au crime,
Comme aux peines du changement ;
Plus d'une belle en est victime ,
Et je les plains assurément.
Jouissez donc , s'il est possible ,
De ce plaisir si languissant ;
Mais réparez, ami sensible.
Tous les torts du volage amant.
A M. BVILLY,
DE l'académie des SCIENCES,
EN RECEVANT DE LUI LE PRÉSENT DE SES LETTRES SUR l' ATLANTIDE DE PLATON.
Qu'il est beau de suivre les traces De ce philosophe vanté , Qui faisoit à la vérité Parler le langage des Grâces !
Rien n'échappe à la faulx du tems.
De Platon partageant la gloire, Vous sondez l'abîme des ans, Et vous montrez ce qu'il faut croire.
Il parloit aux Athéniens, Peuple léger, frivole, aimable :
Pour instruire un peuple semblable.
Vos talens égalent les siens.
Chaque vérité qu'il suppose.
Vous la prouvez élégamment :
Je retrouve dans votre prose De la sienne tout l'agrément; Et tout m'oblige en ce moment
De croire à la métempsycose
D'y croire, au moins, en vous lisant.
Qu'elle est rare, votre science!
Elle disparoît sous les fleurs Doht l'embellit votre éloquence, Et désarme ainsi les censeurs.
Que j'aime surtout la peinture
De ces insulaires fameux *, Qui ne suivaient que la nature, Dont la vertu fut la parure, Dont le secret fut d'être heureux !
Mais s'il est vrai que les Atlantes Sont nos véritables aïeux, Si de ces hommes vertueux Descendent les races présentes, Convenez que, depuis le tems Qu'ils n'habitent plus l'hémisplière.
Les mortels qui peuplent la terre Tiennent peu de ces bons parens !
Nos amours sont un peu légères :
Les agréables de Paris Trompent assez bien leurs bergères, Et ne valent point vos Péris.
On est faux, léger et perfide, Et suitout on est peu discret :
On ne garde pas un secret Aussi bien que dans l'Atlantide.
Jusqu'aux douces illusions, Dont le mensonge secourable, Des amoureuses passions Rendoit le jour plus supportable, Dans ce siècle on a tout détruit.
A qui dresse-t-on des trophées ?
Au manège, au faste, au crédit, A la beauté qui s'avilit, Et l'on ne croit guère à vos fées.
Mais des Atlantes de Platon Ne reste-t-il aucune trace.' Et cette auguste et noble race
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N'a-t-elle point de rejeton?
11 en est un, tout me l'atteste ; Et je vous en dirois le nom, Si je vous savois moins modeste.