DISTIQUE
En ce sainct lieu sont enclos
Et les cendres et les os
De la royne Marguerite .
O lieu sacré qui coniprent
Un corps mort , toutes fois grand ,
En terre par trop petite.
Combien que le corps soit mort, Sa gloire n'est pas esteinte :
Qui plus est, la mort ne mord En sa poésie saincte.
Elle est au ciel désormais , Et rien n'en reste, sinon Que l'entier et hault renon Qui ne périra jamais.
■ On remarquera dans ces distiques que tantôt c'est la reine qui parle, et tantôt ivntoinetle de Loyne.
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Avec sainct Pol je dirai
Et croirai Que la royne ici sommeille ; Et que son corps n'est point mort,
Ains qu'il dort Jusqu'au jour qu'il se réveille.
Vous, médecins, s'il vous plaist.
Ne travaillez plus pour elle .
Par son mcdecin elle est Maintenant toute immortelle.
La royne entrant à la fin , C'est lors qu'ell' commence à vivre Elle meurt au monde affin Qu'avec Dieu puisse revivre.
Que veid-elle en ces bas lieu\ Qu'une tristesse aspre et dure?
Que voit-eir là hault aux cieux , Qu'un plaisir qui tousiours dure?
Elle est morte, mais à Christ, Et morte estant, son esprit Vit à Christ de mort délivre.
Tel mourir comme est escript , N'est sinon qu'à toy Christ vivre.
Si le monde doit fâcher Où tant de mallieur abonde , Moy donc fille de la chair Qui m'arreste encor au monde?
Si le vivre m'est mourir, Et le mourir ce m'est vie -.
Que crains-je? en toy je me fie, O Christ! vien me secourir.
La chair qui fut tant contraire A l'esprit, luy a cédé.
Contencieux fut l'affaire, Or, paix y a succédé.
Mon corps est refaict tout beau Et belle est la forme mienne , Ayant despouillé ma peau Comme le serpent la sienne.
Christ seul à qui je servois Eut et mon cœur et mon âme :
Dont je suys et royne et dame , Plus grand' que quand je vivois.
Qui a fait qu'en ces bas lieux De vivre n'eut onc envie?
La mort lui a faict aux cieux Chemin de meilleure vie.
Faisant de ma vie eschange A la mort qui m'a ravie :
Dieu au ciel soudain me range De mort en seconde vie.
Le peintre , de son pinceau ; L'engraveur, de son cysean , Rendront-ils sa forme feinte
96 CHEFS-D'OELVRE POÉTIQrES
En leur ouvrage parfaict, Si bien que sa plume a faict Quand soy-mesme elle s'est peinte?
Mille, non un argument, Si mille aucun en demande :
Monstrent qu'ores pleinement La royne est heureuse et grande.
D'une infinité de sainctz Ta saincte ame est toute ceincte ; Et sainctement tu te ceinctz D'une aultre infinité saincte.
SONNET