‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 59 sur 186 · DISTIQUE · texte numérisé non relu

DISTIQUE

En ce sainct lieu sont enclos

Et les cendres et les os

De la royne Marguerite .

O lieu sacré qui coniprent

Un corps mort , toutes fois grand ,

En terre par trop petite.

Combien que le corps soit mort, Sa gloire n'est pas esteinte :

Qui plus est, la mort ne mord En sa poésie saincte.

Elle est au ciel désormais , Et rien n'en reste, sinon Que l'entier et hault renon Qui ne périra jamais.

■ On remarquera dans ces distiques que tantôt c'est la reine qui parle, et tantôt ivntoinetle de Loyne.

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Avec sainct Pol je dirai

Et croirai Que la royne ici sommeille ; Et que son corps n'est point mort,

Ains qu'il dort Jusqu'au jour qu'il se réveille.

Vous, médecins, s'il vous plaist.

Ne travaillez plus pour elle .

Par son mcdecin elle est Maintenant toute immortelle.

La royne entrant à la fin , C'est lors qu'ell' commence à vivre Elle meurt au monde affin Qu'avec Dieu puisse revivre.

Que veid-elle en ces bas lieu\ Qu'une tristesse aspre et dure?

Que voit-eir là hault aux cieux , Qu'un plaisir qui tousiours dure?

Elle est morte, mais à Christ, Et morte estant, son esprit Vit à Christ de mort délivre.

Tel mourir comme est escript , N'est sinon qu'à toy Christ vivre.

Si le monde doit fâcher Où tant de mallieur abonde , Moy donc fille de la chair Qui m'arreste encor au monde?

Si le vivre m'est mourir, Et le mourir ce m'est vie -.

Que crains-je? en toy je me fie, O Christ! vien me secourir.

La chair qui fut tant contraire A l'esprit, luy a cédé.

Contencieux fut l'affaire, Or, paix y a succédé.

Mon corps est refaict tout beau Et belle est la forme mienne , Ayant despouillé ma peau Comme le serpent la sienne.

Christ seul à qui je servois Eut et mon cœur et mon âme :

Dont je suys et royne et dame , Plus grand' que quand je vivois.

Qui a fait qu'en ces bas lieux De vivre n'eut onc envie?

La mort lui a faict aux cieux Chemin de meilleure vie.

Faisant de ma vie eschange A la mort qui m'a ravie :

Dieu au ciel soudain me range De mort en seconde vie.

Le peintre , de son pinceau ; L'engraveur, de son cysean , Rendront-ils sa forme feinte

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En leur ouvrage parfaict, Si bien que sa plume a faict Quand soy-mesme elle s'est peinte?

Mille, non un argument, Si mille aucun en demande :

Monstrent qu'ores pleinement La royne est heureuse et grande.

D'une infinité de sainctz Ta saincte ame est toute ceincte ; Et sainctement tu te ceinctz D'une aultre infinité saincte.

SONNET

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