‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 99 sur 186 · LA TOURTERELLE ET LE RAMIER · texte numérisé non relu

LA TOURTERELLE ET LE RAMIER

Qu'on ne me parle plus d'amour ni de plaisirs,

Disoit un jour la triste tourterelle.

Consacrez-vous, mon ame, à d'éternels soupirs : J'ai perdu mon amant fidelle.

Arbres, ruisseaux, gazons délicieux.

Vous n'avez plus de charmes pour mes yeux . Mon amant a cessé de vivre !

Qu'attendons-nous , mon cœur? Hàtons-nous de le suivre :

Comme on l'eût dit, autrefois on l'eût fait. Qu^nd nos pères vouloient peindre un amour parfait , La tourterelle en étoit le symbole .

Elle suivoit toujours son amant au trépas. Mais la mode change ici-bas De cette conjoncture IVivole.

Le désespoir a perdu son crédit , Et tourterelle se console, S'il faut tenir pour vrai ce que ma fable en dit

Elle prétend que cette désolée, A sa juste douleur voulant être immolée , Choisit un vieux palais, vrai séjour des hiboux,

Oii , sans chercher aucime nourriture , Un prompt trépas étoit son espoir le plus doux. Mais qui ne sait qu'en toute conjoncture , La Providence est plus sage que nous?

Dans cette demeuie sauvage Habitoit un jeune ramier, Houpé, patu , de beau plumage,

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Et , quoique jeune , vieux routier Dans l'art de soulager les douleurs du veuvage. Pour notre tourterelle, il mit courtoisement •

Ses plus beaux secrets en usage.

La pauvrette, au commencement, Loin de prêter l'oreille à son langage , Ne vouloit pas se montrer seulement : Mais le ramier parlant de défunt son amant ,

Insensiblement il l'engage

A recevoir son compliment.

Ce compliment fut d'une grande force ; Il disoit du défunt toute sorte de bien ,

Ne blâmoit la veuve de rien ;

Bref, c'étoit une douce amorce Pour attirer un plus long entretien

Voilà donc )a belle affligée

En tendres propos engagée.

Elle tombe sur le discours

De l'histoire de ses amours ;

Dépeint, non sans cris et sans larmes, Du pauvre trépassé les vertus et les charmes ; Et , ne croyant par-là que flatter sa douleur. Elle apprit au ramier le chemin de son cœur. Par ce que le défunt avoit fait pour lui plaire ,

Il comprit ce qu'il falloit faire.

Il étoit copiste entendu , Et sut si dextrement imiter son modèle ,

Que dans peu notre tourterelle Crut retrouver en lui re qu'elle avoit perdu.

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