SUR LES INCONVÉNIENTS DES FEMMES QUI CULTIVENT LES LETTRES
Nos parens, de louable coutume, Pour nous toUir l'usage de raison , De nous tenir closes dans la maison , Et nous donner le fuseau pour la plume.
Traçant nos pas selon la destinée, On nous promet plaisir et liberté; Mais ce plaisir, qu'on a tant souhaité , Nous range-t-il sous les loix d'hyménée ?
11 faut soudain que nous changions l'office Qui nous pouvoit quelque* peu façonner, Ou les maris ne nous feront sonner Que l'obéir, le soin et l'avarice.
Quelqu'un d'entre eux ayant fermé la porte A la vertu , nourrice du sçavoir ; En nous voyant, craint de la recevoir, Quand elle porte iiabit de notre sorte.
DES DAMKS FRANÇAISES. 67
Mon Dieu, mon Dieu! combien de tolérance Que je ne veux ici ramentevoir !
Il me suffit aux hommes faire voir Combien leurs loix nous font de violence.
Les plus beaux jours de nos vertes années Semblent les (leurs du printemps gracieux , Que suit l'orage et les vents pluvieux, Qui vont bornant nos courses terminées.
Au temps heureux de ma saison passée , J'avois bien l'aile unie à mon côté ; Mais en i)êrdant ma jeune liberté, Avant le vol ma plume fut cassée.
SONNET
LA VÉRITABLE SCIENCE, OU CE QU'iL FAUT SAVOlli.
L'un chante les effets dont la sage nature D'une prudente main disposa l'univers; Un autre , grand esprit , voyant les cieux ouverts , Raconte leur pouvoir, leur grâce , leur peinture ;
Celuidà, mal instruit, remet à l'aventure L'éternel mouvement de tant d'astres divers; Et le mieux avisé veut embellir ses vers Des passages tirés de la Sainte-Écriture.
La raison de chacun par sa plume est déduite. L'un cache vérité dans le puits d'Heraclite, Le plus ingénieux tâche de la ravoir;
Mais tel présume bien d'en avoir connoissance , Qui n'a jamais planté dedans sa conscience La crainte du Seigneur, principe du sçavoir.
SONNET