‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 30 sur 186 · VERSELETS A MON PREMIER NE · texte numérisé non relu

VERSELETS A MON PREMIER NE

O cher enfantelet , vray pourtraict de ton père , Dors sur le seyn que ta bouche a pressé ! Dors , petiot ! clos amy, sur le seyn de ta mère , Tien doulx oeillet par le somme oppressé!

Bel amy, cher petiot, que ta pupille tendre Goiiste ung sommeil qui plus n'est faict pour moy ! Je veille pour te veoir, te nourrir, te défendre.... Ainz qu'il m'est doulx ne veiller que pour toy!

Dors, mien enfantelet, mon soulcy, mon idole! Dors sur le seyn , le seyn qui t'a porté ! Ne m'esjouit encor le son de ta parole , Bien ton soubriz cent fois m'aye enchanté.

Me soubriraz, amy, dez ton réveil peult-estre; Tu soubriraz à meiz regards joyeulx — Jà prou m'a dict le tien que me savoiz cognestre, Jà bien appriz te mirer dans meiz yeulx.

Quoi! teiz blancs doigtelets abandonnent la mamme, Où vingt puyzer ta bouschette à playzir! Ah! dusses la seschier, cher gage de ma flamme, N'y puyzeroiz au gré de mon dézir !

Cher petiot, bel amy, tendre filz que j'adore! Cher enfançon , mon soulcy, mon amour!

36 CHIÎFS-D'OEUVRE POÉTIQUES

Te Aoy, toujours te voy, et veulx te veoir encore : Pour ce trop briet me semblent nuict et jour.

Estend seiz brasselets; s'espand sur luy le somme; Se clost son œil; plus ne bouge.... il s'endort... N'estoit ce tayii flonry deiz couleurs de la immme , Ne le diriez dans leiz bras de la mort'

Arreste, cher enfant! j'en fremy toute engtière'. Réveille-toy! chasse ung fatal propoz!... Mon filz.... pour ung moment.... ah! revoy la lumière! Au prilx du tien , rendz-moy tout mon repoz !

Doulce erreur ! il dormoit... c'est assez, je respire; Songes légiers , flattez son doulx sommeil ! Ah ! quand voyray cestuy pour qui mon cœur souspire , Aux miens costez jouir de son réveil?

Quand te voyra cestuy dont az receu la vie , Mon jeune espoulx , le plus beau des humains' Oui desjà cuide veoir ta mère aux cieulx ravie , Que tend vers lui teiz innocentes mains I

Comme ira se duysant à ta prime caresse !

Aux miens hayzezs comm't'ira disputant !

Ainz ne compte, à toy seul, d'espuyser sa tendresse,

A sa Clotilde en garde bien autant...

Qu'aura playzir, en toy, de cerner son imaige, Seiz grands yeulx vairs , vifs et pourtant si doulx ! Ce front noble et ce tour gracieulx d'un vizaige Dont l'amour mesme eust fors été jaloux !

Pour moy deiz siens transports onc ne seray jalouse Quand feroy moiuz qu'avec toy les partir :

Faiz, amy, comme luy, l'heur d'une tendre espouse, Ainz, tant que luy, ne la fasses languir!...

Te parle et ne m'entends.... eh! que dis-je, insensée! Plus n'oyroit-il, quand fust moult éveillé?. . Povre cher enfançon ! deiz filz de ta pensée L'eschevelet n'est encor débroillé.

Tretouz avons esté, comme ez toy dans ceste heure; Triste rayzon que trop tost n'adviendra 1 En la paiz dont jouis, s'est possible, ah! demeure! A teiz beaux jours mesnie il m'en souviendr^

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