BALLADE
Doulce chose est que mariage ; Je le puis bien par moy prouver, Voyre à qui mary bon et sage A , comme Dieu m'a fait trouver.
Louez en soit-il, qui sauver Le me vueille ! car son grant bien , De fait , je puis bien esprouver ; Et certes le doulz m'aime bien 1
La première nuit de niainage , Très lors poz-je bien esprouver Son grant bien ; car oncques oultrage Ne me fist, dont me deust grever' Mais ains qu'il fust temps de lever.
Cent fois baisa , si com je tien , Sanz villennie autre rouver ; Et certes le doulz m'aime bien !
30 CHEFS-D'OEUVRE POÉTIQLES
Et disoit pai- si doulz langage :
« Dieux m'a fait à vous arriver, Doulce amie ; et pour vostre usage Je croy qu'il me fist eslever. »
Ainsi fina de resver.
Toute nuit en si fait maintien , Sanz autrement soy desriver ; Et certes le doulz m'aime bien !
Princes d'amour me fait desver, Quant il me dit qu'il est tout mien.
De doulcour me fera crever ; Et certes le doulz m'aime bien !
LE DIT DE LA PASTOlJRE.
FRAGMENTS
Pastoure suis qui nse plains En mes amoureux coniplains. Conter vueil ma maladie; Puisqu'il fault que je le die , Comme d'amours trop contraincte Par force d'amer estrainte , Diray comment je fus prise Estrangement par l'emprise Du Dieu qui les cuers maistroie , Et qui bien et mal ottioie.
Là en l'ombre me séoie Soubz un chaîne , et essayoye A ouvrer de filz de laine , En chantant à haulte alaine.
Ceinturâtes je faisoie , Euvrées comme ce fust soye; Ou je laçoye coyfettes Gracieusèf ement faittes , Bien tyssues et entières; Ou raisiaux , ou panetières Où l'on met pain et fromage .
Dessoubz le chaîne ramage S'assembloient pastourelles Et non mie tout par elles ; Ainçois veissiez , soir et main , Son ami parmi la main Venir cliascune tenant ; Plus de vingt en un tenant , Dont l'un flajolant venoit Et l'autre un tabour tenoif , L'autre musète ou chievrète.
N'il n'y avoit si povrète Qui ne fust riche d'ami !
« Partir nie l'ault sanz demour Pour aller en tel voyage! »
Ha Dieux ! com piteux visage , Lassète , adonc je faisois !
Et par grant dolour disoye :
« Or, me voulez-vous occire , Ma doulce amour, mon doulx sire , Qui ja vous voulez partir ! Morte une fois, sanz mentir,
3i eUEFS-D'OEUVRE POÉTIQUES
Me trouverez au retour ; Car je ne puis par nul tour Souffrir longuement tel peine! »
Et cil adonc m'apaisoit Doulcenient et me baisoit , Disant • « Ma belle maistrèce , Pour Dieu ! ceste grant destrèce Ostez; car trop il m'enpoise!
11 convient que je m'envoise ; Mais je reviendray briefment.
Ainsi à Dieu vous commant , »
Me disoit cil que baisoie Cent fois; et grant dueil faisoie Au départir, et toute lieure Tant com duroit la demeure.
iy'y