‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 176 sur 186 · A MA LAMPE · texte numérisé non relu

A MA LAMPE

ROMANCE

Dans ta lumière vacillante ,

O ma lampe ! quelle leçon !

le suis aussi foible, tremblante ,

De la mort je sens le frisson....

Comme toi je vais donc m'éteindre

Faute d'un utile secours?

Mais ton sort est bien moins à plaindre,

On te ranime tous les jours.

Demain on te rendra la vie Pour éclairer les ris , les jeux ; Demain , si la mienne est finie , Je disparais à tous les yeux.

Mais à ma demeure dernière On peut dire en me conduisant , Le malheur ouvrit la barrière Qui la séparoit du néant.

L'Amour, en voulant ma naissance, Avoit , dit-on , formé mes traits ; Et les Muses, dès mon enfance, Daignoient m'accorder leurs bienfaits Amante aimée , heureuse épouse , Tout faisoit envier mon sort ; Mais la foitune fut jalouse .

Le bonheur pour elle est un tort

Bientôt disparut à ma vue Le nioitel si cher à mon cœur ; Quand la foudre perce la nue , On voit tomber le voyageur.

Ainsi je restois sur la terre Sans appui , même sans espoir ; Veuve à jamais et triste mère , J'eus le courai'e du devoir.

Remplir sa pénible carrière En s'effrayant sur l'avenir ; N'oser regaider en arrière, Craignant l'effet du souvenii- ; Voir les besoins toujours renaître Et les moyens s'évanouir, Qui pourroit , hélas ! être maitre De ne pas dire.... Il faut mourir!

Eh bien ! sois mon flambeau funèbre , Lampe, témoin de mes douleurs :

Tu peux un jour être célèbre Par le récit de mes malheurs.

Fais que sur ma tombe paisible Les humains jettent quelques fleurs .

Dis-leur que mon ombre sensible Bénit qui lui donne des pleurs.

Page 1